DEUXIÈME PARTIE. i
menée à se répandre chez nous; Vico, l'un des esprits les plus pénétrants qui aient jamais existé, l'honneur, dans nos temps modernes, de cette école italique, dont l'origine se confond avec l'origine de la poésie, et dont les traditions peut-être n'ont jamais été complètement abolies dans les lieux qui la virent naître. Si je devais exposer la doctrine de Vico, ainsi que j'en avais eu le projet avant d'avoir su que plusieurs personnes s'occupaient de cet utile travail, si je devais, disje, exposer la doctrine de Vico, comme ses excursions dans le passé souvent sont assez aventureuses, j'aurais besoin d'expliquer sa philosophie, et quelquefois même de la réfuter. Je ne suis point étonné, en effet, que Boulanger ait pu être regardé, à Naples, comme un plagiaire des idées fondamentales qui y sont contenues. Toutefois il y a cette différence infinie entre Y Antiquité dévoilée et la Science nouvelle, que le premier de ces livres présente le tableau des destinées humaines sous l'aspect le plus triste et le plus douloureux , au lieu que l'autre est plein de cette pensée consolante qui explique tout, celle d'une Providence toujours vigilante, toujours protectrice, s'expliquant par la loi inviolable du développement et du progrès.
J'ai déjà eu occasion de parler de Boulanger, qui, à mon avis, a été jugé trop rigoureusement,
^us le rapport religieux. Pour Vico, non seulement il est irréprochable, mais même il est resté dans les limites de la plus sévère orthodoxie ; ce qui na pas empêché, cependant, qu'il n'ait été vive-^ ment attaqué, en dernier lieu, dans sa propre patrie. Il a voulu à-la-fois réfiiter Hobbes et Grotius, contre-balancer l'ascendant de ces deux grands hommes sur son temps, et appliquer à l'étude de l'antiquité l'instrument que Bacon avait inventé pour remuer toutes les sciences. Cet instrument est devenu , dans ses mains, une sorte de sonde géologique qu'il a enfoncée puissamment dans les entrailles de l'histoire; sans doute elle amène quelquefois sur la surface du sol des ma-» tériaux hasardés; mais elle peut servir à tirer de précieux débris de l'ancien monde civil. Je viens de donner à entendre que j'aurais souvent à contredire la philosophie de Vico. D'abord je ne pars point, comme lui, d'un abrutissement général de la race humaine dans la dispersion qui a suivi le déluge; ensuite, parla même raison, je n'admets point les efforts tout-à-fait spontanés et isolés les uns des autres, produisant par-tout les diverses civilisations de la gentilité. Je crois que jamais et nulle part le genre humain n'a été, d'une manière si absolue, privé de toute connaissance bu de tout sentiment des traditions primitives. Au reste, dans mes notes, je m'expliquerai plus en