VIEUX PROFESSEUR ALLEMAND
Les savants en yénùral n'Ouï veut pas de 'Souvenirs ; Is oui peu a raconter ; leurs recherches les habituent
sans appel, le mot de pàlanttsme. Kous sommes si timides contre le ridicule, que tout ce qui semble y prêter nous devient suspect, cl que bien des esprits
* Ans dem Lebeu chics allai Professer*;, \i:ir le iloclcur Frfdêric Cmiicr, )n-ulcss«ur à l'Uni v«j-sili: Je lleidclliui s. Leiinig et
Durmslatlt, 1848.
D'IIS VIEUX PltWESSEUri ALLE H AND. 515 mille travers pleins de charmes, et pour être tenté d'envier à l'Allemagne le bonheur qu'elle a de posséder une variété infinie de types d'illustres pédants. Je ne connais pour ma part aucune lecture plus alfachanlc que les biographies des savants allemands et hollandais de la grande école : celle de Hcmsterhuys, celle de Wyllcnbach, par exemple. Sous une apparence do 'simplicité et presque de pesanteur, quelle originalité et parfois quelle finesse I Chez nous, l'érudil restera longtemps encore dans l'opinion un curieux, un amateur de raretés, qui n'a de valeur que quand il est amusant; quelque chose comme l'abbé lettré du dixhuitième siècle, un meuble de clifilean, ulilc pour les jours de pluie. En Allemagne, la science a réussi à mieux marquer sa place. On y a mieux compris que, si le plus noble emploi- de la \'ic humaine est de pénétrer l'énigme de l'univers, on ne saurait y arriver que par la science positive des réalités; que le savant qui poursuit les millions de faits dont se compose le monde est par conséquent le vrai philosophe, ou du moins le préparaient' nécessaire de ia philosophie.' De lit celte haute naïveté à laquelle n'atteignent que les hommes bien pénétres du sérieux de leur cause, et ,ces petits ridicules dont sourient les dégoûtés, mais qui ne sont accordés qu'aux caractères entiers et simples.
I.e clinrmnnl volume de Mémoires personnels que vient de nous donner un illustre représentant de la science allemande, M. Crcuzor, l'auteur de celle histoire des religions do J'iint'M|iiit6, maintenant dépassée, mais qui fut en son temps si utile, est le plus parfait miroir de la vie calme, satisfaite, doucement Élevée, qui est celle des universités en Allemagne. On aime tout d'abord cette bonhomie persuadée que ce qui l'intéresse' doit intéresser tout le monde, et qui veut associer le lecteur à lalranquillejoicdc ses souvenirs. Autant la vanilé qui cherche à se grandir en initiant le public à ses prétendues confidences nous allristeet nous irrite, autant celte pieuse satisfaction d'un vieillard de quatrevingts ans, qui, en repassant sur su vie, a le droit d'en Cire conlcnt, nous plaît et nous intéresse. Pour attacher tant de prix à son passé, il faut n'y trouver ni haine ni amertume. Les allaques si passionnées qui poursuivirent le savant auteur de la Symbolique n'ont laissé aucune Iracc dans son livre, non plus que dans son amc. Les reproches les pfus déraisonnables nel'ont lias un moment ébranlé dans sa douceur ni entraîné d'un pas au delà de ce qu'il voulait ëfre. Esprit delà famille d'Érasme et deMélanclilhon, il s'estvu accuser de conspirer avec les jésuites contre la liberté politique et religieuse, et celle ridicule accusation ne lui a pas faii faire un pas vers le jésuitisme. 11 resla à la fois