‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 1 sur 221 · M DCCC XXIX · texte numérisé non relu

M DCCC XXIX

Nous sommes à une époque où toutes les idées doivent être produites , où tous les problèmes qui importent à rhomme doivent être exposés en même temps. Le sentiment d'une telle simultanéité est la cause de lapparente incohérence que Ion a cru remarquer dans les prolégomènes ; mais il ne faut point s'en trop inquiéter, une pensée dominante finira par se faire jour, et par se dégager des nuagfîs dont elle est encore entourée. G*est pour hâter le moment où ce but pourra être atteint que je me suis décidé à demander un nouvel entretien avec mes lecteurs, avant de leur présenter l'Orphée.

A mesure que j^avance, je procède à ma propre initiation; ce qui était replié en moi se déplie successivement , et comme à mon insu. L'impulsion de la pensée première, Tenchaînement de celles qui en découlent, me conduisent à un terme que souvent je nai point su prévoir- D'ailleurs les notes que j'ai rassemblées sont en si grand nombre, ont tellement besoin d'être éclairées les unes par les autres , que ce serait un travail au-dessus de mes forces , si je voulais les consulter et les discuter toutes à-la-fois, pour les employer d'une manière défijiitive , pour être certain de la place que chaque chose doit occuper dans les compositions successives; et c'est là aussi la raison de l'édition provisoire que je donne aujourd'hui.

Voici donc cet Orphée, que j'ai déclaré ne pas être établi sur des bases scientifiques, et qui cependant, j*ose presque raffîrmer, nest, sous certains rapports, qu'une véritable évocation de l'antiquité. Toutefois ce poème, s'il m est permis de le désigner par im nom si relevé, ne sera pas de tous les écrits qui entrent dans la Palingénésie Sociale, celui que j aurai le moins à retoucher, dans le cas d'une édition pour le public.

La mythologie est une histoire condensée , et , pour ainsi dire , algébrique.

La tradition groupe les événements primitifs, pour faire d'un ensemble de faits un seul fait symbolique; par-là elle est dispensée du soin de marquer de longues éphémérides. Quelquefois ces faits groupés sont rendus plus saillants, par une faculté merveilleuse de personnification, qui est un des attributs de l'esprit humain. Les traces de l'évolution cyclique s'effacent , et la mémoire du seul fait symbolisé brille dans la nuit des âges. Ainsi était le clou du siècle , enfoncé par le marteau d'un pontife sur le frontispice des temples.

Chaque peuple ancien a sa cosmogonie sociale , laquelle est une image, un écho, une transformation d'une cosmogonie générale, universelle.

Ce n'est point par des emprunts faits avec discernement, coordonnés avec élégance, que l'on peut parvenir à étabh'r un système d'idées exact et complet; c'est par une vue qui plane sur le tout, par une impres- ^on collective reçue à un centre commun , par l'assimilation de la pensée divine ou humaine avec sa propre pensée. Si l'on voulait comparer et faire sympathiser

Ératosthènes pensait que la poésie n est pas la philosophie par excellence, ou la philosophie primitive^ mais un moteur des esprits ; Varron prétendait que la poésie fiit devancée par une phUosophie ; il s occupait des mythes dont d'anciennes villes voilaîènt leurs origines et même leurs lois. Gètte philosophie qm , d aprèé Ératosthènes et Varron , précéda la poésie, ne reportet-elle pas notre pensée vers cette doctrine et cette langue des Barbares qui excitaient Tadmiration et le respect dé Platon? Et, à notre tour, ne pouvons-nous pas supposer que ce mot Barbares est une expression vague , indéteN minée , pour désigner la source ignorée des doctrine^; le point de départ inconnu des traditions ? Plus tard , nous trouverons encore à méditer sur ce sujet.

U ne faudra donc pas s étonner lorsqu'il m'arrivera de traverser Thellénisme sans m'y arrêter.

Quoi quil en, soit, Strabon exigeait, pour la poésie, trois éléments, Thistoire, le mythe, et l'arrangement. Tel fut, en effet, le génie poétique de Virgile, et telle fut sans doute aussi la raison qui le fit nommer par l'antiquité le compilateur. Ce génie néanmoins s'étant allumé dans la sphère patricienne , Virgile fut inhabile à pénétrer le mystère profond de l'évolution plébéienne; de plus encore, étant homme nouveau, il ne put connaître qu* imparfaitement le mystère patricien , déjà si obscurci de son temps. Qui sait même si Tempire, heureux légataire du tribunal, n'aimait pas à confondre toujours les choses patriciennes et les choses plébéienne&? Il est curieux , au reste , de remarquer combien les hommes nouveaux sont singulièrement portés à se dé-

ESSAIS

DE

PALINGÉINÉSIE

SOCIALE

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