‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 81 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE. i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. i

faisaient reraonter leurs institutions; et c'est ce qui rend si difficile toute chroiiologie antérieure.

Toutefois il est évident qu'ici il y a confusion , même dans cette sorte de chronologie que j'ai nommée idéale , Hercule a fait la contrée, le sol; Thésée a fait l'institution , la cité ; l'un est donc un être cosmogonique national; l'autre, un être héroïque national aussi: ce sont deux âges mêlés dans les traditions.

Quoiqu'il en soit, et malgré cette limite des Héraclides, il est impossible de ne pas voir encore là un vieux monde qui finit, et un monde nouveau qui commence. Hercule soutenant le ciel à la place d'Atlas, c'est l'apparition d'une nouvelle race, de nouvelles dynasties royales, d'un ordre de choses nouveau : c'est toujours une époque palingénésique. Le culte du jeune Jupiter succédant à celui du vieux Saturne, n'est qu'une transformation de la même idée. A son tour, selon la remarque déjà faite plus haut, le vieux Jupiter devait être un jour détrôné parle jeune Bacchus, le dieu plébéien par excellence; en effet, les plébéiens, dans le mythe civil d'une époque, sont représentés par le sexe passif, par les ménades : nous trouverons un dernier témoignage de cet antique mythe civil dans la loi des XII Tables , où le mot midiereSf toujours d'après no$ idées, désigne ceux qui ne faisaient point partie de la cité,

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ceux à qui était interdit le vin , symbole des droits civils, incommuniquables. Virgile faisant du Silène , instituteur de Bacchus , un personnage cosmogonique , était , à son insu , l'organe d'une croyance dont nous avons déjà parlé , et dont la tradition, qui ne fîit jamais interrompue, reprenait alors quelque chose de son énergie. J^e plébéianisme, pour le redire en passant, est tellement la tige même de l'humanité , que les lettres et les arts, honneur et gloire de l'humanité, sont des productions plébéiennes. Mais revenons à ces données antiques , dont nous nous sommes trop écartés par la force d'analogies toujours présentes à notre esprit. Lorsque Ménélas aborda en Egypte, il trouva que Protée régnait sur cette terre merveilleuse. Or Protée était un devin illustre du vieux monde, prophétisant le monde nouveau.

C'était donc, encore pour l'Egypte, la fin des temps divins ou des temps fabuleux, ce qui est. la même chose, d'après tout ce que nous avons déjà dit.

Ainsi les révolutions de la terre sont exprimées par des personnages cosmogoniques généraux, comme les révolutions locales de chaque région sont exprimées par des personnages cosmogoniques nationaux. Protée est pour l'Egypte ce que l'Hercule thébain est devenu pour la Grèce : j'étais donc autorisé à faire d'Orphée le civilisateur

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