LES SÉANCES DE HÀH1R
homme; il lui donne par moments des sentiments très-délicats, entre autres un tendra souvenir de sa patrie qui lui inspire de <;h;n'm,nils vers. En Orient, l'homme ne lutte pus roulrc le sorl qui veut l'avilir. Il est écrit qu'Usera noble on ignoble. Chaque fois que Uarcth surprend Abou-Zeid en flagrant délit d'imposture, le mendiant n'a jiuiiiiis qu'une excuse : « Saroudj est pris; mus biens i l iti.i famille seul entre les mains de:- inlidèles. Je vois que la liiitunu ne demeure jamais dans le mime état, cl je ni eflorre de l'imiter. » Une pensée triste, la conscience du profond abaissement de la société musulmane, se mêle à celte préoccupalion de la fatalité, a La race des hommes généreux est finie; les vices mettent tous les hommes de niveau. Quand le monde s'avilit, pourquoi s'obstiner à être noble? « I.c sentiment de celte décadence pèse comme un rive pénible sur toute la poésie arabe, depuis 1'cxtinclioit de l'esprit libéral du khalifat. Cent ans avant Ilariri, llamadani avait composé un livre, furlanaloyiie à celui du couleur de liashora, a\ee les frlpuuneiii.'s d'un ccrlain Aluiullalli l'iscruuleri , qui, lorsque ses fraudes soûl dénuiverk's, répond ntiperlurhahlcnienl :
qui t'y condamne est enenre plus vil que loi. Lutte de bassesse avec lui, et lu ne réussiras pas à le vaincre. L'enl'anlu'esl pas obligé d'être plus sayeque soi, père, u
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Celle ignoble résignation aux vices de son siècle, celle façon de s'encourager à l'infamie par l'exemple delà fortune est loule musulmane. Jamais l'Orient n'a compris la fier!*': intérieur;; qui élève l'homme au-dessus du sort et place sa moralité en dehors des caprices delà deslinée ; il faut remonter au parasite italien du seizième siècle, vivant de sa grammaire et de sa rhétorique, pour trouver cette singulière combinaison de cynisme et de littérature, d'avilissement et d'esprit. Clieznous.la culture intellectuelle est une sorte de noblesse, qui oblige. En Orient, le type du lettré mendiant et escroc n'est nullement une fiction. Il y avait, à l'époque de Hariri, de ces grammairiens nomades, sorte de rapsodes pédanlesques, bien endurcis aux bassesses, payant leur écot en bons mots et en pièces de vers. M. Reïnaud a Irès-ingènicusement démontré qu'Abou-Zcid est un personnage réel, et qu'un fait historique a fourni à Ilurhi le cadre de son poeme. Un jour qu'il était assis sous le portique des Beni-Haram, il
facilité à prendre tous les tons. Le soir, il en paria à quelques personnes qui se réunissaient chez lui ; or il se trouva que chacun avait vu l'individu dans les nombreuses mosquées do Kassora, sous un costume diffèrent et usant d'un artifice nouveau pour obtenir quel-