LIVRE SEPTIÈME
Bacchus fut confiée à des naïades, pour nous enseigner la tempérance. Il faut que la nourriture du corps soit une image de la nourriture de lame. Je fus néanmoins instruit que mes maîtres, qui s'abstenaient de chair, n'en condamnaient point l'usage pour les autres.
Lorsque la faim fut satisfaite, un musicien habile chanta les merveilles du ciel et de la terre, grands et magnifiques spectacles, destinés par un dieu bienfaisant à la première initiation de lliomme, être éphémère qui contient un être immortel, voyageur illustre et inconnu, marchant dans une route obscure où quelques clartés guident ses pas pour le conduire à la région de la lumière. C'est, disait le poëte harmonieux, c'est la représentation de cette pensée divine, qui réside au fond de nos sanctuaires. Voilà poivquoi les tableaux imposants que nous offrons aux initiés, comme toutes nos pompes religieuses, sont les j>ein tu res hiéroglyphiques de ce que la Providence a fait pour l'homme, pour charmer ses sens, pour étonner ses esprits, pour agrandir son imagination, pour développer son intelligence. L'univers est un mythe infini que nous osons retracer en caractères sacrés, dans nos rituels, dans nos calendriers, dans nos planisphères. Voilà pourquoi encore nos cycles sociaux sont en même temps des cycles astronomiques.
Salut, contrée de Misra ïm , contrée féconde de toutes les sciences, contrée oh sont retracées toutes les merveilles du ciel et de la terre! Contrée de Misraïm, tu nous apprends, par mille prestiges, pourquoi la patrie est si chère à Thomme; c'est que la patrie est une création de Thomme, une manifestation de sa puissance. L'homme fait, en quelque sorte, la terre où il vit, le climat où il habite. L'homme doit lutter sans cesse contre la nature. Il plante des arbres dans un terrain nu, et il attire ainsi les rosées du ciel; il défriche, et dépouille le sol des arbres que le sol a produits de lui-même, et la rosée du ciel refuse de descendre sur la terre aride. La fontaine jaillit d'un rocher ombragé, et le rocher devient stérile si lombrage tombe victime d'une hache imprudente, car c'était lui qui çxprimait leau des nuages. L'homme oppose des digues à la mer; et la mer voit l'orgueil de ses flots se briser contre des rivages faits par lliomme. Il s'avance dans des déserts de sable, il y construit des villes tumultueuses, entourées de champs cultivés, de vergers fleuris; et les déserts étonnés se replient en silence devant les ti'avaux de l'homme. Il dirige les fleuves, et les force à porter leur fécondité là où il veut. Sitôt qu'il cesse de lutter contre la nature, la nature reprend ses droits. A son tour, elle marche derrière lui, à mesure qu'il se retire; à son tour elle dévore l'em-