‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 36 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

En voyant une fouie, on est porté à croire que Ja pensée humaine est une des puissances de ce monde.

La pensée humaine, en effet, a une puissance de création. Elle fait le monde ce qu'il est pour nous.

Selon des sectes indiennes, selon quelques commentateurs de la Bible, elle a participé à la création.

Les Élohim, c'est l'intelligence humaine, dans son essence primitive, selon ces mêmes commentateurs.

Nommer une chose, dans la force de la prérogative qui donne la faculté dénommer, c'est connaître l'essence de cette chose; et c'est dans ce sens que le nom de Dieu est Dieu même. Les païens ont nommé les attributs de Dieu, et ces attributs ont été des dieux.

La prérogative de nommer est donc, en quelque sorte, une participation à la création.

Dans la Genèse, l'homme reçoit le pouvoir de nommer les animaux: quels que soient les interprétations* et les commentaires, ceci a un sens immense, sur-tout si l'on examine les paroles dont se sert l'écrivain sacré, et qui toutes indiquent, dans celui qui nomme, une connaissance intime de la nature, des facultés, de l'essence de l'être nommé.La faculté de nommer, accordée à l'homme.

est donc, au moins, une prise de possession de la création.

Si les animaux, et cette supposition gratuite peut servir à m expliquer mieux, si les animaux avaient ce qu'il faut d'intelligence pour considérer, sans les comprendre, des choses qui, au reste, sont également hors de notre portée, pour lier sur-tout des idées de causes et d'effets, nul doute que ceux dont l'intelligence serait encore plus développée, ne prissent l'homme pour le maître et l'ordonnateur, peut-être même pour le créateur de la terre.

Les Indiens croient qu'un pénitent peut s'élever jusqu'à être une des puissances créatrices et conservatrices, jusqu'à détrôner un Dieu. Une mysticité si audacieuse n'a point pénétré chez nous; mais qui sait ce qu'eût été l'homme sans l'état de déchéance? Qui sait ce qu'il est destiné à devenir, puisque la réhabilitation doit, tôt ou tard, le replacer dans l'état où il serait sans la déchéance ?

Pourrait-on se faire une idée de ce qu'est la volonté humaine? Elle n'a que deux forces au-dessus d'elle: la Providence et le Destin. Le Destin, dans le sens le plus étendu et le plus général, c'est l'irrévocabilité d'un acte de volonté, produit au-dehors. Le Destin est donc tantôt le résultat de la volonté divine, ou de la Providence, et tantôt l'ouvrage de l'homme.

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