LIVRE PREMIER
muadùs. Eurydice avait goûté les grains de Korc ou Proserpine, la vierge ineffable, et elle ne put revoir la douce lumière du soleil : ces grains sont, chez les Grecs, ceux de la grenade; chez les La- >tins, ceux du pavot. N'est-ce pas Orphée qui a institué la trêve des peines, première victoire de lliumanité? Quant à cette tradition d'Orphée déchiré par les Ménades, il faut savoir qu'elles s'étaient emparées des armes laissées par les viri, pendant qu'ils s'entretenaient avec le héros; il faut savoir qu'Orphée lui - même avait chanté Bacchus déchiré aussi par les géants. Les Ménades ne seraient-elles point un emblème plébéien ? Dans la pensée d'Orphée, Bacchus, l'initiateur, ne devait-il pas périr par les mains des géants initiés? Nous le saurons par la suite. Mais, ajouta le divin Thamyris, l'innocent Pallas, qui ne connaît point le secret sur lequel repose l'initiation sacrée du connubiùm , n'a pu nous dire , ni quelle fut la loi imposée par le sévère Dis à Orphée, ni quelle fut la véritable infraction du héros.
Pendant que Thamyris explique ainsi les chants de Pallas , trois virae, mâles sibylles, se présentent. Elles ne comptent leur âge, ni par le cours et le décours des lunes, ni par les vicissitudes des saisons, ni par les révolutions du soleil. Elles ont vécu sur la terre un cycle inconnu , et elles n'oni point vieilli à l'égal des autres mortelles. Leur
taille est imposante; une généreuse majesté respire dans tous leurs traits. Ces trois virae sont Carmen ta, mère d'Évandre, Pallatia, dont on ne raconte point la génération , la sœur innommée de Cacus. Gardiennes des religions terribles, en de-\ hors des dispositions législatives, elles'chantentles divinités que vénèrent les dieux, la Vesta des dieux, et enfin le destin des dieux. Les lois religieuses qui font courber le front des hommes ne seraientelles qu une imitation des lois religieuses qui gouvernent les dieux? Le serment par les fontaines pérennes ne serait-il qu'une imitation du serment par le Styx? Les cités des mortels seraient-elles fondées sur le modèle de la cité de l'Olympe? N'y a-t-il pas plusieurs sortes d'asile, selon la nature des réfugiés ? Les opes , qui peuvent faillir, mais qui ne peuvent être punis: les inopés, qui ne peuvent faillir, puisqu'ils sont privés de la capacité du bien et du mal, ne doivent-ils pas être reçus dans des asiles différents? Les virae dédaignèrent de s'expliquer davantage, et, semblables à une apparition qui tiendrait du vertige, elles se retirèrent.
Évandre voulut alors conseiller à Thamyris d'aller dans les montagnes de la Sabine. La Sabine, lui dit-il, est une contrée où l'on retrouve les doctrines antiques de la Scythie. Un jeune enfant, né d'une vira latine, dirigera vos pas. Il