‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 19 sur 122 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

égard, dans FEssai sur les institutions sociales. Cette puissance des organisations primitives de la ] société tint sans doute à la division de l'espèce humaine en castes, sorte d'initiation sévère, que j'espère expliquer par la suite, et qui fut un décret de la Providence, car l'homme n'aurait pu ni le rendre, ni le sanctionner. Nous voyons que, dans rinde, une origine divine est attribuée aux castes; et Euripide, dans la tragédie d'Ion, assigne également une origine divine aux classes ou tribus de FAttique. Mais les documents que je produirai sur ITiistoire romaine seront notre véritable appui dans cette route si nouvelle. La distinction des castes était fondée sur une division naturelle , celle qui résulte de l'inégalité dans la dispensation des facultés humaines; mais elle perpétuait ellemême l'inégalité, puisque chacun s'appropriait les idées et les sentiments de sa caste, sans aller au-delà. Si donc elle fut nécessaire à l'éducation sociale, maintenant elle est devenue aii;ifîcielle. L'inégalité dans le partage des facultés humaines n'a point cessé, seulement elle est individuelle ; tous doivent suivre le mouvement progressif; nulle race ne peut plus être stationnaire. Les noirs eux-mêmes, peut-être en arrière de notre* race de tout un cycle pàlingénésique, sont destinés à entrer dans le monde civil, d'où ils ont été si long-temps exilés, et qu'ils habiteront à leur tour

avec nous. Cette révolution commence déjà par les populations noires que l'Europe transporta avec tant d'inhumanité dans les colonies de FAmérique. Ce ne sont plus quelques hommes, c'est le genre humain tout entier qui est dépositaire des traditions générales; la solidarité reçoit une application différente, elle n'est plus restreinte aux familles et aux peuples. L'ancien décret de la Providence a été aboli par le nouveau décret contenu dans la promulgation de l'Évangile.

Ceci ne serait-il point une image et une prophétie d'un autre ordre d'épreuves réservé au genre humain dans un autre ordre d'existence? N'est-ce point l'emblème d'une hiérarchie toujours progressive jusqu'à l'entière consommation des plans éternels?

Dans le principe, la division des castes, à ce qu'il paraît, était morale et religieuse; elle avait des rapports avec les divers degrés de l'initiation, et s'accordait avec le dogme des existences successives, comme je viens de le faire entrevoir. Disons, en passant, que la préexistence des âmes fut admise par quelques uns des premiers pères de l'Église, dogme qui est le même que celui des exis- • tences successives: il vient de l'Orient, et expliquerait lui seul l'institution des castes. Ajoutons que la rigueur de la solidarité est en harmonie avec cette antique hiérarchie sociale.

Page 1