TROISIÈME PARTIE
de laquelle l'être qui est au sommet d'une hiérarchie d'organisations rappellerait sans cesse à lui, se rendrait propre, par une attraction continue, le principe immatériel de toute la sphère où il domine?
La loi d'un être intelligent et moral est de se perfectionner lui-même ; car , sans cela, il serait semblable aux animaux, dont l'instinct reste immodifiable, à moins qu'ils n'entrent dans l'atmosphère magnétique de l'homme par la domesticité^ et l'on peut concevoir que l'essence de toutes les espèces gravite, de proche en proche, vers l'es* sence des animaux domestiques. Le progrès pour les animaux est donc l'approche des influences de l'homme; mais auparavant il faut que l'homme cesse d'être le tyran des espèces domestiques. L'homme, par sa nature de créature intelligente et libre, ne peut être confondu; elle absorbe, sans être absorbée : ceci fait comprendre la grande erreur du système de la métempsycose.
Toujours est-il que les animaux partagent incontestablement avec l'homme le fardeau du mal. Il est facile même d'entrevoir que c'est pour l'alléger d'autant. Us sont donc réellement nos compagnons.
D'après la Genèse, les animaux ont été nommés par l'homme, et condamnés avec lui. U y a donc une solidarité passive, une sorte de communauté
de destinées. Mais nous retrouverons loccasion de parler encore des animaux, voile mystérieux qui excite toute notre curiosité, et que nous avons tant de peine à soulever.
Revenons sur nos pas. L'homme, disons-nous, est soumis à la loi du prog^rès.
Le sentiment moral a, de tout temps, réagi contre les croyances immorales : il est donc indépendant des croyances et de l'autorité. Dans tous les cas, il faut que le sentiment moral approuve les directions de l'autorité. J'aurai à m expliquer, un jour, sur l'origine et les attributions de l'autorité; mais auparavant j'ai tout un ordre de choses primitif à explorer. Il suffit de dire ici que le sentiment moral est le véritable gardien de la liberté humaine.
De là l'union du sentiment individuel et du sentiment général ou sympathique, sous la loi du progrès, à la condition de cette loi.
Savoir et aimer, voilà tout l'homme. Il est donc appelé à développer à-la-fois, ou successivement, par la société, son intelligence et son sentiment moral. Je crois même que le développement du sentiment moral ne peut être complet, ne peut approcher d'être complet, que par le plus grand développement possible de l'intelligence. Les décisions d'un sentiment moral , lorsqu'il est fortement exalté dans de hautes intelligences, finissent