‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 109 sur 221 · ÉRIGONE · texte numérisé non relu

ÉRIGONE

Durant mon séjour auprès d'Œagrius, les peuples qui gardent les portes de la Grèce envoyèrent une députation à ce roi. Elle était conduite parTirésias, prêtre de Thébes, et par un prêtre de Delphes, dont le nom n a point été prononcé. Tirésias parla en ces mots au roi de Tlirace : Œagrius, fils vaillant de Tharops, les peuples chargés par les dieux de défendre une contrée qui leur est chère vous font une ambassade solennelle pour apprendre devons la destinée de ce héros pacifique, généreux, savant, qui vous a fait sortir de vos muettes et ténébreuses forêts; car le monde, en ce moment, paraît se soulever tout entier pour aller au-devant d'un glorieux avenir. C'est la voix puissante d'Orphée qui a fait tomber autour de vous les barrières dont vous étiez par-tout environnés. C'est lui qui a créé votre intelligence.

i66 ORPHÉE.

Nous aussi, nous avons vu les murs sacrés de rOgyçie cadméenne s'élever au son de la lyre d'Amphion. Dites-nous, roi d une nation na^ère barbare, ditd-nous si Orphée jouit encore de la clarté des cieux, ou s'il est allé, dans les demeures heureuses, rejoindre les dieux qui renvoyèrent aux hommes. Nous voudrions consulter ce génie inspiré , ce mag;nanime vainqueur du chaos de l'humanité. Nous voudrions l'interroger sur le fondement des lois sociales, sur l'origine du pouvoir, sur Fimportance de cette philosophie admirable que les hommes appellent la musique. Nous voudrions enfin qu'il nous communiquât les secrets de ses hautes doctrines sur Dieu, sur l'ame, sur les êtres. Que s'il a été ravi à l'amour des hommes, roi d'une nation naguère barbare, racontez-nous les prodiges qu'il a opérés dans la Thrace. Dites-nous et sa naissance, et sa vie, et sa mort, afin que nous rendions un culte à sa mémoire. Le fort Thésée., le grand Laïus vous en conjurent par notre voix. Nous le savons, les races ingénieuses qui nous envoient vers vous sont entraînées par leur imagination. Elles veulent une religion qui parle à leurs sens. La vérité a besoin de mille voiles pour se monter à elles; mais enfin il faut que les chefs des peuples connaissent la vérité dépouillée de ces mille voiles. Orphée seul peut nous expliquer ce qu'il est

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