‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 128 sur 221 · L'EGYPTE · texte numérisé non relu

L'EGYPTE

J arrivai en Egypte, dans le temps de Tinondation du ]Nil. C^est un spectacle que Ion ne peut concevoir lorsqu'on ne Fa pas vu. Les murs des villes, les maisons des habitants, les édifices publics, les temples des «dieux, sont battus par les fiots paisibles du fleuve devenu, en quelque sorte, rÉgypte elle-même. Je ne vous dirai point, excellent prince, les travaux inouïs qui ont été exécutés pour parvenir à régulariser les bienfaits de cette inondation merveilleuse, à produire une égale distribution des eaux, à prévenir les inconvénients d'une crue trop rapide ou trop lente , tirop abondante ou trop mesurée ; enfin pour guider le décroissement du Nil, lorsqu'il veut rentrer dans ses limites, et pour empêcher que le sol fécondé par lui ne devienne un vaste marais insalubre. Il a fallu creuser des canaux, élever des digues ,

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former de vastes lacs, semblables à des mers contenues par d'indestructibles rivages: travaux incroyables qui confondent l'imagination . Nulle part, vous le savez, la puissance de l'homme n^a été manifestée comme en Egypte. Cette terre, conquête savante d'une industrie toute humaine, commença, dit-on, par n'être qu'une ligne étroite de huttes de roseaux confusément construites pour servir d'abri à de misérables pécheurs. Auparavant l'hippopotame régnait en paix; le crocodile, tyran sans partage dalluvions immenses , s'endormait avec sécurité, et son réveil seul répandait la terreur parmi les animaux qui habitaient cette contrée limoneuse.

Je dis, sage Évandre, une industrie toute .-humaine, afin de distinguer, à vos yeux, l'Egypte des contrées faites par les Titans. Lés M|uses qui m^avaient jadis inspiré ne m'avaient rien appris d'un tel ordre de travaux et de traditions. Aussi, dès que j'eus franchi le détroit du phaoe^ je pus me croire transporté dans un autre univers. Toutes mes pensées s'étaient évanouies; toute ma^science, ^ plutôt ce que je croyais ma science, s'était dissipé à l'égal d'une vaine vapeur. Grottes fiaûdîques de la Samothrace, réveil civilisateur de la Thrace, pouvoir de lalyre, tout disparaissait pour moi dans les profondeurs d'un souvenir en quelque sorte éteint. Il me semblait que j'entrais dans

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