TROISIÈME PARTIE. 2i
rhomme déchu , ils ne Fexécutèrent qu'en pleurant. Cela est vrai, la Providence exécute ses lois en pleurant, lorsque ses lois sont rigoureuses; la chute et la rédemption ne forment qu'un seul et même dogme, par lequel encore le Réparateur promis doit être fils de l'homme déchu.
Le caractère farouche de l'antique patricien, type tout-à-fait primitif, s'est donc retrouvé, dans • notre temps, avec toute sa poésie; et pourtant ► cette poésie n'a point la rudesse des époques cyclopéennes, parcequ'elle a été polie, malgré elle, par l'étude de Platon , par l'ensemble des mœurs chrétiennes. On y retrouve néanmoins toujours ce dédain superbe et naïf pour l'humanité ; l'humanité, en effet, est un résultat de l'évolution plébéienne qu'il ne pouvait adopter, à laquelle il était instinctivement antipathique.
Ainsi M. de Maistre était resté complètement en arrière de la loi de clémence et de grâce! ainsi il a méconnu les développements successifs ! Il ne s'est pas souvenu de ce que . Jésus-Christ disait aux Juifs, en leur expliquant la nécessité , la raison des dures lois de Moïse. Il a oublié le baptême substitué à la circoncision, double emblème qui exprime tout. Platon lui avait enseigné que la pensée humaine avait conçu la grande pensée d'un Médiateur, ou plutôt il avait compris que Platon l'avait puisée dans les traditions générales du
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genre humain. Virgile lui avait fait sentir, chez les païens, l'attente d'un siècle nouveau, et les espérances du genre humain tout entier, espérances que Dieu voulut disperser parmi tous les peuples de la terre. Il n'avait qu'une pensée de plus à acquérir, qu'un sentiment intime à écouter, pour savoir que le sang sacré dont furent arrosés les sommets du Golgotha avait aboli la loi du salut par le sang, que la grande rançon du genre humain avait été acquittée. Oui, le sacrifice non • sanglant, fondé par le christianisme, affirme, chaque jour, que le sacrifice sanglant doit incessamment être aboli parmi les nations chrétiennes. Il a dit, l'apôtre du passé, que l'échafaud est un autel élevé sur les places publiques. Cela fut vrai avant la promulgation de la loi de clémence et de grâce. Cela est encore vrai, tant que cette loi n'aura pas reçu son accomplissement tout entier, tant que la peine de mort n'aura pas été abolie par toutes les nations chrétiennes. Cela est encore vrai, disons-nous, mais plutôt n'est-ce point déjà une horrible impiété? Expliquons-nous.
La peine de mort n'est que le droit de défense naturelle, transporté de l'individu à la société. Il ne s'agit donc point de discuter le droit, mais la nécessité. Si la peine de mort est nécessaire, elle est licite. Ajoutons seulement que cette question étant maintenant discutée, il faut qu'elle soit dé-