TROISIÈME PARTIE
moios, ne peut plus se vanter de sa hideuse habileté.
La confiscation, autre conséquence de cette législation qui étendait le châtiment , du coupable à la famille, la confiscation nest plus dans nos facultés de vengeance.
Maintenant, Tabolition de la peine de mort est réclamée avec cette sorte d'unanimité, qui ne peut tarder de triompher, parceque c'est l'unanimité des hommes qui ont la pensée sympathique de ce siècle.
L'humanité , marchant toujours de triomphe en triomphe, achèvera de désarmer les bourreaux , les geôliers, les gardiens des bagnes; et la gêne, éternel opprobre de tous les codes criminels, sera forcée de s'enfuir.
Enfin, on en viendra, tôt ou tard, à l'abolition de toute peine, qui entraîne après elle un effet irrévocable.
Jour de bénédiction, je te salue dans un avenir qui ne peut long-temps se faire attendre; car le genre humain ne met plus des siècles à accomplir son œuvre. Les chaînes de Prométhée tombent de toutes parts. L'antique Eurysthée cherche en vain le nouveau travail qu'il peut imposer encore à l'Hercule affranchi.
Cette étrange profession de foi que vient de produire l'esprit réactionnaire, où l'on a voulu
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affirmer la croyance par le supplice des parricides, est une torche impuissante qui n allumera aucun bûcher.
La société ne pourra donc plus supplier par le sang*, et les disciples de M. de Maistre seront obligés de se réfugier dans la pensée qu'il restera toujours une veine de sang humain ouverte, celle de la guerre.
En effet, M. de Maistre regarde aussi la guerre comme une forme d'expiation. Je ne le conteste pas, mais n'est-ce que cela? Examinons. La mort est une des conditions de la vie; la guerre condamne un certain nombre d'hommes à mourir sur les champs vde bataille ; elle est donc un genre de mort ajouté à tous les autres. La guerre a été, dans la main de Dieu, un moyen providentiel, un instrument de civilisation. De pins, il est évident que les questions sociales les plus importantes ne peuvent se décider que par les armes; et remarquez bien qu'un combat entre des hommes est un combat entre des intelligences, combat dont le signe terrible est l'immolation d'un plus ou moins grand nombre de victimes. La force physique, ici comme ailleurs, n'est que l'emblème de la force intellectuelle ou morale. La guerre est donc souvent légitime, même la gueri*e civile. La victoire est l'ascendant d êtres intelligents sur d'autres êtres intelligente, ascendant qui se manifeste
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dans le fond des âmes plutôt qu'il n apparaît par les chances extérieures des armes ^ et même on ne peut l'expliquer autrement. La valeur n'est que la foi, sous une forme différente. Voilà pourquoi une croyance religieuse ou fatale, un sentiment très exalté , une grande confiance dans la fortune d'un chef, dans la justice ou la sainteté d'une cause, sont des raisons si puissantes de victoire. Les poètes indiens ont bien connu cette force mystérieuse qui perd ou qui gagne des batailles, qui choisit ou épargne des victimes. Deux armées immenses sont en présence, et près d'en venir aux mains. Les chefs sont en avant. Les deux rois ennemis s'approchent pour conférer entre eux, avant de donner la bataille. Cette conférence est un système complet de théosophie et de morale, et forme à lui seul un volume, que la société asiatique nous a donné séparément du poëme. Cette invention du poëte indien peut nous paraître étrange; mais elle donne une idée juste d^ la philosophie et de la poésie des sages de l'Inde. Ajoutons encore que l'homme trouve à exercer, parmi les chances de la guerre, un genre de facultés et de vertus, qu'il n'aurait pas connues sans elle. La pensée de l'épreuve se retrouve par-*tout. Remarquons toutefois que même les guerres les plus justes et les plus saintes entraînent avec elles des excès qui révèlent aussi les plus mauvais côtés de
la nature humaine, tantôt si haute, tantôt si abjecte, tantôt si noble, tantôt si brutale, tantôt si pure, tantôt si perverse. Ces sortes d'excès, au reste, tendent beaucoup à diminuer.
Ce que nous disons de la guerre peut se dire également du duel, lorsqu'il n'est pas simplement une stupide férocité. Il fut long-temps reconnu par les lois. Néanmoins la religion ne doit pas l'approuver, et les perfectionnements na^turels de la société le feront disparaître. Soyez certains qu'il y a là une législation tout entière, qui reposait sur autre chose que sur des conventions, qui a sa racine dans nos anciennes mœurs, et qui nous a préservés des horribles représailles du stylet. Les Scythes, au nombre de leurs coutumes, eurent-ils celle du duel judiciaire? On pourrait l'induire d'un passage d'Hérodote. Au reste, le duel se présente par-tout, mais sous des formes différentes. Chez les Sarmates, d'après Ovide; chez les Germains, d'après Tacite; chez les Romains, d'après Tite-Live et Denys d'Halicarnasse , les assemblées de délibération étaient composées d'hommes armés. Dans l'ancienne langue romaine, le mot droit signifie force. Les formules restées dans une jurisprudence postérieure, témoins immobiles d'une jurisprudence antérieure, attestaient qu'à une époque , dont la date ne peut être déterminée, les procès et les jugements furent des combats et des victoires.