TROISIÈME PARTIE
La guerre est toujours juste pour le soldat, et même pour le génëral , car ils suivent la foi du prince ou de la patrie, à moins cependant d'une évidence complète. Que veut donc dire , dans M. de Maistre, cette comparaison du soldat et du bourreau ? A-t-il oublié le danger qui ennoblit la profession du soldat? Néglige-t-il , dans ses motifs d'examen, le genre de vertus développées dans l'homme par la guerre elle-même? S'ils supplient l'un et l'autre par le sang, s'ils font l'un et l'autre un sacrifice expiatoire pour la société, du moins l'un des deux livre son propre sang. L'un est justement flétri, l'autre le serait injustement: voilà toute la différence.
Néanmoins, lorsque l'homme social sera plus nourri encore du sentiment moral , le soldat sera obligé, ou plutôt il ne pourra plus s'abstenir d'examiner lui-même, de discuter avec les siens, la cause pour laquelle il prend les armes. Le soldat romain prêtait un nouveau serment pour chaque chef militaire qui lui était donné, et voici la formule du serment : In sacramentum, in verba consulisy proconsulis. C'était donc, au fond, une sorte d'identification de l'armée avec son général , une foi dépouillée de toute acception passive et purement machinale, si incompatible avec la dignité humaine. Cette identification est tout-à-fait dans le sens des sociétés anciennes. Les sociétés
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actuelles auraient besoin d une institution analogue, mais qui fût en rapport avec le progrès des idées. Que cette institution revive! Alors la guerre , qui est un combat d'êtres intelligents , finira par devenir un combat d'êtres moraux, où la justice triomphera, comme ce fut peut-être, à l'origine, dans les jugements de Dieu. C'est par condescendance que je dis peut-être, et je serais tout disposé à être plus affirmatif ; mais je ne connais point assez le fait primitif. Je sais seulement que le temps où il fut légal , parmi nous, n'est pas très éloigné; je sais encore qu'une loi providentielle a voulu que la force fût l'origine, la source de toutes les institutions humaines. C'est même un des signes du droit divin. Nous reviendrons sur ce régne de la force qui par-tout a précédé le régne de la justice. Mais hâtons-nous de dire que si la justice est un progrès, elle n'est point, pour cela, le résultat d'une convention.
Encore quelques mots sur la guerre.
Croyez-vous que déjà le soldat ne doive pas, au moins , hésiter lorsqu'on dirige ses armes contre des concitoyens dans l'intérieur du pays? Ne le voudriez-vous pas instruit des circonstances où il doit prêter main forte à la loi? Voyez ce qui se passe en Angleterre, et qui est une leçon pour nous. Serait-ce donc une chose morale que de réduire l'homme à l'état d'instrument aveugle? Ce