‹ Essais de persuasionChapitre 107 sur 120 · SE PEE · texte numérisé non relu

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nomique de la famille — les lois et les coutumes sont encore celles du Moyen Age. Elies ne sont pas plus conformes à l'opinion et au mode d’existence de l’homme civilisé qu'aux idées qu’émet à ce sujet dans l'intimité et dans ses conversations avec ses semblables chaque individu quelle que soit son éducation. Et qu'on n'aille point s’imaginer que seule une petite classe de gens instruits, ait adopté une nouvelle façon de voir en cette matière, qu'il ne s’agit que de quelques bulles à Ia surface. Qu'on n’aille point croire que se sont les femmes qui travaillent qui protesteraient contre le contrôle de la natalité ou de nouvelles lois sur le divorce. Pour elles de pareilles réformes représentent de nouvelles libertés, une émancipation d’une des tyrannies les plus intolérables. Un parti qui discuterait ouvertement et sagement de telles mesures au cours de ses réunions provoquerait un intérêt nouveau et vivant chez ses électeurs — car il ramènerait la politique à des sujets que tout le monde veut connaître, et qui affectent sérieusement la vie de chacun.

Ces questions se trouvent de plus étroitement liées à des solutions économiques auxquelles on ne peut se soustraire. Le contrôle de la natalité concerne d’une part la liberté de la femme et d’autre part le devoir de l’Etat de veiller sur les chiffres de la population, autant que sur l'importance de l’armée ou que sur l'équilibre du Budget. La situation des femmes salariées et l’emploi des salaires de familles n'’affecte pas seulement la condition de la femme, en tant qué travailleur rémunéré dans le premier cas, en tant que travailleur non rémunéré dans le second, mais relève du problème plus vaste qui consiste à savoir si les salaires se trouveront fixés selon la loi de l'offre et de la demande, livrés à la théorie du laissezfaire, ou si au contraire il ne faut pas intervenir pour les empêcher de transgresser les limites justes et raisonnables, en tenant compte de toutes circonstances.

La question des drogues se limite en fait dans ce pays au problème de l’alcool, je voudrais cependant y faire

SUIS-JE RADICAL? (19925) 24x

entrer également les jeux. Je suppose qu'une prohibition de l’alcool et des bookmakers aurait de bons résultats. Mais ce n’est pas en résoudre le problème. Jusqu'à quel point doit-on permettre à la triste et malheureuse. Humanité de s'échapper de temps à autre de sa misère et de trouver un stimulant, un réconfort et un moyen de se changer les idées? Voilà le vrai problème. Peut-on autoriser des dérèglements modérés, permettre des Saturnales, tolérer un Carnaval sans porter gravement atteinte à la santé ou aux poches des fêtards? Et peut-on le faire tout en maintenant à l’abri de tentatives irrésistibles de malheureuses classes qu’en Amérique on nomme «addicts » 1.

Je ne puis m'’attarder à examiner les réponses à ces questions, car il faut que je me dépêche de parler du problème politique le plus important, qui est aussi celui que je suis le plus qualifié pour traiter, le problème économique.

Un économiste américain distingué, le professeur Commons, qui a été un des premiers à noter le caractère de la transition économique dont nous voyons se dérouler à présent les premières phases, distingue trois périodes, trois cycles économiques : nous attéignons actuellement le troisième.

Tout d’abord vient l’ère de la rareté « qu'elle aït pour cause l'impuissance, la violence, la guerre, la coutume ou la superstition ». Dans cette période, on trouve un minimum de liberté individuelle et le maximum d’intervention communiste féodale ou gouvernementale avec recours à la force physique. Tel était l’état économique normal du monde (à quelques brèves exceptions près) mettons jusqu’au xv° ou xvI° Siècle.

Puis vient l'ère de l’abondance. « Dans une période d’abondance extrême, on trouve un maximum de liberté individuelle et un minimum de contrôle et d’interven-

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