‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 203 sur 221 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

brûlée par le feu, ni éteinte au sein de l'eau. L'homme est-il formé d'une manière terrible et merveilleuse? Qu'importe, s'il ne doit pas reutrer dans la masse orageuse des éléments? Ainsi donc le peu de confiance que j'ai k toutes les législations: actuelles, le peu de confiance que j'ai, il faut bien quejeraTOue,auxtropfragiIescréationsd'Orphée, dont tu racontes tant de prodiges , ce peu de confiance ne sera point le génie du mal, pour me forcer à blasphémer. Thamyris, l'affaiblissement de mes oi^anes ferait-il toute l'incertitude de mes pressentiments? Ah! je suis loin d'avoir oublié combien ils furent fermes, lumineux, assurés. L'âge et le malheur ont fait d'inexprimables ravages, ' mais ils n'ont pas tout détruit.

Il m'adressa ensuite les questions suivantes :

Puisque vous me parlez de la Thrace, puisque vous me parlez d'Orphée, dites-moi, Thamyris, celui que vous regardez comme un interprète de la sagesse divine, n'est-il pas maudit, chaque année, sur les bords du Strymon, par les Ménades restées indocile» au joug social ?

Dites-moi, les institutions du sage que vous vénérez n'ont-elles pas été , pour quelques uns, peutêtre même pour des multitudes, le dur enlace* ment d'une funeste fatalité?

Qui sait si le mauvais principe n'exige pas de* sacrifices humains? Et que produirait l'abolition

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de ces sacrifices , si Ton ne parvenait à détrôner le mauvais principe?

Puis, sans attendre ma réponse, le vieiJlard prétendit que le nom d'Orphée commençait déjà à disparaître de la courte mémoire des hommes. IJ se mit alors à peindre avec énergie Ja renommée la plus éclatante, destinée à périr, à son tour, ainsi que toutes les choses humaines. Cette mort nouvelle, qui attend inévitablement Fhomme dans cette sorte de seconde vie, lui paraissait un des plus tristes aspects de la condition humaine, et qui prouve le mieux notre misère. Mais ce qui est au-dessus de toutes les gloires, lors même qu'elles seraient durables, c'est de travailler à son propre perfectionnement.. Tous les hommes ne sont pas appelés à agir sur les autres; tous sont appelés à agir sur eux-mêmes. Si quelquefois les pensées et les sentiments de quelques uns profitent à tous, sont transmis dage en âge, et ajoutent aux trésors du genre humain, il est, le plus souvent, des pensées non moins hautes, des sentiments non moins beaux, qui ne laissent aucune trace après eux; ceux-là subsistent également, car rien de nous ne peut périr. La vie à venir est toujours nécessaire, soit pour expliquer l'homme individuel, soit pour expliquer l'homme collectif dans ses sympathies avec ses semblables.

Le noble vieillard aimait aussi à raconter la

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