INITIATIONS
Après le terrible entretien que je viens de vous rapporter, vénérable Évandre, on me fit traverser une longue avenue de sphinx gigantesques, sculptés avec un art surnaturel. Couchés et immobiles, on eût dit qu ils veillaient dans le repos de la force*, ils semblaient, gardiens impassibles, respirer le mystère, commander le silence. J arrive ainsi sous le porche du temple intérieur. Un banquet est annoncé. Les sages sont réunis dans la salle du banquet, et j'y suis introduit.
Je considère avec étonnement des corbeilles remplies du fruit grossier du chêne, et de quelques baies sauvages. On ne voit sur la table ni pain, ni vin, ni viande.
Est-ce la nourriture de Tame ou celle du corps y que tu demandes? me dit-on.
L une et l'autre.
Tu auras, en premier lieu, la nourriture du corps. Mais les aliments que tu yois dans ces corbeilles ne sont là que pour présenter un souvenir de la misère symbolique des premiers âges. Remercions ceux des immortels qui ont amélioré, dit-on, la condition primitive des hommes; et que notre reconnaissance s'étende sur les génies sublimes par qui les dieux ont daigné nous communiquer leurs bienfaits. Toutefois ne croyons pas aveuglément les récils divers répandus parmi les diftérents peuples, comme pour voiler et attester, en même temps, un événement lamentable, reculé dans la profonde nuit des origines; et soyons toujours certains ({ue jamais les dieux n'ont cessé, qu'ils ne cesseront jamais de veiller sur la vace humaine. Les multitudes sont portées à confondre souvent les allégories avec les traditions : les sages ne peuvent tomber dans une telle erreur. Cet avertissement ne te sera donné qu'une fois; et toi-même tu sauras, par la suite, distinguer les deux sortes de langage.
On sert alors un repas emblématique. La table est garnie de fleurs et de fruits. Le pain est fait avec du blé cueilli dans le champ qu'Osiris ouvrit eu se servant de la première charrue. Le vin est exprimé d'un raisin détaché du cep sacré que planta le Dieu. 11 y avait de l'eau dans les urnes, car, ainsi que vous le dites, vous autres Grecs, l'enfance de