‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 2 sur 221 · TOME IL · texte numérisé non relu

TOME IL

Latium. Ces croyances, il faut maintenant les chercher dans les plus vieux débris de la lan^pie qui se parlait sur les collines d'Évandre , et que Virgile ignora.

Le genre humain partagé en initiables et en initiateurs est une idée dérivée d'un dogme caché dans toutes les cosmogonies, le dogme identique de la déchéance et de la réhabilitation. Cette même idée de la nature différente des âmes, dégénération du dogme primitif, nous ne tarderons pas d en avoir la preuve, passa ensuite dans la gnosse, philosophie mystique qui devait embrasser à-la-fois le monde ancien et le monde nouveau de rhumanité.

Comme on le verra, Tidée d'initiables et d'initiateurs, ridée de la nature différente des âmes, se produisit donc, dès les premiers temps, sous la forme dune croyance à des âmes innocentes et à des âmes coupables.

Dans tout ceci est le fait cosmogonique oriental, devenu le fait cosmogonique latin. Ainsi letre patricien et Fétre plébéien témoigneraient du dogme identique , du dogme un de la déchéance et de la réhabilitation.

Ce fait, je ne pouvais le présenter sous un vêtement historique ; j'ai dû faire un mythe.

Et rOrient est venu m apprendre les secrets de la langue des Barbares.

Remarquez que lorsque Plante nomme le latin une langue barbare, ce nest point par comparaison, mais d une manière absolue.

Au reste, il faut bien lavoucr, ce qui fit l'avantage du mythe est pour nous une difficulté de plus, parceque nous ne pouvons l'employer dans toute sa conci-

maintenaDt à reculer, le plus possible, Thorizon de Fiiistoire dans la nuit des orig;ines , à agrandir son empire , en faisant des conquêtes successives sur la région des fables.

Mais puisque TOrphée devait être un poëme antique, il est assez juste que tout ne puisse pas être saisi dans le premier moment II me suffit donc d'affirmer que rien n est hasardé , que tout repose sur une étude approfondie , sur des autorités certaines. Ainsi le lecteur est prié de ne point s'effaroucher de quelques expressions que je me suis cru obligé d'employer teUes que je les suppose fournies par le vieux Latium , et que je ne pouvais traduire sans en dénaturer le sens. Tous les mots dont je me sers, et c est sur-tout pour le livre neuvième que j'ai besoin de cette exphcation, tous les mots dont je me sei*s sont pesés avec une scrupuleuse exactitude ; s'il en est plusieurs dlnusités dans la langue latine qui nous est famihère, je ne les ai point tirés des éléments mêmes de la langue, pour le plaisir de produire des sons archaïques dt barbares. Les notes du cinquième volume achèveront ma justification, et seront, le plus souvent, comme de véritables scohes. La situation où je me suis trouvé expUque, à mon avis, celle où furent placés quelques uns des poètes alexandrins.

•Te n ai point cherché à compléter l'exposition du mythe latin ; une telle entreprise eût été trop difficile pour moi, et trop fastidieuse pour le lecteur. Ce mythe se déroulera par la suite, à mesure qu'il viendra s'offrir à moi , car je n'ai point le projet d'aller au-devant de lui.

Je crois cependant utile de prouver l'altération que

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qu'il suffit, quant à présent, dlndiquer. Aristote et Homère, lun investigateur, lautre, peintre de sociétés contemporaines, sont analogues en un sens. L'Odyssée et les Politiques s appliquent à divers âges sociaux avec la différence dans les formes que motive celle des âges. Virgile imite Homère, à la spontanéité près. Un tel travail synchronique,j aurais pu sans doute lessayer, à mon tour, quoique avec quelque peine , dans TOrphée; mais n'aurait-ce point été un travail plus curieux qu'instructif? D'ailleurs je ne crois pas qu'il me fût permis d'excéder, au-delà de ce que je l'ai fait, l'emploi du langage mythique. J'ai déjà expliqué les raisons qui m'ont porté à négliger la peinture des civilisations de la Grèce antique. Il en est de même de ceUes du Latium , dont l'Odyssée a péri, et qu'il aurait fallu reconstruire. Il m'iniportait seulement, pour atteindre à mon but, de signaler l'initiation successive du plébéien général , et , dès le commencement des épreuves auxqueUes ce plébéien général était soumis par la Providence , faire entrevoir Tépoptisme de l'humanité, c'est-à-dire le christianisme. Toutefois j'ai voulu que l'Egypte fàt une image de toutes les civilisations syncbroniques de cette époque du monde, et même qu'elle conservât une image des civilisations antérieures. Il s'agissait, pour moi, de montrer l'enfantement merveilleux de l'Occident par l'Orient , et l'Occident conservant les titres de sa filiation.

On sentira bien ici ce que je disais dans les prolégomènes, qu'arrivé à une antiquité où l'on espère pouvoir signaler le fait primitif plus ou moins évident, on trouve toiqoursles traces d'une antiquité antérieure, incontes-

PRÉFACE. i5

table. Les mots indigènes et autochtones, comme les expressions poétiques nés du chêne ou du rocher, ne nous empêchent point de creuser plus avant, de chercher sur le sol les pas effacés de proto-anciens par-delà les anciens. Nous savons que tout est sous une forme indéfinie avant d être sous une forme circonscrite. Nous savons que le mythe est une histoire condensée, et que nous sommes appelés à lire cette histoire.

U est fort à remarquer que plus Ion remonte haut, plus 1 on trouve illimitée la supputation des temps. Une année solaire se fond, et se perd, pour ainsi dire, dans des cycles immenses formés par le concours des astres : c est ce qui a donné lieu aux grandes années. Les semaines d'années et les années jubilaires des Hébreux sont déjà une restriction à ce qu'il y avait dlUimité dans le langage de rOrient; et cette restriction émanait de leur cosmogonie elle-même, si admirable dans son impo* santé simplicité. Les olympiades, qui sont une restric* tion plus grande encore, qui ne sortent pas non plus de la contemplation de la marche du soleil relativement à notre terre, mais qui appartiennent à une cosmogonie locale, au lieu de porter la forte empreinte d'une cosmogonie générale , les olympiades marquent le commencement des temps historiques, et leur institution est presque synchronique avec Tère adaptée à la fondation de Rome. Par-tout le temps se dégage de Téter*nité ; le fini, de l'infini ; TOccident, de FOrient ; le connu, de Finconnu; Fhistoire, du mythe.

