LIVRE NEUVIÈME
résistance de Fépouse délaissée. Des oracles disent que Pan doit naître de la matrone habile dans Fart des tissus. Thamyris, ce nom de Pan-, si je pénétre bien le sens de l'oracle, a une signification qui se rapporte à Tenscmble des classes de la cité. Enfin, Tliamyris, il aura été peu profitable à Ulysse de s'être emparé, par la ruse, du bouclier d'Ajax, de ce bouclier qui était une genèse. Énée, que vous m'annoncez de la part des prêtres de l'Egypte, Enée sera-t-il plus heureux ? lui serat-il donné de conquérir légitimement le bouclier de la genèse ?
Puis, continuant son discours, Thamyris, dit-il , vous avez pu remarquer sept collines qui s'élèvent sur ce sol prophétique. Elles seront, un jour, réunies dans une même enceinte. Sur une de ces collines se trouvent sept tertres, qui figurent sept petites collines; elles sont le hiéroglyphe des véritables collines, et elles portent chacune l'empreinte sacrée et indestructible d'un ordre de choses différent. Un devin d'Atys-Janus a composé le thème fatal de ces collines hiéroglyphiques, symboles de la ville éternelle. Le prêtre-serf d'Aricie, ce prêtre parvenu au sacerdoce par le meurtre du serf qui desservit, avant lui, les autels de Diane farouche, comme à son tour il périra par les mains d'un autre serf, de celui qui, à ce prix, lui succédera dans le même sacerdoce.
le prçtre-serf d'Arîcie a assisté aux conjurations que le devin a faites [)Our établir le llieme fiiUil de la reine future des nations. Me sera-t-il enjoint, Thamyris, d'introduire dansdesi nobles secrets cet écliaj)[)é de Fincendie de Troie, à qui vous m'ordonnez de cédei' mon trône? Est-ce à lui que je dois révéler le nom incommunicable et sacré de Romula? Et faut-il que je subisse en silence le son qui est réservé au prêtre-serf d'Aricie?
Tliamyris allait répondre, Iorsc[u'iine sibylle voyageuse se présente aux yeux des vieillards. Elle a recueilli dans sa mémoire les préceptes de la loi-mos : c'est au nom de Juno-Moneta , la muse latine, quelle demande à les chanter. Qui eût pu . refuser d'entendre ce jx)ëme sévère, expression majestueuse et jalouse, faite |)our dompter et dominer tous les esprits? Le regard de la sibylle est ardent comme un brasier. D'une main elle agite un rameau de verveinejde l'autre elle arrache le réseau d'or qui retenait ses cheveux, et seà cheveux tombent en longues tresses sur ses belles épaules. Ses paroles font frémir. Paroles de la mt> nace et du châtiuK^nt, il faut vous connaître pour savoir sous quel destin vont gémir tant de générations malheureuses! Ecoute, commenca-t-elle à dire, écoute, nature humaine, plie la tête sous le joug, plie la tête, durant des temps, des siècles, des jours, qui sont comptés, mais dont tu ignores