‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 173 sur 221 · LOI DU SILENCE · texte numérisé non relu

LOI DU SILENCE

Roi de la colline carrée, plus j'avance dans mon récit, plus la difficulté de m'exprimer augmente. Trop souvent mon intelligence est restée au-dessous des choses dont j'étais témoin, des discours que j'entendais: les sphères des diverses facultés humaines, celles des différents degrés de civilisation , ayant entre elles et avec les sphères célestes de mystérieuses analogies; l'univers idéal et l'univers plastique correspondant l'un à l'autre; la pensée heurtant par-tout contre un centre universel d'où rayonne incessamment une circonférence infinie; mille notions confuses que j'ai peine à saisir moi-même, sitôt que je veux les retracer dans ma mémoire, pour essayer, Evandre, de vous les transmettre

Je ne puis vous dire, roi pasteur, ce que j'ai éprouvé, lorsque, enchaîné par la loi du silence,

j ai été introduit dans rassemblée des vieillards. Ils étaient assis sur des trônes d'or, dans le fond d'une salle immense. J'étais séparé d'eux par une balustrade qui ne me permettait pas d'approcher. Bientôt une musique d'une mélodie incomparable et continue se fit entendre; les sons en étaient purs, graves, solennels; on eût dit une transformation de l'air que nous respirions. Sur des cassolettes innombrables brûlaient les suaves parfums de l'Arabie. La musique et les parfums semblaient s'être identifiés.

Un des vieillards se lève; et, descendant du trône où il était assis, il fit la moitié du chemin qui le séparait de la balustrade. Il tenait à la main une baguette d'ivoire , sans ressembler toutefois à un magicien qui va faire des évocations. Thamyris, me dit-il, tourne les yeux du côté de ta droite. Je tournai les yeux. Un rideau frit soulevé; alors je vis un tableau qui, pour mes sens exaltés, avait de la profondeur, et était animé par une intelligence su{>érieure. J'y sentais du mouvement et de la vie, mais un autre mouvement et une autre vie que ceux dont nous avons la constante expérience.

Je ne veux point te tromper, dit le vieillard; ce tableau merveilleux n'est autre chose qu'un ouvrage parfait de nos plus habiles artistes. Le jeu de la lumière fait seul l'apparence de. vie des fi-

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