‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 202 sur 221 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

transformation. Il s'exprimait avec une vive ardeur sur toutes les législations locales, si insuffisantes, et qui, pour justifier la Providence, doivent taire place un jour à une législation générale, à une législation qui puisse embrasser tous les ordres, toutes les classes, toutes les familles, alors que l'essence humaine commencera son retour vers l'unité. Il indiquait sa mort prochaine, et il laissait échapper quelques notions indécises sur ce qu'il entrevoyait des destinées futures du genre humain, s'appropriant la terre, de ses destinées définitives dans une autre vie.

Bientôt je me persuadai que le vieillard avait pu rencontrer Orphée, avoir des entretiens avec lui ; car, même au travei-s de ses expressions les plus décourageantes , je sentais je ne sais quoi qui me reportait à une inspiration détournée et affaibhe. Je me mis donc à lui en parler, à sif^aler avec enthousiasme les profondes empreintes dont ce génie élevé a marqué tous ses pas, du grand nom qu'il a laissé dans les Pyramides. Noble étranger, ajoutai-je, vos découragements me paraissent le fruit tardif de bien des espérances trompées, de bien des opinions déçues. Mais ce délaissemeitt des tentatives humaines n'est point intime eA TOUS j néanmoins, s'il se cominuni(|uait, il empêcherait tout mouvement vers la perfection. Ainsi , ne fut point Orphée; sa couBnnce était plein

constante, inébranlable. Jamais le sort de Prométhée ne l'épouvanta.

Le vieillard sourit avec tristesse. Thamyris, me dit-il, tu le vois, je ne cherche point à communiquer les funestes égarements d un esprit qui s'est brisé contre la borne de Fhumanité ; je me suis confiné dans la solitude, et c'est toi qui es venu me surprendre laveu de mes tourments. Xai fait comme Prométhée dont tu parles, caria Scythie oii il fut exilé est la région du silence. Sans doute, ce que j'éprouve est quelque chose de si pénible, de si douloureux, que je suis trop disposé à aller encore au-delà du sentiment de mes souffrances. Oui, je crois que, pour soi-même et pour les autres, il est des pensées qu'il faut étouffer, qu'il faut éviter de réaliser par la parole. Retiens cette leçon. Si Thomme individuel excite toute ma pitié, si je ne suis point rassuré sur Thomme collectif... Ah! n'outrageons pas davantage la Providence éternelle. Que la mort refroidisse graduellement toutes mes facultés, une puissance vit en moi qui doit renaître, et survivre-è ce que Je suis, à ce que j'ai été ; et cet instinct secret de per|>étuité, je retends à tout. Le jour, succédant à la nuit, m'annonce l'univers sortant des ténèbres cosmogoniques. La génération continue des êtres me manifeste l'immortalité du principe de la vie. Mon ame ne peut être ni enfouie dans la terre, ni

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