‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 142 sur 221 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

chercher à pénétrer dans ceux qu'on veut nous tenir fermés? Thamyris, nous aurons de la peine à faire de toi un disciple de la sagesse. Ah! ce n'est point ainsi qu'Orphée nous apjxirut. Il ne fut soumis à aucune épreuve, parcequ'il allait de luimême au-devant de la sagesse et de la vérité. Il avait été illuminé par sa conscience sublime. Dès le premier moment, il nous raconta sa noble vie. Le désir de faire le bien , le désir de se conserver pur et exempt de toute faute, tourmentaient seuls sa grande ame. Crois-tu qu'à Orphée nous eussions proposé des secrets merveilleux? Croîs-tu que nous eussions pu lui offrir entre nous et lui le lien du meurtre et du sang? Crois-tu que nous l'ayons fait charger de chaînes, et attacher sur cette roue, image d'une conscience peu sûre d'elle-même? Au reste, ce n'est point pour te décourager que nous te citons l'exemple d'Orphée. S'il a été dispensé par nous des épreuves , c'est que les dieux s'étaient chargés eux-mêmes de ce soin. Eurydice, Érigone, la sibylle, les douleurs de l'ame furent les épreu« ves choisies par les dieux pour l'homme de leur providentielle préférence. En outre, ils lui étaient apparus dans les songes de la nuit; ils l'avaient visité dans les heures de la solitude; pour ac* complir d'insondables desseins, ils avaient rendu son oreille propret à entendre la parole divine. Ne crois pas cependant que la foule soit aban-

donnée à de méprisables hasards, à une dédaigneuse fatalité. Je dois te le dire, les épreuves sont accordées à tous les hommes, et ce n'est pas seulement dans le temple d'Isis qu elles sont dispensées. Toutes les choses humaines sont de hautes, d'inexplicables épreuves. Les uns en profitent, les autres en sauront profitera leur tour. Des mortels privilégiés s'élèvent au-dessus du niveau général pour hâter un but marqué par la sagesse des dieux. Quant à nous, nous ne sommes que les ministres du pouvoir suprême; nous ne parlons que lorsqu'il se tait, nous n'agissons que lorsqu'il ne daigne pas agir. Toi, tu ne nous as été livré que parceque les dieux ne t'ont pas jugé digne de t'initier eux-mêmes. Telle est notre règle de conduite. Nous n'avons point à te la celer; et quoique tu la connaisses à présent, nous sommes persuadés encore que tu nous trouves injustes et bizarres à ton égard. Dis la vérité; elle ne peut nous offenser.

Oui, je dirai la vérité. Je l'avoue donc , j'ai cru que tant de travaux entrepris par moi pour parvenir à la sagesse, au raient dû me mériter un autre accueil des maîtres de toute sagesse. Mais cette illusion n'a pas duré, et je puis avouer aussi qu'ensuite j'ai trouvé en moi une misère et un délaissement que je ne m'attendais pafià y trouver.

Cette candeur, Thamyris, expie déjà beaucoup

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