Les périodes astronomiques , les cycles de différents genres , où s*est épuisée tantôt Fimagination , tantôt la

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science , pour trouver des phases certaine , des alternatives de décours et de recours , dans cette immense et merveilleuse horloge de Tunivers, qui sonne incessamment les heures palingénésiques de tant de globes roulants au sein de Tespace infini , ces périodes et ces cycles ont été des temps de purification , d'épreuves , de félicité perdue ou promise, de malheur passé ou futur, de menace ou d espérance, d épouvante ou de retour à la confiance; ils ont été des âges pour les intelligences pures avant d'être des âges pour le genre humain, pour les diverses sociétés humaines. De là les différentes acceptions du mot siècle , et même du mot éternité: la langue latine primitive, où Ion trouve encore quelques anneaux usés de cette chaîne antique par laquelle nous fûmes attachés au roc immobile du vieil Orient; la langue latine aura à nous raconter toutes ces significations oubliées , si riches en enseignements , d'une doctiîne si profonde.

' Telle est la cause qui a produit la confiision de Pastronomie avec la religion : le temps a dû être l'image deTéternité.

Nous touchons également à Fécueil contre lequel se sont brisés Boulanger, Court de Gébelin , et sur-tout Dupuis.

Ainsi donc les phénomènes sociaux se succèdent dans une chronologie idéale, et non dans une chronologie qui se compte par la succession des années et des siècles : on a voulu faire de cette chronologie idéale une chronologie positive, et alors tout a été embrouillé. Newton ne put coordonner cette chronologie , qui est

ir

une chronologie cyclique de civilisation, et non une chronologie astronomique.

Vico ne s y était pas trompé. Il avait bien compris que la philologie était le meilleur instrument pour sonder les profondeurs de lantiquité. Bacon lavait paiement compris.

Depuis, une science nouvelle est survenue, la géologie.

Nous savons à présent deux choses, lune , que Fhomme est nouveau sur la terre, l'autre, que Fidée a précédé le fait.

Les poissons, dans les abymes des mers , sont la proie les uns des autres; les espèces n y sont limitées que par dlnsatiables destructeurs. Les entassements d'animaux fossiles dans des cavernes que Ion découvre en divers lieux annoncent qu a une époque où Thonmie n'existait pas encore les animaux étaient comme sont les poissons de la mer.

Dès le moment où lliomme a paru, les animaux ont eu un dominateur intelligent; il fallait bien qu'il fût complet dans sa nature d'être intelligent , car sans cela il n aurait pu subsister. En outre, si les merveilles de Imstitution du langage et celles de Tinstitution sociale eussent été successives , nulle chronologie historique ne serait suffisante pour rendre compte de la série graduelle des faits.

Ceci nous indique une autre fonction du mythe, celle d expUquer symboliquement tantôt la spontanéité, tantôt la succession.

Ainsi a été confirmée lantique révélation.

TOt. Il, C

i8 PRÉFACE.

Si nous nous reportions, par la pensée , à une époque génésiaque, où le monde physique, tout entier, était comme en ébuUition ; où les éléments, pour ainsi dire, n Savaient pas leurs limites assignées; enfin, où tout était dans la confusion, nous trouverions les inondations dans la péninsule grecque, les embrasements dans la péninsule italique, le brisement des rochers dans Fisthme immense qui sépare la Baltique du Pont-Euxin. La vallée du Nil et l^Étrurie sont des marais. L'homme épouvanté fait de tout des signes et des puissances, soit dans les animaux, soit dans les arbres des forêts, sôit dans les météores d'une atmosphère bouleversée. La science fulgurale, laruspicine, les pronostics des fontaines, les rites des augures , toutes ces choses furent un souvenir, une tradition d un état cosmogonique où la nature entière avait un langage pour les facultés instinctives de Thomme.

M. de Sainte-Croix a vu , dans les Titans , les défenseurs d un ancien culte , vaincus par les sectateurs d'un culte nouveau. Il fallait y voir la peinture d un âge cosmogonique, où rhomme avait à lutter contre les forces de la nature, à s approprier la terre, pour ainsi dire, en la faisant. De plus, c'est une très courte vue de croire que Ion fonde un établissement religieux et politique comme Ton bâtit une maison ; que Ion fait une religion comme une hypothèse philosophique. Soyez certain que vous ne rencontrerez jamais une origine avec cette courte vue. Dieu et la forme essentielle de l'esprit humain donnée par Dieu , voilà le type et le germe de toutes les manifestations successives de l'homme.

Le règne de l'humanité c'est lliomme se détachant

du tout panthéisti'que. Les statues à gaines sont remplacées par les statues avec Fattitude de la faculté locomotrice. Le progrès de Fart de Dédale est Femblème du progrès du libre arbitre. Certaines affections pathologiques, certaines impressionabilités, certains modes accidentels de nos perceptions, ne nous donnent-ils pas une idée de cette confusion de Tétre dans le tout, de ce magisme de la nature , qui sont une des explications du paganisme? Dans une sphère, les influences de lair et do sol; dans une antre sphère, les sentiments généraux se personnifiant, ne conduisent-ils pas à la même idée?

Le christianisme pouvait donc seul nous sauver des superstitions natureUes conune des superstition théurgiques.

Venons à quelques observations de détail , sans trop chercher à y mettre de l'ordre.

CéphalœoQ avait fait une histoire universelle , depuis Ninus et Sémiramis jusqu'au régne d'Alexandre , en neuf livres , avec les noms des neuf muses.

L'histoire d'Hérodote a encore l'unité de l'épopée.

Cn poëte, du nom de Linus, est dit avoir écrit les aventures d'Orphée en caractères pélasgiques.

