‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 24 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE. Çi · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. Çi

tions grecques, devenues, à leur tour, traditions romaines. Ce n'est point ainsi quliistoriquement la succession des faits a eu lieu ; mais c'est ainsi qu'elle a été consacrée par de très anciens préjugés- Si je n'ai pas cru devoir m'en affranchir, c'est qu'ils sont loin d'être dissipés, et que la discussion commence seulement sur cet objet comme sur tant d'autres; et je dirai tout-à-l'heure où nous en sommes à cet égard. Pour les autres traditions, les traditions ou antérieures ou contemporaines aux unes et aux autres, je ne pouvais qu'en faire soupçonner l'existence , sans la déterminer d'une manière précise. Enfin, j'ai voulu donner une idée d'une des filiations de la pensée humaine, et je n'ai voulu que cela. Je ne prétends pas, au reste, accréditer plus qu'il ne doit l'être le système de cette filiation, tel que je l'ai retracé; car il a dû prendre la forme de mon esprit, modifié lui-même par le temps où je vis, par le milieu social dans lequel je me trouve placé ; et, de plus, il doit bien être convenu que la contexture de l'ouvrage est toute de mon invention. Quoi qu'il en soit, toutes les autres transformations, ou antérieures ou contemporaines , primitives ou secondaires , relativement à ces temps fabuleux, offrent un champ vaste à qui voudra le parcourir désormais; c'est une des mille routes nouvelles ouvertes à ce que j'ai nommé quelque part la poésie de la pensée.

Ceux qui ne craindront pas de s'y engager après moi verront bien vite que j'ai pris la partie la plus facile de la tâche, et qu'encore je m'y suis dispensé des plus grandes difficultés, ou plutôt que j'en ai été dispensé par la nature et la forme de ma composition, et j'oserai dire par le fond même de mes idées. En un mot, je ne voulais ni ne pouvais faire un tableau dont le mérite fût l'exactitude des détails, mais tracer un dessin où l'on sentît la physionomie des contours. Je laisse aux autres tous les trésors de l'archéologie et d'une philologie profonde, trésors qui s'amassent pour tous, et dont nul, à présent, ne pourra refuser l'usage.

Ces moyens s'offriront d'eux-mêmes, lorsque, plus tard, au sujet de l'histoire romaine, je voudrai produire une autre sorte de conviction:

L'époque où l'on place généralement l'apparition d'Orphée est un peu antérieure à la guerre de Troie, événement qui est considéré, en géné- Jral, comme la limite des temps fabuleux et des temps historiques, et qui même participe des uns et des autres. Orphée et Hercule sont contemporains; ils entrent tous les deux dans le dénombrement que l'on fait des Argonautes. Au reste, à cette distance, quoique si peu éloignée, tous les temps sont encore confondus, comme pour dérouter à plaisir les chronologistes scrupuleux.

Page 1