PREMIÈRE PARTIE
la main de Dieu, forme Finstrument mystérieux de sa prescience; et, en ce sens, la prescience divine est un attribut insondable de celui qui ëta* blit une fois, pour qu elles subsistassent toujours^ les lois universelles , les lois auxquelles obéissent les esprits et les corps ; qui créa l'intelligence de Thomme à son image, et lui donna la liberté, pour qu'il méritât ; qui le fit, en quelque sorte, colégisla-^ teur d'un monde où il semble cependant n'avoir ^ que des obstacles à vaincra?
Si nous interrogeons les doctrines mystiques unies à toutes les religions, et répandues, de toute antiquité, dans le monde, nous y trouverons une triste et terrible unanimité sur ces points principaux, la punition d'une première faute, le besoin d'une expiation, le travail imposé à l'homme, la science acquise au prix du malheur; nous y trouverons toujours une funèbre commémoration de quelque épouvantable catastrophe où le genre humain a péri; nous y trouverons encore, sous mille formes diverses, la peinture d'un être supérieur qui subit la mort, dont les membres déchirés sont dispersés par toute la terre, et d'un autre être supérieur cherchant aussi par toute la terre les membres épars de la grande victime, pour re» composer son corps. Mais remarquez bien la suite et l'ensemble du mythe universel que je viens de signaler. Durant cette course douloureuse, qui
a pour but la recomposition de l'être primitif, ou de l'être emblématique et typique, l'agriculture et les arts sont enseignés aux hommes, la civilisab tion commence , les lois du mariage et de la pro-
* priété sont établies, enfin la société s'organise. Remarquez sur-tout que la source des générations humaines reste frappée d'une sorte de réprobation et d'opprobre ; la honte est telle que je n'ose la dire, parceque les mots et les images qui servirent à l'exprimer trop naï^ment n'existent plus dans nos langues devenues pudiques à l'excès. Bossuet ^ cependant, pour mieux briser les séduisantes illusions, dont, à force de poésie et de roman, nous avons fait les instincts perfectionnés et délicats de notre nature, Bossuet n'a pas craint d'effaroucher nos susceptiblités modernes. Dans les traditions juives, qui sont aujourd'hui l'héritage inaliénable des nations chrétiennes, il n'a pas fallu moins que la grande promesse d'un Médiateur pour nous affranchir de l'antique anathème. Tous les peuples de la gentilité ont également cherché un remède à la flétrissure originelle. Ce fut, en effet, le but de plusieurs institutions diverses dont nous aurons à nous occuper, tant fut universel le sentiment que nous venons de signaler!
La manifestation de l'homme sur la terre et dans le temps est donc un châtiment qui lui est infligé, puisque, selon toutes les religions, il doit