Une peinture de Polygnote établit le synchronisme de Thamyris et d'Orphée. Dans cette peinture , Thamyris est représenté avec la lyre cassée.

Orphée, d'après les traditions, Thrace, c'est-à-dire Scythe, homme du Septentrion. La Thrace, lieu sacré, primitif; llnde est transportée dans la Thrace; tous les myth(^raphes, tous les poètes, sont unanimes.

Une contrée très limitée s'agrandit, et devient le

monde même : comme il y a une chronologie idéale , il y a aussi une géographie idéale.

Leibnitz avait bien compris que Fhistoire de Thomme est liée à Fhistoire de la terre. Charles Bonnet a une fort belle page sur cette théorie ; Herder la beaucoup développée.

Les climats, les génies des peuples, donnés, le problème historique pourrait se résoudre à priori: ceci nous présenterait une image de la prescience de Dieu.

liCS Grecs ont rapproché toutes les distances, dans le temps comme dans lespace ; les Latins ont été plus rigoureusement vrais.

Dans Orphée, deux hommes, le fondateur, ou , pour parler plus exactement , celui qui représente Tidée de la religion, puis le fondateur ou le représentant dune superstition. Pausanias en fait un sorcier. Voyez avec quel mépris Aristophane traite les Orphiques. Et toutefois Euripide et son scoliaste, de même que Pausanias et Aristophane, attribuent à Orphée Imstitution des mystères. Toute tradition se bifurque; jai montré la bifurcation , dès lorigine , par le rhonobe retentissant , analogue au tambour lapon, et qui a été sitôt un objet employé aux ti'istes rites des conjurations et de la magie.

Une théogonie a été attribuée à Orphée; on en trouve quelques fragments épars.

Eumolpus , qui appartient au temps d'Érechtée , était de Thrace ; on connaît les Eumolpides d'Eleusis.

Toujours la même hypothèse que, dans la géographie idéale, la Thrâc^ est, pour la Grèce, le berceau sacré de toute croyance: cestllnde, cest la Scythie; c est ce que nous nonunerions TOrient.

Tout peuple a une tradition, dont le commencement mystérieux se rapporte à un lieu symbolique.

De plus , le lieu qui devient le berceau d'une institution est le hiéroglyphe de cette institution.

Chaque colline ajoutée à la Rome primitive est le relief d une institution introduite dans le droit civil romain. De là une tradition consignée dans Servius, à savoir que sept tertres existaient, à Torigine, sur le Palatin , et portaient déjà le nom des sept collines , dont, plus tard, devait être successivement formée la ville de Rome.

U n y a point de lieu sans le génie de ce lieu , d'après le même Servius ; c'est ainsi qu'en Egypte chaque nome était sous la protection d'un génie : il faUait bien que l'on retrouvât ici ce qii^une telle chorographie a de vivant et de merveilleux.

Cette remarque sur les lieux portant, en quelque * sorte , l'institution comme le sol produit la plante y est confirmée par Plutarque. Il dit que Thémistocle, en joignant le Pirée à la ville d'Athènes , fit une révolution , et qu'il affaiblit ainsi l'ascendant des nobles.

J'ai voulu que Talaon fût l'anneau de la tradition d'une révélation primitive , qui , plus tard , devait être déposée dans les Mystères.

Uétablissement des Mystères ne remonterait-il point à l'époque du premier affaiblissement des patriciats ?

Peut-être eût-il été dans les convenances de ma fable qu'iEagrius eût été fait roi et prêtre par Orphée.

Homère partage les hommes en deux classes, selon les langues qu'ils parlent; les hommes qui parlent une

langue barbare et inarticulée , et les bomnies qui parlent une langue articulée.

Les cris d'Évohé prononcés par les ménades appartenaient à cette langue barbare , qui fut appelée langue sacrée.

Les Grecs disaient que les dieux aiment à être priés avec des aiticulations barbares. Les antres de Samothrace et les sommets du Cythéron étaient célèbres et vénérables sous ce rapport.

J'aurais pu peindre une danse orgique sur le Cythéron.

J'ai dit les mystères des Barbares , profonds et prinodtifs. Je dois ajouter que ces mystères sont intuitifs ; car^ pour la gentilité , ils sont 1 expresâon de toute antiquité religieuse, insondable, de toute origine dont il était impossible de rendre compte.

Talaon est donc le barbare, dans le sens où d'anciens philosophes ont pris ce nom.

Nous savons à présent pourquoi Platon parlait avec respect des Barbares, d'où, ainsi que Pythagore, il avait tiré la plupart de ses dogmes et de ses doctrines ; car, pour eut, remonter aux Barbares n'était autre chose que chercher aurdelà du mythe.

M. Pictet , dans son ouvrage sur le culte des cabires , chez les anciens Irlandais, prétend que le mot Pythagoras signifie littéralement , en gaUois , explication de l'univers , cosmogonie. Porphyre et Tamblique assurent que Pythagore fut initié aux mystères des druides.

.£agrius, ce roi des Odrysietis, petite peuplade de la Thrace , est le barbare , dans le sens où on entend plus généralement ce mot.

PRÉFACE. 2'i

Ne trouverait-on pas les deux caractères confondus dans le moyen âge ?

C'est Pomponius Sabinus qui ma appris que Talaon fut le père d'Eurydice.

Servius dit qu'Eurydice était une dryade.

Nul poëte , nul écrivain ne m'a enseigné le nom de la mère d'Eurydice. IjC nom de Vola, que j ai cru pouvoir lui donner, a quelque chose de sacré et de primitif. Vola désigne la paume de la main, symbole très expressif daxÈS le langage figuré de ces temps. Le mot est resté avec cette signification en latin. Il fut, chez les Étrusques, le nom général de toute viUe, considérée comme cité mystique. Une Edda porte le nom de Voluspa, oracle de la prophétesse Vola. Voluspa est un mot composé qui, après avoir été le nom d une poésie, devint le nom des prophétesses des nations celtiques. C'est ainsi que le nom d'une faculté, d'une institution, d'un ordre de choses, fut souvent le nom même de celui qui représente cette faculté, cette institution, cet ordre de choses. JTai osé placer une Voluspa apparaissant au milieu du combat des Thraces. J'ai fait plus, car j'ai introduit un Scalde dans les souterrains de l'Egypte : s'il y a anachronisme , c'est tout au plus dans le mot , car Orphée lui-même pourrait bien être un Scalde. Les Scandinaves , avant d'habiter les bords de la Baltique , furent établis sur les rivages du Pont-Euxin. L'émigration d'Odin est contemporaine de Mithridate, mais il y en avait eu d'antérieures, dont l'histoire n'a pas recueilli les témoignages, et certainement Odin n'est pas le créateur de la mythologie qui lui est attribuée.

