‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 20 sur 122 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

N oublions pas que les nobles et les plébéiens, à l'origine, n'avaient pas les dieux communs entre eux, c'est-à-dire, que la multitude était sous le poids d'une excommunication religieuse. Cela est prouvé par l'histoire romaine, la seule qui ait réellement des documents certains de ses premiers temps. La loi des XII Tables exclut formellement les plébéiens du droit des auspices, privation qui entraînait nécessairement celle des noces religieuses, et, sans doute, celle des noces légales. Nous mettrons, plus tard, hors de toute contestation ce fait fondamental de l'histoire romaine, qui est aussi le fait fondamental de toutes les autres histoires. C'est ce droit civil que l'Évangile a aboli, aboli à jamais, en établissant l'égalité religieuse ; car de l'égalité religieuse à l'égalité civile , il n'y a que la conséquence à tirer.

Faisons une autre remarque non moins importante.

Jadis les vaincus perdaient leurs dieux. Par cela seul qu'il a donné à tous le même dieu , le christianisme a fondé un autre droit des gens.

Les inégalités, l'esclavage, le droit de guerre, le droit de vie et de mort , tout était fondé sur la religion : je ne veux pas, pour le moment, entrer ♦ dans les détails; souvenez-vous seulement des hérauts , des auspices, des obsécrations, des formules antiques de jugement, toutes choses de

ïordre politique et civil, et qui se trouvent dans tous les rituels religieux.

Il y a donc un droit public tout entier, qui a été frappé de mort par le christianisme, et qu'on ne peut ressusciter sans abolir le christianisme lui-même.

' Il ne faut pas que l'on s'y trompe, et il est temp^ que cette vérité retentisse dans le monde, le christianisme, loi si parfaite de l'humanité religieuse, est éminemment antipathique à la loi initiatrice de la théocratie. J'aurai même occasion d'établir que les institutions juives furent une première lutte contre ce redoutable pouvoir; mais toujours l'empire de la Providence divine reste immuable.

Pour rappeler ce qui vient d'être dit, il serait donc aussi permis d'affirmer que le christianisme a été l'initiation du genre humain , comme la loi de Moïse avait été, pour l'enseignement préparatoire, l'initiation d'un seul peuple, mais d'un peuple tout entier.

La hiérarchie des castes est sans objet, puisque désormais tous sont appelés au même genre d'épreuves.

Sitôt que l'inégalité cesse d'être religieuse, elle n'a plus de base réelle, car l'homme n'aurait pu l'inventer, et il ne pourrait lui prêter l'appui de son assentiment volontaire et raisonné.

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