LIVRE SEPTIÈME. 2G
(|ui poussait vers le ciel des cris douloureux. Sa fille venait de mourir. Déjà le linceul funèbre était jeté sur le corps de la vierge. Femme, dit le juste, vous poussez des hurlements comme si votre fille n'était plus! Dieu! s'écrie la veuve, la vie subsisterait-elle encore dans la vierge que j'ai enfantée avec douleur, et que j'ai nourrie de mon lait? Oui, répond Job, mais c'est la vie immortelle. Femme, n'as- tu jamais vu la chenille qui rampe, lorsqu'elle est |)rès de mourir, se construire elle-même un tombeau formé de réseaux de soie? N'as-tu jamais pénétré au travers des légers tissus semblables à un or ductile, pour y voir la momie de la chenille, qui naguère se traînait sur l'herbe, et qui rongeait les feuilles des arbres ? N'as-tu jamais vu ensuite cette momie, plongée dans le sommeil de la mort, se débarrasser de ses langes, s'ouvrir son tombeau, revêtir des ailes diaprées, et se jouer sous le soleil? La chenille est un emblème que Dieu nous a envoyé. Naguère elle se traînait sur l'herbe, et rongeait les feuilles des arbres; maintenant elle vole dans l'air, et se nourrit du parfum des fleurs.
A ces mots, il soulève le linceul: Femme, ditil, ose regarder ce visage, et dis-moi si déjà il ne rayonne pas d'immortalité. Regarde si tu ne vois pas un noble sourire sur ces lèvres, et si ces paupières doucement fermées n annoncent pas une
ame qui soccupe en silence de hautes pensées. Oui, ce sont les pensées nouvelles de l'autre vie. Regarde ce front, et explique-moi ce que veut dire ce calme solennel. Lame de ta fille marque les dernières traces de son passage sur ce beau marbre blanc qu elle a vivifié un instant, et elle s'est envolée vers le séjour éternel. Femme, réjouis-toi. Les habitants du séjour éternel te glorifient, parceque tu leur as donné une céleste compagne.
La veuve désolée considérait avec étonnement sa fille; et, en considérant le beau visage de la vierge, elle conçut la grande pensée de l'immortalité de l'ame. Elle dit à Job : Je te remercie. Je pleurerai l'absence de ma fille, je soupirerai après l'instant où je la retrouverai; je ne pleurerai plus sa mort. Mais, homme de Dieu , dis-tu vrai? L'ame est-elle immortelle? Femme, s'écrie Job, as-tu vu la prospérité du méchant ? Oui , répond la veuve, et j'ai accusé la justice de Dieu. L'époux qui m'a été donné dans la joie m'a été ravi dans la dé-^ tresse. Ma fille, tendre objet d'amour et de pitié, n'a point crû sous le soleil de la patrie. Elle n'a jamais vu les fêtes du sol natal. C'est une plante étrangère, qui s'est épanouie à regret, pour se flétrir aussitôt. Et cependant notre héritage est dévoré par des gens qui savourent les fruits de notre terre, qui font des noces fortunées, et qui