‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 45 sur 221 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sera non seulement votre guide, mais encore votre casmil6s, votre condominùs. Lorsque vous vous présenterez, vous le placerez sur vos épaules; il chantera, pour vous, epvers saturnins, le^ théo- {[onies saliennes, et vous serez reçu dans les sanctuaires. C'est sans doute parceque vous n'aviez pas d'hères , qu'il vous a été refusé de pénétrer toute rinitiation qui vous eût été due. Orion recouvra la vue en marchant^ contre le soleil lorsqu'il se lève. Thamyris, ne pouvez-vous pas espérer la même faveur?

Telles furent les circonstances qui accompa* gnèrent les chants de Pallas. Ainsi, quoique colorés par une brillante fantaisie, ces chants contiennent des traditions vraies. Les récits de Thamyris, lorsqu'il nous les fera entendre, seront d'autres traditions également vraies; on y trouvera les mêmes faits réfléchis par d'autres langues, revêtus d'autres formes par des imagina*«r tions différentes. L'écho part d'un rocher: on s'approche du rocher, et le son refuse de se faire entendre. Une magie inconnue crée, dans les airs, une contrée fantastique, pleine de frais ombrages et de verdoyantes prairies : on s'approche du paysage aérien, et l'on ne trouve qu'un désert. Les choses se déplacent, subissent des transformations ; mais, pour se déplacer, pour subir des transformations, il faut que les choses soient. Les ori-

gînes, quoique reculées dans les profondeurs du mystère, n'en sont pas moins des origines. Souvent une cause ne nous est révélée que par ses effets, comme la pensée, par Tacte qu'elle produit; néanmoins Teffet peut ne pas ressembler à la cause, ainsi que lacté peut différer de la pensée. De plus, les diverses races humaines ont chacune leurs formes de réalisation, rendues vivantes par le génie qui réside en elles, et que Dieu leur a donné en signes de son alliance. C'est la chaîne d'or attachée au trône de Féternelle vérité. C'est la chaîne d'or et d'Electre, qui unit les Gaulois entre eux et à leur chef Ogmiiis. Thamyris racontera donc ce qu'il sait, même les traditions contradictoires : qu'importe? il sortira toujours de ses récits la vérité, c'est-à-dire cette grande renommée d'Orphée , pour qui la postérité exista dès le commencement, et qui doit remplir l'univers*, il ^en sortira la puissance de ce nom, qui sera lui seul un législateur, et qui traversera les générations et les siècles. Et n'est-ce pas cet ensemble qui est toute la vérité? C'est, au reste, la forme d'initiation qui fut choisie pour instruire le vieil Evandre de ce qu'il devait savoir.

Pendant que Thamyris revêtira de poésie les leçons de la sagesse, dans le palais phéacien du dernier roi pasteur, déjà l'infortunée sœur de Didon, jetée par la tempête à l'embouchure du

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Tibre, dans ces lieux où elle doit avoir, un jour, des autels, errera non loin des collines du Ladum, et apportera, pour premier gage des destinées nouvelles, les imprécations d'une reine mourante. Un grand empire vient de s'écrouler en Asie, un autre empire va s'élever sur la terre si long-temps ignorée de Saturne, pour peser, dans Tavenir, sur le monde entier. Thamyrîs dira des aventures pacifiques, enfouira dans un sillon douloureux le germe fécond de doctrines harmonieuses; et, au même instant, des bruits inaccoutumés de guerre, troublant d'avance le repos de cette heureuse portion de FEuxonie, annonceront dignement les destinées de Rome future. Janus, antique divinité de ces peuples, frémit dans son bocage sacré, où un simple tronc d'arbre est l'autel modeste qui reçoit les offrandes champêtres, les herbes, et les fleurs offertes par les chefs des peuples. Le Numicùs se réveille avec inquiétude ♦ sar son lit de roseaux, et remue, en gémissant, la vase de ses eaux profondes. Les prêtres des religions cruelles demandent si de tels pressentiments n^annoncent pas que, par l'abolition des sacrifices humains, la terre de Saturne a été soustraite à une rançon légitime. L'illustre Carmenta parle d'expiations. Et cependant le ciel se prononce. Les dieux vieillis de la contrée se retirent pour faire place aux dieux de Pergame vaincu. Le dieu Terme

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et Juventiis restent seuls immobiiesj nulle puissance ne pourra les déplacer sur le Capitole. Voici donc qu'Enée peut s'avancer sur le dos des mers, apportant, d'une main, ses pénates fugitifs, de l'autre, le glaive des combats. Le père de la race romaine n'aura touché au rivage qui lui est donné par les dieux, qu'après avoir fait verser les premières larmes de Carthage.

Évandre, dont le régne et la race vont finir, Évandre n'aura pas en vain recueilli les enseignements de Thamyris. Le germe fécond §en développera successivement. C'est par ces instructions, restées vivantes, que la nymphe Égérie, à son tour, inspirera Numa. Le génie d'une législation morale existe toujours avant d'être réalisé par les lois, comme la pensée, avant d'être mani- . festée par la parole. Et qui sait si les livres sibyllins, qui ne furent jamais consultés sans fruit, tant h qu'ils subsistèrent, qui sait s'ils n'étaient pas dépositaires des préceptes légués par Évandre?

Et toutefois souvenons-nous qu'Orphée, dans la suite, fut honoré par une statue élevée sur une des collines de Rome. Elle a subsisté plusieurs siècles, en regard de celle de Prométhée.

Il nous reste maintenant à écouter les récits n initiateurs de Thamyris.

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