Je ne m arrête pas davantage à ces sortes d'inductions, parceque les occasions ne me manqueront pas pour compléter ma justification.

Les Orphiques croyaient que Baccbus succéderait à Jupiter, comme celui-ci avait succédé à Saturne.

Dans la donnée où Bacchus indique la croyance à une dernière émancipation plus complète, il est facile de comprendre comment plusieurs ont pu y voir une transformation de Moïse.

Souvent son char est traîné par un centaure et une ménade , ce qui en fait un mythe civil. Il est suivi de ménades , et nous avons vu que les ménades , sexe passif, ont été lemblème du plébéianisme. C'est même ce qui nous a conduits à interpréter ainsi le mot mulieres, femimes, dans la loi des xii Tables.

Les premiers chrétiens croyaient que les nations païennes avaient, aussi bien que la nation juive, une tradition des promesses faites au genre humain.

Ainsi le phanès de Bacchus est Tannonce d'un dernier époptisme promis par toutes les sibylles de Tan* cien monde.

Je ne saurais trop insister sur la perpétuité et Fidentité d'un sentiment général, répandu par-tout.

Érechtée fut appelé Diphye, c'est-à-dire de deux natures: le nombre de ces sortes de types est très grand.

J'ai fait Orphée diphye : il est très exact de dire qu en effet les patriciens et les plébéiens étaient considérés comme appartenant à deux natures différentes. Toutefois j ai cru que je devais faire Orphée plébéien

par choix; il fallait bien moraliser ma fable par la sanction de la volonté. Le plébéien peat seul avoir les sympathies générales de Thumanité; ainsi que jeTai dit, le plébéien , ç est Thomme même.

Une ancienne tradition, recueillie par Pausanias, dit qu Orphée fut foudroyé parcequ'il livra Finitiation, sans les épreuves préparatoires.

C'est Servius qui ma autorisé à lemploi que j ai fait du saut de Leucade. Le mot desiderium exprime une soif de connaître ; on Ta appliqué à lamour. Vénus présida aux desideria. C'est toujoui^ la soif de la race, Tinitiation de la race. Le Jupiter dont il est question , à propos du saut de Leucade , fut incerius deus. Ulysse fut incerius héros. Remarquons, en passant, que ce langage mythique est transporté souvent dune sphère dans une autre. Il serait peut-être assez facile de démontrer que rOlympe fîit Timage d une société civile. On y trouverait des dieux opes et des dieux inopès ou hostès; comme ailleurs nous trouverions des rois opes et des rois hostès, et même des rois serfs. Il y eut des autels desservis par un pontife serf.

Toutes les classes étaient représentées dans le navire Ai^o.

Toutes les classes sont également représentées parmi les prétendants de Pénélope.

Homère s'est trompé pour le second fait; les poètes alexandrins, pour le premier.

Aristée est un mythe antérieur à Orphée, si 1 on fait d*Orphée un des héros de la Toison d'Or, et appartient à une cosmogonie sociale, devenue une fsible.

Ici analogie de Bacchus, d'Orphée, d'Actéon; Tun déchiré par les géants; laatre, par les ménades; le troisième, par ses chiens: trois âges d émancipation. Romains se trouve dans la même catégorie.

La lyre, le nutùs divin, la foudre: un fait primitif quelconque; ce fait primitif, un mythe, un emblème, qui devient une légende.

Lorsque Gicéron demandait à Atticus, pour le poète Chilius, des renseignements sur les initiations, c était sans doute afin que ce poète fit ce que Yii^ile a fait depuis, quoique, sans doute, dans une tout autre direction d'idées.

Virgile, traditions populaires, arrangées dans im système philosophique sur les progrès de la civilisation , système expliqué au livre V de Lucrèce , mais arrangées par une pensée d adulation.

Virgile n'est point un poète spontané comme Homère; et Homère n'est spontané que parcequ'il est une personnification .

Pourquoi Virgile place-t-il dans une sorte de purgatoire les enfants, ainsi que les hommes injustement condamnés à mort? On ne peut douter que ce ne soit un dogme de l'initiation, celui-là même qui répugnait tant à Platon. Serait-ce une trace de cette culpabilité générale dont l'espèce humaine aurait besoin d être rachetée?

Quoi qu'il en soit, Virgile et les poètes alexandrins ont exécuté, dans une sphère d'idées, ce que, plus tard, les philosophes alexandrins exécutèrent dans une autre sphère.

Si Ton me demandait pourquoi j ai introduit le poème

de Job dans une des séances des initiations, j'aurais à répondre que ce poëme était un des vases sacrés enlevés parles Hébreux aux Égyptiens; en d autres termes, rbistoire de Job, Arabe, fait partie des traditions générales, communes à tous les peuples de cet Orient.

Il me faudrait un volume au lieu d'une préface pom* exposer convenablement le mythe de Prométhée, surtout pour réfuter lord Byron , qui , dans son terrible drame de Caïn , a évidemment été égaré par l'imitation d'Eschyle, parceque la pente de son génie douloureux le portait à sympathiser avec lancienne fatalité tragique. Cependant il lui eût été commandé d'éclairer son sujet par la lumière du christianisme, et d'entrer avec une religieuse réserve dans les secrets de la préscience divine. Alors il autait compris réellement la destinée humaine ; alors , tremblant , comme tout Tancien monde, devant le redoutable problème de lorigine du bien et du mal , il aurait pu rencontrer, comme Tancien monde , cette grande pensée , que la responsabilité est une promotion. Telle est, nous Tavons entrevu, et nous le verrons pleinement , telle est la condition du plébéïanisme appelé à être Humanité elle-même.

