DEUXIÈME PARTIE. iSg
bien senti. Fénélon^ il ne faut pas se lasser de le dire, est le véritable fondateur de Tère actuelle* Sîî le Télémaque eût été adopté par les souverains, ils auraient conservé la première prérogative du pouvoir, celle d'instituer; ils auraient évité la dissolution sociale du dix-huitième siècle. Il faut savoir sur-tout que le Télémaque était loin de contenir toute la pensée de Fénélon, et que l'ensemble de ses écrits était un trésor de sagesse et de prévision. Je ne parle pas même de ceux qui ont péri, et qui n'ont jamais été connus^ maâs qui, sans doute, contenaient une révélation de l'avenir. Louis XIV, afM'ès la mort de M. le duc de Bourgogne, s'enferma dans ses appartements, avec madame de Maintenon, pour brûler tous les pa* piers qui contenaient les instructions de l'illustre maître pour son auguste éléve^ et qui avaient été religieusement recueillis et enfermés dans une cassette* Le vieux roi ne pouvait plus rien pour sa propre gloire, ni pour le soulagement de ses peuples dont il sentait tout le malbeur; mais qu'avait-* il à craindre de ces pensées généreuses, destinées seulement aux méditations intimes de la royauté? Redoutait-il encore pour lui-même, et pour son successeur l'ascendant d'un si beau génie?
Disons plus,, car ^ depuis Fénélon y les temps ont bien changé ^ la participation du peuple au pou** voir ne suffît encore pas, dans l'état artuel des
i6o PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
idées et des opinions. Il faut que le pouvoir sorte du peuple même. La société, une fois instituée, marche vers l'indépendance : c'est àelle , un jour, à produire le pouvoir qui doit la régir. Les âges de la tutéle sont passés , les âges de l'émancipation commencent. Est-il besoin d'ajouter que néanmoins la société continue d'exister par les mêmes lois qui Font fondée? L'émancipation d'un peuple ne peut être pour lui l'affranchissement du haut domaine de la Providence.
Je me suis expliqué ailleurs sur toutes ces choses, et sur-tout sur le signe métaphysique, qui est la marque de l'âge actuel de l'esprit humain.
Il me suffit d'appeler de nouveau l'attention sur ce que j'ai dit, plus haut, de l'évolution plébéienne, des initiations successives, du développement complet de l'humanité.
M. de Maistre attend un siècle nouveau, une nouvelle révélation: il ne sait donc pas que le christianisme a tout dit ! Moi aussi je crois à une ère nouvelle, mais cette ère est commencée. Le siècle attendu existe déjà. Les choses parlent un langage, qui est aussi une révélation de Dieu.
La société, ainsi que je l'ai dit si souvent^ a été imposée à l'homme j à présent, il est temps d'ajouter qu'elle lui a été imposée comme épreuve, comme moyen d'initiation, parceque, dès les temps cosmogoniques, l'homme ayant mal usé de sa liberté.