‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 159 sur 221 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

gements. Il était simple pasteur, et cependant on croyait que des reines de l'Orient l'avaient nourri de leur lait, l'avaient élevé sur leurs genoux; que des rois savants furent ses pédagogues; qu'il eut des princes pour serviteurs , des princesses pour servantes. Il avait appris la vertu, dans le livre des Justes; la sagesse, dans le livre des Proverbes; le courage, dans le livre des Guerres du Seigneur. Ses amis étaient des dieux de la terre; voici leurs noms: Eliphas, roi des Tliémanites;Bildad, roi des Sçuhites; Tsophar , roi des Naharaitites; Élihu, fils de Barachel, Busite, de la famille de Ram, race éclatante parmi les races humaines. Ainsi nul n'eut d'abord des amis plus puissants et plus nombreux, et nul ensuite ne fut plus délaissé.

Les habitants du pays de Hutz le regardaient avec jalousie, et il leur disait : Vous êtes des insensés, car je ne jouis de ces grandes richesses que pour vous en faire part. Je répands l'abondance parmi vous. Les esclaves que j'achète vivent heureux et tranquilles; et vous, quand vos troupeaux périssent, je vous en donne de nouveaux. Si vos moissons ne suffisent pas à votre nourriture, mes greniers vous sont ouverts. Si les Sabéens ou les Chaldéens vous pillent, je vous rends ce qu'ils vous ont pris, lorsque mes serviteurs p'ont pas su vous défendre. Qu'avez-vous donc à demander?

Et mes richesses, que sont-elles? Mes troupeaux ne peuvent-ils pas périr aussi? Le feu du ciel ne peut-il pas brûler mes granges et mes greniers? Si les Sabéens et les Clialdéens venaient en troupes plus nombreuses, où trouverais-je des forces pour vous défendre, pour me défendre moi-même? Mes enfants sont sujets à la mort comme les vôtres. Et moi, je suis soumis aux infirmités, à la vieillesse, à la mort, comme le plus indigent d'entre vous. Au reste, qu'importent les biens et les maux! N'y a-t-il pas une autre vie? Accomplissons la justice, selon notre lieu, selon notre capacité. Dites, lorsque je suis assis sur mon tribunal comme un juge ou comme un roi, lorsque je marche au milieu de vous dans mon opulence, avez-vous à vous plaindre de moi? Ai-je chassé le voyageur de mon foyer? Ai-je banni le misérable de ma présence? La prière a-t-elle trouvé mes oreilles insensibles? Mes paroles ontelles été dures et menaçantes?

Pourquoi, murmuraient les indigents, |X)urquoi cette inégale dispensation des biens de la terre? Dieu a voulu, répondait Job, que les uns méritassent en donnant, et que les autres méritassent en recevant, mais toujours les bienfaits viennent de lui. Et c'est lui aussi qui rend la justice aux peuples.

Un jour, Job entra dans la maison d'une veuve

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