J aurais, au sujet du phénix, une trop longue dissertation à faire, et ce n'est pas ici le lieu. D après des témoignages qu'il ne m'appartient pas de discuter , la dernière apparition de l'oiseau cyclique serait de l'an i38 de notre ère; la précédente remonterait au temps de Sésostris. Quant à Ténigme, on reconnaîtra cette fameuse énigme du sphinx , mais avec les développements donnés par le scholiaste de Sophocle, avec le

sens profond des oracles anciens , celui de la conscience , de la responsabilité, acquises à Thomme individuel et à rhomme collectif.

Elle n était point tout-à-fait ainsi, dans TAntigone^ dont je n avais voulu faire qu une épopée domestique. On verra, plus tard, que le premier Brutus et GSdipe sont deux personnages analogues.

Ce n*est pas sans raison que j'ai placé dans les spectacles de l'initiation tout un idéal de représentations scéniqyes , et que j ai attribué les plus éclatantes illusions de la peinture à ces tapisseries égyptiennes dont la célébrité fut si grande, précisément sous ce rapport.

Qu^il me soit permis de citer à ce sujet une anecdote ancienne. Théon de Samos avait fait un tableau où Ton voyait un guerrier armé ; et avant de découvrir le tableau, le peintre faisait jouer une fanfare militaire par un trompette. Uart d'ajouter les prestiges de la musique à ceux de la peinture, de faire concourir plusieurs or* dres de sensations à une impression unique, fut fort connu des prêtres de l'Egypte.

Plutarque parle de l'astrologue Tarutius qui dressa le thème fatal de Rome , d après la science astrologique , et indépendamment de la science chronologique. Le jour fixé ainsi pour le jour de la fondation de Rome se rencontra avec celui que Varron avait déterminé. N'étais-je pas autorisé à faire dresser ce thème au sein des sept tertres qui furent, d'après Servius, l'emblème, j'oserais dire embryonaire, de la ville aux sept collines?

Homère a gardé le silence sur l'Assyrie. Cette remarque, jointe à beaucoup d'autres, nous confirmera dans

la pensée qu'Homère n*est point un poète , mais une poésie. Platon (Lois III) dit que Troie était vassale de TÂssyrie. Ce grand empire était-il déjà sur son déclin , qull ne put fournir des secours suffisants à la ville de Priam pour la garantir de la ruine? ou plutôt n'étaitce point le commencement des destinées ascendantes de FEurope ? Ne soyons donc point étonnés si la guerre de Troie est devenue une ère du genre humain.

Continuons nos observations de détail, toujours sans cherclier à les lier entre elles. Quoique isolées, elles se rattachent toutes à un même ensemble de choses, et elles servent toutes ou à expliquer ou à justifier ma composition.

Les Phéaciens et non les Cyclopes ont fait, les premiers, des enceintes défensives. On aurait donc dû nommer constructions phéaciennes ces monuments que Ton a coutume de désigner sous le nom de murs cyclopéens.

L'importance de File de Samothrace tient, sans doute, à ce que cette île portait lempreinte des derniers bouleversements du globe.

La cause, la substance, Tidée : telle est, au fond, la thritéie de Samothrace, d'après Schelling. De plus, le lien magique par lequel sont unies les divinités de Samothrace , devenues des idoles populaires , ou changées en amulettes, fait comprendre cette dégénération superstitieuse qu'on a appelée fétichisme.

Il y aurait un chapitre à faire sur les iles sacrées, et un autre sur les montagnes sacrées; les montagnes sont aussi des iles. Platon remarque cette expression monter

6o PRÉFACE.

à la ville, comme un monument de la tradition du déluge. Elle est aussi dans la Bible.

Les hommes qui faisaient partie de la cité étaient les hon^mes des hauts lieux ; les colons qui cultivaient la campagne étaient les hommes des bas lieux. Souvenonsnous que la différence des lieux est un emblème de la différence des destinées.

Anna Pérenna est un personnage palingénésique , méconnu par Virgile.

Sous Saturne, Picus, Faunus, et Latinus, raison de la cosmogonie romaine. Énée , raison de la mythologie romaine. Romulus, raison de la cité romaine.

La fable de Faunus et celle de Protée sont analogues.

D'après Festus, le nom mystique de Rome fut Romula , et le nom sacré de l'Italie fiit Barbaria.

Un fragment d un poëte, désigné comme antérieur à Homère , donne le jugement de Paris comme un emblème cosmogonique.

Platon dit que les lois de l'Egypte étaient des poèmes de la déesse Isis.

Maxime de Tyr dit que Jupiter avait donné à Minos ses lois en vers.

Suidas dit que les lois données par Dracon aux Athéniens étaient en vers.

Tacite dit que les histoires primitives des Germains étaient en vers.

La nymphe Garmente, c est-à-dire la muse latine primitive^racontait en vers les origines héroïques du Latium. La porte carmentale était près du capitole.

Les lois royales de Rome étaient en vers.

PRÉFACE. 3i

Les Scandinaves attachaient aux vers une puissance magique. Un héros croit succomber sous cette sorte de maléfice. Ce sont des vers qui commandent une bataille. La loi des xil Tables punit du feu les coupables de maléfices par les vers, les incantations.

Diodore de Sicile et Ovide s'accordent en ceci , que le règne de Jupiter commença le gouvernement domestique et patriarcal; ce fiit là le premier rudiment du gouvememeot civil, fondé, en effet, sur la familte certaine. J'ai parlé plus haut du régne de Bacchus, qui devait succéder à celui de Jupiter.

J aurais trop de choses à dii*e sur Tanalogie des cérémonies nuptiales avec les croyances relatives à la cosmogonie; sur le mariage, considéré, chez les anciens, à régal d'une initiation.

Jupiter Téléios et Junon Téléia présidèrent aux noces. Or, Télos signifie initiation, mystère.

Le mariage reposant sur une tradition cosmogonique est un souvenir égaré de la Bible, comme on en trouve par-tout.

