DEUXIÈME PARTIE
humaiue? Qu'il me soit permis de faire, à cette occasion, une remarque incidente, qui se rapporte au temps où nous vivons. Les deux centres de direction luttent lun contre l'autre, avec des forces puissantes^ mais tout-à-fait distinctes entre elles. C'est le signe le plus caractéristique de toutes les époques palingénésiques; et il arrive à présent ce qui arrive toujours, c'est que l'on se trompe sur le centre religieux. La pensée divine n'est plus là où on la croit, et n'est pas encore dans le centre opposé. Enfin , pour achever ma pensée, ne peuton pas croire à deux volontés produisant chacune un destin différent?
En voyant une foule agir , quelquefois non en vertu d'un ordre, mais par une impulsion puisée en elle-même, on prend une idée de ce qu'est le genre humain dans l'ensemble de ses destinées, dans l'identité de l'être individuel et de l'être collectif. La pensée humaine serait-elle donc une des puissances de ce monde? Une volonté seule est douée sans doute d'une grande puissance, mais elle ne devient, en quelque sorte, toute puissante, que dans le moment où elle exprime le sentiment du grand nombre, dans l'instant où elle représente la multitude des autres volontés. Alors c'est Hercule prenant possession de la terre.
Dieu qui a fait l'homme a su qu'il faisait une volonté libre et indépendante; et il a voulu que ce
fût ainsi. Il en est de même des autres intelligences qui ont été placées dans les autres mondes; car, sans doute, chaque monde a sa créature supérieure, qui est un sommet, un perfectionnement, un but, peut-être même une cause. Les livres sacrés des Indiens accordent à la pensée humaine une puissance dont nous aurions peine à comprendre l'inconcevable étendue, parceque nous sommes restés bien loin de leurs doctrines mystiques.
La volonté humaine peut créer un destin, par la raison qu'un fait, en soi, est une chose irréfragable; mais le destin créé par l'homme, à son tour est brisé par le destin qui résulte des lois générales de la Providence ; et Prométhée est cloué sur le Caucase, événement qui , plus d'une fois, est arrivé dans le monde.
La Providence a des lois successives, qui forment des destins successifs; et, lorsque le temps est venu, Prométhée est déchargé de ses fers.
Prométhée, c'est l'homme se faisant lui-même par l'énergie de sa pensée.
La liberté des êtres intelligents a été prévue dans les lois qui gouvernent l'univers. Dieu s'est imposé, s'il est permis de parler ainsi, le devoir de la respecter; mais il s'est, en même temps, réservé la faculté de la réprimer, car elle aurait pu aller jusqu'à troubler l'harmonie des mondes.