DEUXIÈME PARTIE
Providence; s'il ne le fait pas, il manque à sa mission. Tout gouvernement doit être initiateur à l'égard du peuple qu'il gouverne.
Lorsque l'on médite sur l'origine et les progrès' des connaissances humaines, on est invincible^ ment porté à chercher hors d'un peuple quelconque la cause de sa civilisation , et , par conséquent, l'origine de ses lumières sur toutes choses. C'est, au reste, le témoignage de l'histoire. De là l'hypothèse d'un peuple primitif, d'un peuple civilisateur, placé par Bailly, d'après Platon, dans le nord de l'Asie. D'autres ont établi le principe civilisateur dans un collège de prêtres, coipme les gymnosophistes de l'Inde, les Hiérophantes de l'Egypte, les Semnothéens de la Celtique. Toujours, au moins, a-t-il fallu un législateur avec une mission d'en haut pour dominer et son siècle et les peuples auxquels il s'adressait. Il paraît même que ce qu'on nous donne pour des premières institutions, des législations primitives, ne sont en effet que des réformations. En suivant donc la filiation jusqu'au bout, nous serons bien forcés de placer le principe civilisateur hors du genre humain lui-même, c'est-à-dire dans le créateur, qui a voulu que l'homme fût un être social , qu'il fut condamné à tout apprendre. Dieu régna d'abord lui-même, ensuite par des législateurs avoués de lui. Remarquons qu'en effet les légis-
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lateurs, tous sans iexception, ont eu des missions divines ; et ici , c'est encore le seul témoignage de l'histoire que j'invoque. Je sais que le dix-huitième siècle n'a pas voulu croire à ces missions divines. 11 faut bien les admettre cependant, car^ ainsi que je l'ai dit au sujet des oracles , l'imposture ne peut être douée de ce qu'il faut pour fonder. Celui qui se fait l'expression d'un ordre de choses doit avoir en lui la conviction de la pensée humaine en sympathie avec la volonté divine, ce qui constitue la foi, la puissance de créer, l'ascendant sur les hommes. J'ai fait entendre ailleurs, ce que je pense de Mahomet lui-même, ce dernier législateur qui se soit autorisé d'une mission divine. Voltaire, engouffré dans les erreurs du siècle dont il est le représentant si passionné, et qui néanmoins se recommande à notre reconnaissance par le vif sentiment d'humanité qu'il a développé parmi nous, Voltaire a menti à-la-fois aux données de la poésie et à celles de la vérité; et ceci me rappelle encore le crime irrémissible d'avoir porté une main sacrilège sur l'héroïne admi-^ rable, sur la sibylle pure et magnanime de la nation française.
Remarquons, puisque nous en sommes arrivés là, que ces sortes de missions étant finies, il en est résulté la nécessité de faire entrer les peuples dans la participation du pouvoir. Fénélon l'avait