L'idée du mariage étant identique avec celle d'une véritable initiation , il en résulta que les profanes durent être exclus du mariage. Les profanes étaient ceux qui habitaient la ville, sans faire partie de la cité; ceux qui participaient à la religion , et restaient en dehors de la res sacra; ceux qui pouvaient avoir, et ne pouvaient pas posséder: les profanes étaient donc les plébéiens.

De là, noces justes et noces injustes. Pour bien comprendre lacception des mots justes et injustes, il faut remonter à celle de justice, jum siatio, limitation du

droit; et le mot jus signifie en même temps droit et force , si même , à son origine , il ne signifie pas force seulement. Les noces injustes finirent par obtenir des effets civils.

De là Yortus, c est-à-dire la naissance, qui était le partage des seuls patriciens ; et ce mot or(ti5 est la racine de plusieurs mots très importants. On comprend que rhistoire des mots serait toute une histoire des choses.

Les plébéiens étaient sans ortus, c est-à-dh*e sans naissance. Par la même raison , ils n avaient point de nom , si ce n est le nom chacun de son patron ; point de tom beau , si ce n est le tombeau commun de la famille du patron.

J aurais beaucoup de choses aussi à dire sur la propriété aux confins célestes, et sur la propriété aux confins terrestres; mais, dans le prochain volume, nous aurons à nous enquérir de ce que fut le Pomerium ^ de ce que forent les champs ou les territoires nommés ejfaia.

Cette différence dans les deux propriétés, ce qui fait Tessence de lune et de lautre , tient à ce qu'il y a de plus profond dans un ordre de choses très profond , et dont il est impossible de s occuper dans une préface.

Tout ce que je puis dire en ce moment c est que la propriété est une sorte d'assimilation de la terre à Thomme, une extension du moi; et que le droit de propriété, en remontant à 1 origine première, repose sur le défrichement primitif.

Ainsi le prix actuel de la propriété transmissible , le prix même du fermage, ne sont autre chose que la trans-

formation de la valeur conquise sur la terre par le défrichement. Le mot auctor, le mot auctoritas, qui en est émané, achèveront, plus tard, de nous instruire sur ce sujet, comme sur beaucoup d autres, car tout est lié dans le monde civil ancien.

C'est par cette raison que je ne sais quel roi d'Egypte fut dit avoir achevé le monde.

Gest par cette raison encore qu'Œmund , roi Scandinave, dans le sixième siècle, est connu sous le nom de roi défricheur.

Joignez à cette idée de la propriété, telle que nous venons de lapercevoir, celle de faire que le ciel et la terre soient une image luu de lautre , et vous aurez le pressentiment de cette harmonie sévère et inconnue des sociétés antiques.

Quant au droit de la conquête , on sait qu'il se siibstitne à tous les droits.

Taurais également à m expliquer sur les tombeaux , qui étaient disposés de manière à représenter aussi le ciel et la terre ; sur les villes primitives , qui étaient de véritables hiéroglyphes de Tordre le plus élevé; sur les sexes , qui exprimaient divers états d'initiation sociale : toutes ces doctrines se développeront successivement par la suite.

Quelques mots cependant nous y prépareront, sans beaucoup nous retarder.

IjCs tombeaux étrusques et les tombeaux arcadiens étaient formés d'une petite colline et d'une chambre souterraine. Un tombeau était comme une borne placée sur les limites de deux mondes.

VOL. II. e

Ne dirait-on pas qu une seule pensée préside à la formation de la ruche? Les cités primitives ressemblent, sous ce rapport, à une ruche : tout y est prescrit^àto/e^ ment. Je ne crains pas d employer cette expression , parcequ elle fait mieux sentir l'analogie de la pensée qui fait la ruche avec la pensée qui fait la ville : celle qui faisait la ville était une pensée cosmogonique.

Ne pourrait-on pas conjecturer que les anciens palladium furent les châsses où étaient conservés les os du fondateur ? Je ne serais pas en peine de trouver des faits à 1 appui de cette conjecture.

Dans le mélange des peuples, soit par migration , soit par les conquêtes, il est une chose tout-à*fait primitive à considérer. Cette philosophie , qui a été supposée antérieure à la poésie , avait admis des principes mâles et des principes femelles, c est-â-dire, des principes actifs et des principes passifs , pour causes premières des diverses organisations sociales : plus nous avancerons dans nos investigations , moins une hypothèse si extraordinaire nous paraîtra hasardée.

Les peuples-femmes sans doute furent des penpleshostès, des peuples avec le principe passif, et privés du principe actif. Les amazones se nourrissaient de tortue, du victufœdo, dont Orphée, d'après Horace, détourna les hommes. Nous verrons, en effets dans le volume suivant, qu*Amazone signifie, â la lettre, privé du pain. Les peuples que Sésostris soumettait à son empire étant déchus du principe actif, il les marquait du signe du principe passif.

Nous avons déjà remarqué que la distinction ou la

séparation des sexes était une loi générale dont la raison est toute cosmogonique. Ajoutons ici que , dans un langage théotophique^ l'homme, c'est rexistenoe; la femme, c'est la conscience du moi. Ajoutons encore qu'Orphée est dit avoir donné une théogonie où, pour la première fois^ les dieux furent distingués par les sexes*

La pensée m'était venue de construire , dans Orphée, à l'occasion de la Thrace , une législation cyclopéenne ; je m'en suis abstenu , parceque je me propose de la construire historiquement, lorsque je m'occuperai de la loi des xu Tables , dernier monument de cette sorte de l^pslation , enveloppée du mythe. D'ailleurs je ne pouvais ni limiter, ni particulariser le caractère indéfini et général que j'avais adopté pour la Thrace. Il eût fallu expliquer les degrés divers d'initiation sociale des Thyades, des Mimallones, des Bassarides; et ce n'était point à moi d'entrer dans de tels détails, de résoudre de tels problèmes, qui appartiennent à la muse lie rhistoird.

