‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 129 sur 221 · LIVRE SIXIÈME. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. 2o

une vie nouvelle oh toutes les conditions de Fexistenoe allaient être changées.

Et vous, Evandre, vous échappé, depuis si peu de temps, aux a{]^restes retraites du Ménale, vous c{ui, arrivé dans le Latium, n avez pas eu assez de puissance [X)ur vous construire un palais assis sur de solides fondements faits par vous-môme, et qui avez cru nécessaire de donner pour appui à votre modeste demeure de viein(?s murailles phéaciennes; vous qui n'avez pu parvenir encore à dessécher ce Vclabre dont les eaux stagnantes entourent les lieux où nous sommes, comment |)Ourriez-vous espérer de vous représenter l'Egypte? De si prodigieux monuments de tous genres, des travaux dont la pensée seule confond l'imagination, ne sont-ils pas trop au-dessus de tout ce que Ion pourrait accomplir par les efforts réunis des héros grecs et latins, avec chacun la trou{)e nombreuse de leurs dociles clients? Ce que j'éprouvais, vous l'auriez éprouvé aussi, roi de la colline carrée. Par^tout je n'avais connu que des peuples nouveaux, des hommes récemment sortis du chêne ou du rocher; pour la première fois, je me trouvais au milieu d'un peuple ancien , parmi des hommes qui comptaient de longues générations d'ancêtres. Par^tout j'avais comme assisté à la naissance de la société; ici je l'admirais dans toute la plénitude d'une grandeur affermie par le temps. Par-

2or) ORPHÉE.

tout j avais l'encontré une race humaine touchant aux origines obscures , berceau mystérieux de toutes choses; ici, c était une race humaine déjà séparée des origines obscures par plusieurs grands siècles de traditions que l'on dit certaines. Partout Ton m'avait parlé de dynasties qui venaient de surgir; ici Ion me racontait des dynasdes de dieux, qui avaient précédé les dynasties mortelles. En un mot, par-tout j'avais vu le commencement du monde civil, par-tout j'avais vu poindre l'aurore dé l'humanité ; ici le monde civil était coraftie s^ n'eût jamais commencé, et le soleil de l'humanité luisait dans toute la splendeur de son midi. Que devait donc être, pour moi, le souvenir de ces forteresses de héros, bâties sur des rochers, pareilles à des aires d'aigles, forteresses que nous avons si souvent désignées sous le nom de cités primitives, que devait-il être en présence de tant de villes populeuses, toutes remplies de vastes et magnifiques édifices, soumises à des lois non point antiques, mais éternelles? Et ces lois qui régnent sur lesordres et les classes, qui gouvernent tous les esprits, combien elles diffèrent de ces lois-morès, émanées des pères de familles, et qui sont le vouloir du patron exprimé par les actions du client!

Ainsi, Evandre, il faut oublier même ce que je vous ai dit de la Cadmée, de ces enceintes sacrées, dont le sulcùs primigeniùs forme la limite

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