‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 162 sur 221 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

temps et les spectacles d'épouvante qui accompagnaient les paroles du prêtre, et la musique si désolée qui ébranlait tous les sens, et les accents de détresse qu'exhalait le chœur. Le prêtre restait dans un calme imposant, quoiqu'il fiit comme vaincu par cette lutte incomparable de l'ame et de la pensée. Toutes les forces humaines semblaient, en lui, arrivées au point où l'on pouvait croire qu elles allaient succomber; et cependant elles ne succombaient pas. Je ne sais quelle voix inconnue exprimait la voix de Dieu ; et cette voix inconnue, qui planait majestueusement, qui retentissait plutôt qu'elle n'était émise, sans doute était une voix humaine, puisque j'étais |)armi des hommes; mais où avait-elle puisé de tels accents, de telles paroles, de telles formes de langage, une telle immensité de sons? Et celui qui osait proférer de tels discours, où avait-il appris les mystères de la vie et de la mort, les lois éternelles de l'univers ? Où avait-il appris les secrets de nos facultés, de notre intelligence? Gomment secouait-il à-la- fois toutes les énergies de mon ame, pendant que mon corps se sentait, pour ainsi dire, brisé dans ses ressorts les plus intimes? Mes yeux étaient éblouis, mes oreilles pleines de terreur, la sueur inondait mon visage. Les entretiens entre Dieu et Job se passèrent au sein des orages et des tempêtes, et les orages et les tempêtes, soulevés par le

dieu puissant, ne se fieignent pas, ne peuvent ^s être reproduits par les organes fragiles de rhomme. Et toutefois je croyais assister à la réalité de cette initiation sublime où Dieu avait daigné, en quelque sorte, se justifier. De si redoutables oracles, Évandre, ne peuvent être révélés à ITionime de bien que par les plus cruelles calamités: la hauteur de la science se mesure par la rigueur de l'épreuve. C'est ainsi que Job comprit tout ce qu'il est donné à l'homme de comprendre des plans du créateur, de l'ordre, et de la magnificence de ses œuvres. La gloire de Dieu manifeste la justice de Dieu, et l'homme apprend ce qu'est l'homme lui-même dans l'harmonie des mondes.

Je restai abymé dans la contemplation des prodiges dont je venais d'être témoin, des vérités qu'il m'avait été permis d'entrevoir, des secrets qui m'étaient dévoilés. Il me semblait que j'eusse vu le monde sortant du chaos, l'homme, lorsque sa demeure a été toute préparée, prenant possession de l'air, de la lumière, des météores, des éléments, des plantes, des animaux, et nommant les lieux, les êtres, les choses.

Après un tel ravage de mes idées, comme serait une rafale d'automne balayant la terre, le prêtre voulut me faire assister à la formation du mythe, autre expression de la poésie : ce fiit l'objet du second poëme (pii m'avait été annoncé.

Page 1