D'un autre côté , même dans l'hypothèse de ma composition^ la Thrace n'était pas une contrée assez pri* tive , assez enfoncée dans les ténèbres du monde nais* sant, pcmr que j'eusse pu y placer l'action d'un combat cosmogonique, comme est, dans le Mahabarat, celui des Soors et des Asoors, pour la conquête de l'Amréeta, breuvage de l'immortalité; comme est, dans Hésiode, celui des Titans* C'était bien assez empiéter sur la chronologie idéale, que de peindre, en ce moment, une première guerre de Thumanité.

J'ai placé dans le neuvième livre d'Orphée, sous la forme d un poëme runique, les lois-morès destinées à être un jour le premier fondement de cette même loi des XII Tables.

Sur ceci j ai encore à me justifier; et cette nouvelle justification , comme celle que j'ai donnée au sujet de Vola , sera fondée sur Tidentité de tout ce qui tient aux origines.

M. Pictet a prouvé Fantiquité du culte des Cabires , chez les Irlandais. L'analogie de ce culte , dans l'ancienne Érin , avec celui de Samothrace , frappait les écrivains du siècle qui a précédé le christianisme. La cosmogonie illustrée par la savante discussion de M. Pictet est analogue aux cosmogonies indiennes, et a pour dernière limite, pour horizon incommensurable, l'absolu, c'està-dire l'infini, c'est-à-dire encore les imposantes, les silencieuses , les créatrices ténèbres de TOrient.

Quant aux runes , çn dit qu'on en trouve dans la Tartarie comme en Danemarck, en Norwège, et en Suède. On sait que les runes ont participé de la puissance magique ou divine attribuée à la poésie primitive de tous les peuples. Elles étaient de plusieurs sortes, et avaient diverses propriétés : il y avait les runes amères, les runes secourables, les runes victorieuses, les runes médicinales.

Les mala carmina punis de mort par la loi des xii Tables étaient des runes amères, des maléfices.

Les mots charmes et enchantements sont, dans notre ancienne langue française, les derniers témoins de cette antique superstition.

Nous avons va, plus haut, de quelle contrée sont sortis les Scandinaves. Je ne veux pas laisser échapper /

une remarque. Quelques unes de leurs plus anciennes poésies sont des élégies sur une patrie primitive, qui avait un beau ciel et de beaux fruits. Un de leurs proverbes exprime des regrets sur la figue. Il ne faut pas trop mépriser cette petite induction, et Ion sait combien les Athéniens furent jaloux des figues que produisait TAttique.

Voici une autre analogie.

Les fées du Nord ne sont-elles pas une transformation despérisderOrient?J aurais donc pu peindre Eurydice consultant larbre des fées, comme Jeanne d*Arc fut accusée de lavoir fait durant sa rêveuse et innocente enfance.

M. Lévêque , dans les notes de sa traduction de Thucydide, troisième excursion , sur lorigine septentrionale des Grecs, fait un paraUéle détaillé du chamanisme avec la religion primitive des Grecs et des Latins. M. Geoi^i , deTAcadémie des Sciences de Saint-Pétersbourg, dans une description détaillée de tous les peuples qui habitent lempire de Russie , a fait sur les moeurs et la religion de ces peuples, un résumé dont M. Lévêque s*est servi pour son introduction à l'Histoire de la Russie.

Le point de départ serait le Japhet de la Bible, d après M. de Formont

Nous sommes toujours assurés de rencontrer la Bible, lorsque nous arrivons à une certaine hauteur dans les traditions générales du genre humain. A ce sujet, puisque loccasion s'en présente, je crois devoir rappeler

quelques paroles du texte sacré , qui viennent ici à mon secours, et qui confirment, en même temps, ce que j'ai dit ailleurs de Tidentité du génie des peuples avec le génie de leurs langues , peut-être même avec la forme et les circonstances des lieux où ils s'établirent. Les descendants de Noé se partagèrent la terre ; et la Genèse (ch. X) entre dans les détails de ce partage. Elle dit, en terminant Ténumération des enfants de Japhet : •< Us se partagèrent entre eux les îles des nations , s'établissant en divers pays , où chacun eut sa langue , ses familles et son peuple particulier. » Elle dit, en terminant rénumération des enfants de Gham : « Ge sont là les fib de Gham divisés en leurs familles et leurs langues , leurs pays et leurs nations. » Enfin elle dit en terminant rénumération des enfants de Sem : « Ce sont là les fils de Sem distribués en leurs familles et leurs langues, leurs régions et leurs peuples. »

La traduction française est insuffisante, sans doute, et déjà le latin de la Yulgate caractérise mieux le fait que je veux signaler. Ces mots, en parlant des fils de Japhet, unusquisque secundum linguam suant; en parlant des fils de Gham, m linguis.,.. suis; en parlant des fils de Sem , secundum linguas suas; ces mots, dis-je, indiquent , à mon avis , non seulement la division des langues et des races , mais aussi Tidentité de chaque race avec chaque langue, renseignement cosmogonique de la plus haute importance.

Ge n'est pas tout : si nous pouvions discuter les passages dont je viens de donner des extraits, nous aurions à y remarquer encore ces sortes d'anachronlsmes qui

sont de véritables synohronismes, dans un ordre dldées plus vaste^ et que nous avons considérés comme les expressions d'une vériié profonde.

n convient mieux , je crois , de revenir à ce qui nous occupait tout-à-rheure.

Suivons une famille humaine marchant le long de la mer Caspienne et des Palus-Méotides. Un rameau entre danslaThrace; puis se divise encore. Les ims pénètrent dans la Grèce; les autres continuent leur route par rUlyrie. C'est de là qu un dernier rameau serait venu en Italie. La Grèce ne touche au continent que du côté du Nord. Du côté de la mer, les colonies phéniciennes et égyptiennes auraient croisé les races venues par llntérieur du pays. La race antérieure qui garnissait la Thrace, la Macédoine, l'Épire, parait avoir reçu le nom de Pélasges , nom évidemment générique , et que nous retrouvons sur toutes les côtes de lancienne Italie.

La Thessalie s'est nommée Pélasgie. Au siège de Troie , les Pélasges avaient pour chef Hyppotoùs.

