TROISIÈME PARTIE
cratiqiie; il avait compris d'avance que c'était le seul moyen d'éviter le piège où le fier génie de Bossuet s'était laissé honteusement prendre. Il a dédaigneusement repoussé l'inconséquence des transactions, pour marcher plus directement au règne de l'immobilité. Il a franchi, d'un saut, les débris de l'empire de Charlemagne, pour aller prendre des armes dans le camp de Constantin. Il a convoqué de nouveau les peuples et les rois sous le Labarum, devenu non plus le signe vivificateur de l'affranchissement, mais le signe silencieux du pouvoir sacré. Il a redemandé au Vatican d'Hildebrand ses foudres usés dans de glorieux combats livrés à la multitude des tyrans du moyen âge ; il les a redemandés pour en armer la main débile du vieux prêtre dont nous n'avions su admirer naguère que la douceur évangélique.
Bossuet, dans sa Politique sacrée, livre admirablement beau, composé en entier de centons de l'Écriture sainte, Bossuet a essayé de faire revivre la loi abolie , puisqu'il prend ses exemples et ses règles dans la théocratie juive, renversée par la mission de Jésus-Christ; mais, dans d'autres écrits, il a fait de vains efforts pour assigner des limites à une puissance qui ne peut pas connaître de limites.
Moïse initia un peuple; le Christ initia le genre humain : Bossuet et M. de Maistre ne par-
viendront point à nous ravir le bien&it de ces deux initiations, devenues notre inaliénable héritage.
Ne soyons point étonnés si , encore à présent , si, depuis la promulgation de la loi de grâce, M. de Maistre a continué à ne connaître, pour le monde, d'autre salut que le salut par le sang. Au dix-neuvième siècle de cette loi de grâce, inspiré encore par le génie redoutable du châtiment et de la peine, il a osé peindre le bourreau comme l'horreur et le lien de l'association humaine. wOtez du monde, et c'est en frémissant que je retrace de telles expressions, ôtez du monde cet agent incompréhensible, dans l'instant même, l'ordre fait place au chaos, les trônes s'abyment, et la société disparaît. » Ne soyons point étonnés si le fléau de la guerre est une des terribles harmonies du monde social ; car il nous apprendra qu'il y a dans le sang humain répandu sur la terre, une vertu secrète, une vertu d'expiation.
Juste ciel ! faudra-t-il donc rétrograder jusqu'aux jours des sacrifices sanglants?
Ce qu'il faut bien remarquer, et remarquer pour une haute instruction , c'est que M. de Maistre na nulle pitié des hommes. Il est inexorable à l'égal de la destinée, et point miséricordieux comme la Providence. D'après les poètes chrétiens, si les anges exécutèrent la sentence contre