TROISIÈME PARTIE
tronage, parceque j'aurai à la faire connaître dans toute son étendue et dans toute son énergie. Une fois admis que la société était une institution naturelle, principe qui n'a été contesté que dans le dernier siècle, il a bien fallu admettre que les choses^ sans lesquelles on ne pouvait concevoir la société étaient naturelles aussi. Arrivé là, il n'y a' plus qu'un pas à faire, et ce pas, pour certains esprits, est un abyme; il suffit d'en venir à comprendre que les formes sociales se succèdent avec les âges de l'esprit humain , et que toutes sont bonnes, chacune dans son temps; toutes sont initiatrices. Dans le monde successif, tout doit avoir des lois successives. De là, il sera facile d'arriver à ceci, qu'un progrès est un perfectionnement.
Permettez donc à la société de se perfectionner. Je vais au-devant d'une objection. La société n'estelle pas soumise à la loi qui atteint tous les êtres, celle de la vieillesse et de la mort? Oui , sans doute; et, depuis les temps historiques, nous savons combieii de sociétés humaines ont subi cette loi générale des êtres. Mais je ne parle jamais que de la société générale du genre humain ; et celle-là va toujours se perfectionnant. Encore un mot sur ce sujet. Lorsqu'on veut conserver des formes sociales usées, et les conserver en dépit du progrès, c'est alors qu'elles sont contre la nature, c'est-àdire contre la Providence, négatives du droit di-
vin. Si, par exemple, il pouvait être prouvé que Finstitution des castes ait été, à l'origine, dans rinde, comme une initiation appliquée à la société elle-même, pour diriger les hommes d'intelligences diverses; qu'ainsi le partage des castes fût primitivement le partage des genres d'épreuves, selon la variété des facultés humaines, il en résulterait qu'à une époque antérieure on devait s'élever dans la hiérarchie des castes, comme, plus tard, on s'éleva dans les grades emblématiques de l'initiation égyptienne par les épreuves successives. Les grades de l'initiation et la hiérarchie des castes auraient donc été identiques, et les prêtres de l'Egypte n'auraient fait que transporter, dans leurs souterrains, une image des antiques sociétés de l'Inde, lorsque déjà, peut-être dans l'Inde, le mouvement progressif avait été arrêté ; parceque le fait qui ne manque jamais de se manifester, celui de la forme religieuse, s'introduisant dans la forme civile, et se l'assimilant, ce fait y aurait gouverné trop tôt les esprits, et les aurait gouvernés sans préparation. Nous expliquerions ainsi pourquoi, dans les sociétés de l'Inde, l'idée primitive ayant été pétrifiée, ce qui était préparatoire est devenu définitif; pourquoi il y a eu des castes indéfiniment condamnées à l'opprobre , comme il y en a eu d'élevées par elles-mêmes, sans la condition de l'avancement individuel. La Chine, en-