La langue de cette famille humaine aurait-elle été la langue sacrée du vieux Latium? Sa religion, peut-être le cfaamanisme primitif, serait-elle la religion protoancienne que Ronnilus voulut abolir? car Romulus se présente comme législateur et non comme théocrate. Cette religion fut-elle la même qui fut rétablie par Numa^ toutefois avec les formes de cette philosophie italique personnifiée sons le nom de Pythagore? Fut-elle enfin cette religion de Numa, dont on brûla, plus tard, les livres, lorsqu'ils furent retrouvés après avoir été si long-temps perdus? Un autre Esdras ne se rencontra

4o PRÉFACE.

pas pour les conserver, pour leur rendre leur antique puissance.

Dodoue était en Épire. Que Ion songe au peu de mots que j ai dit sur une géographie et sur une chronologie idéales. Homère fait une chronologie de Troie, parallèle à la chronologie des Grecs. Pour lui , les mœurs et le culte sont semblables et analogues ; il est évident que cela ne peut pas être ainsi. Moïse de Khorène donne, sur la guerre de Troie, des détails qui peuvent servir à rectifier les récits d'Homère.

Orphée et Homère sont sur deux lignes différentes.

Dodone, fondée par les Pélasges, antérieure à Delphes fondée par les Hellènes.

Il y aurait maintenant à parler des Ioniens et des Doriens, dont la guerre du Péloponèse signale Tantique antipathie, antipathie qui se reproduit dans toute Thistoire romaine , sous la forme de la lutte des patriciens et des plébéiens, c'est-à-dire du principe stationnaire et du principe progressif, du principe fatal et du principe volitif , du principe initiateur et du principe initiable.

Je crois que les travaux actuels de la science jettent plus de jour sur tant de problèmes historiques dont il ne m'appartient pas de m occuper. C'est peut-être trop d'en avoir dit le peu que j'en ai dit; mais il fallait bien que je justifiasse mes données.

U s'agit cependant de fixer quelques idées préliminaires sur l'état des plébéiens aux premiers siècles de Rome. On verra que cela est nécessaire pour expliquer plusieurs choses d'Orphée.

PRÉFACE. 4i

Les clients étaient tenus d'assister aux funérailles de leurs patrons. Les Ilotes, à Sparte, étaient tenus, de même, d'assister aux funérailles.

Ceci n expliquerait-il pas un passage de la loi des XII Tables , par lequel il était défendu aux femmes de se déchirer les joues en suivant les convois funèbres? J'ai déjà dit que le sexe exprimait un degré dans la hiérarchie sociale.

Cela servirait alors à faire comprendre pourquoi la peine de mort était infligée aux femmes qui buvaient du vin. Ici le mot temetum est le vin civil , interdit aux plébéiens. C'est l'amréeta dans un autre ordre de choses et d'idées.

L'outre, emblème de l'éternité, emblème dont je me suis servi, d'après Pausanias, c'est l'outre contenant le vin civil.

Le vase, la coupe, à la Chine, au Japon, dans l'ancienne Egypte, signe honorifique, symbole de noblesse, de puissance ; c'est non seulement l'offrande du vin pour les sacrifices , c'est sur-tout la rétribution du vin civil.

Hercule est peint écartant des centaures qui veulent se désaltérer au vin de Faulus.

Voici encore une analogie , et je suis loin de chercher à en affaiblir l'étrange énergie : les parias suivent les funérailles , et enlèvent les immondices des chemins.

Je ne veux pas laisser croire que je me livre à de simples conjectures.

Cicéron (Lois, liv. II) dit que Sextus iElius et Lucius Acilios, interprètes de la loi des xii Tables, n'entendaient plus celle dont nous venons de parler. Je le crois bien ,

le sens mythique était perdu. Us ne pouvaient pas s'imaginer que le mot mulieres voulût dire les plébéiens, comme ils ne pouvaient pas comprendre que le mot temetum signifiât le vin civil. Un autre interprète de la loi des XII Tables , Laelius , ne comprenait pas le mot lessus. C'est qu'il n avait pas pu suivre la ligne dldées déposées dans la généalogie des mots : plebs , pies y piessum y ou plessuSy ou lessus; c est-à-dire que le plébéien privé des funérailles allait aux funérailles du patron dont il était le client : plebs c est funérailles. Comme le client n'avait point de nom , mais le nom de son patron, nous suivons la même ligne d'idées dans les mots ops et inops. Le client de Marcus était donc Marcipor, Marcipos*

Il n'est pas temps encore de réfuter l'étymologie ridicule qu'on a adoptée pour le mot pontifex.

Yico dit, d'après Aristote, que, dans les républiques héroïques, les nobles juraient d'être éternels ennemis des plébéiens. Vico se trompe pour l'époque : c'est des oligarchies de son temps qu'Aristote parle , et le passage, en effet, est formel. Il me semble qu'il explique assez bien cette loi des xii Tables : Adversus hostem œtema auctoritas esto.

A Sparte , toutes les années , les éphores déclaraient la guerre aux Ilotes, afin que chacun pût tuer impuné^ ment ces honmies toujours considérés comme ennemis. Je cite ce fait d'une manière générale, et non pour venir à l'appui du sens que je crois pouvoir donner à la loi des XII Tables, car les Ilotes de Sparte ne sont pas les plébéiens de Rome.

Voici un passage qui se rapporte à celui d'Aristote : tf Vous ne trouverez pas une seule ville où les grands soient bien intentionnés pour le peuple....» (Xénop., Rép. d Ath.)

Les Romains avaient les mots plebs et populus, que Ion confondait assez facilement, à une époque où les iflstitutions avaient changé, et où les mots étaient demeurés, ce qui arrive toujours.

En parlant de Servius-Tullius, que j'appellerai le roi des plébéiens, Tite-Live dit: Primus injussu pOPULI, volunieUe PLEBIS regnaviL (I. 4 > • ) Toutes les éditions que je connais portent patrum au lieu de plebis , mais c^est une faute évidente , car un peu plus loin (I. 4^ ) 9 on trouve: Injussu POPUU.... conciliaia prias volunlate

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