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table désastre. Je n’aime pas que nous en soyons réduits à pareille alternative.
Tel est le problème d'ordre pratique qui se pose, pour tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, qui désirent voir appliquer les principes de progrès social, et estiment qu’un trop long retard dans leur application risque d’exposer le pays à des solutions extrêmes.
La réponse habituelle des orateurs Socialistes consiste à inviter, les Radicaux à laisser disparaître leur parti et à se joindre à eux. Il est évident que la disparition du Parti Radical est une éventualité qui peut se présenter. Il viendra peut-être un moment pour quiconque fait de la politique active, où il lui faudra choisir seulement entre deux routes au lieu de trois. Mais j'estime que c’est une erreur au point de vue politique et au point de vue moral que de préconiser cette fin; et qu'il convient tant au point de vue politique qu’au point de vue moral de s’y opposer.
Politiquement il convient de s’y opposer, car la cause du progrès se trouverait affaiblie dans chaque circonscription et non renforcée par la disparition du Parti Radical. Il y a de nombreuses régions dans ce pays et toute une catégorie d’électeurs, qui pendant longtemps encore ne voteront pas en nombre suffisant pour les Socialistes ou avec assez d'enthousiasme pour leur assurer la victoire; mais qui ne demanderont qu’à voter pour les Radi-caux dès que l’atmosphère aura changé. Les chefs socialistes qui le nient ne regardent pas les faits en face. Moralement, il convient de s’y opposer car la plupart des Radicaux d'aujourd'hui, s’ils confondent à l’occasion leurs votes et leur action avec celle des Socialistes, ne se sentiraient pas à leur aise, ni à leur place véritable, ni en accord avec’ leur conscience, s’ils devaient devenir membres du Parti Socialiste. Prenez mon propre cas : je suis certain que je suis moins conservateur de tempérament que la plupart des électeurs Socialistes; j'imagine que j'ai envisagé la possibilité de bouleversements sociaux
plus considérables que ceux que leur philosophie inspire à mettons Mr. Sidney Webb, Mr. Thomas ou Mr. Wheatley: La République de mes rêves — est à l’extrèmegauche des espaces célestes. Et cependant, j'estime que tant qu’ils disposeront encore d'un toit et d’un plancher, mon foyer sera chez les Radicaux.
Pourquoi, malgré ses nombreux déboires, la tradition radicale conserve-t-elle une telle puissance d'attraction? Le Parti Socialiste comporte trois éléments. Il y a les syndicalistes, autrefois victimes, aujourd'hui tyrans, dont les prétentions égoïstes et arbitraires méritent d'être courageusement combattues. I1 y a les avocats d’une méthode de violence, et de bouleversement immédiat, que, par une erreur de langage, on nomme Communistes, que leur doctrine incite à provoquer le mal pour en tirer un-bien et qui n’osant pas préconiser ouvertement le désastre, usent de complots et de subterfuges. Il y a les Socialistes, qui estiment que les bases économiques de Ja Société modérne sont néfastes, mais qu’elles pourraient être meilleures.
Dé nombreux Radicaux aujourd’hui s’accommoderaient fort bien de la compagnie ét de la conversation de ces derniers que j’ai appelés Socialistes. Mais nous ne pouvons les suivre avant de savoir sur quelle route ils comptent s'engager et quel but ils veulent atteindre. Je ne crois pas que la doctrine historique du Socialisme d’Etat'et celle renouvelée du Socialisme collectiviste les intéressent aujourd’hui davantage qu’elles ne nous intéressent. Plus personne ne s’en inspire. Les véritables penseurs dans le Parti Socialiste ou dans le Parti Radical essayent de les remplacer par quelque chose de meilleur, de plus constructif et de plus utile. Les données sont encore vagues de part et d’autre, mais empreintes de sympathie réciproque et marquent une tendance commune. J’estime que les deux noyaux ne peuvent que se rapprocher avec le temps et finiront pas collaborer. Mais le Radical avancé possède cet immense avantage sur son
confrère Socialiste qu'il peut travailler, poursuivre ses recherches sans s’adonner au baïse-main vis-à-vis de la tyrannie des syndicats, des beautés de la lutte des classes, ou du dogme du Socialisme d'Etat auxquels ni les uns ni les autres ne croiernit.
Pour en arriver à des possibilités d’application d’une politique pratique, il faut qu’il se produise deux faits politiques — et l’un et l’autre peuvent se produire. H faut que de prochaines élections apportent aux Socialistes les plus optimistes une désillusion quant à leur propre puissance politique, s’ils demeurent isolés. Mais il faut aussi que de notre côté se produisent certains changements. Le Parti Radical est partagé entre ceux qui, s'ils étaient obligés de choisir, voteraient pour les Conservateurs, et ceux qui, dans les mêmes conditions, voteraient pour les Socialistes. Sous un angle historique, et en tenant compte de services autrefois rendus, l’un et l’autre ont droit de se réclamer de la doctrine radicale. Néanmoins j'estime qu'il serait salutaire pour le parti que tous ceux qui, avec Mr. Winston Churchill et Sir Alfred Mond, voient dans les difficultés politiques de demain un duel entre le Socialisme et le Capitalisme et sont décidés en ce cas à défendre jusqu’à la mort les dernières tranchées du Capitalisme, quittent carrément le parti. Les lumières et les cadres du Parti Conservateur ont toujours été recrutés parmi les Radicaux et nous ne devons pas leur marchander les matériaux précieux que, conformé:ment à notre mission historique, nous leur fournissons, les mettant ainsi à l’abri de toute famine intellectuelle. Il vaut mieux que le Parti Conservateur soit mené par d'anciens Radicaux honnêtes et intelligents devenus trop vieux et trop encroûtés pour nous, que par les Ultra- Réactionnaires. Peut-être le Parti Radical ne peut-il rendre de plus grand service à l'Etat qu’en fournissant des Ministres aux Gouvernements Conservateurs et des idées aux Gouvernements Travaillistes.
En tout cas, les Socialistes ont ma sympathie lorsqu'ils
refusent de collaborer à un parti qui comprenait, jusqu'à ces derniers temps, Mr. Churchill et Sir Alfred Mond, et qui continue à compter parmi ses membres de nombreux personnages de cet acabit. Mais c’est là une difficulté qui disparaît rapidement. Lorsqu'elle aura tout à fait disparu, les rapports entre Radicaux et Socialistes, au Parlement ou dans les circonscriptions, se rapprocheront beaucoup de ce que certains d’entre nous voudraient qu'ils fussent, sans qu'il soit besoin de beaucoup de formalités, conventions ou marchandages.
Il est normal et bon que le Parti Conservateur se recrute parmi les Radicaux de la précédente génération. Mais un Parti Radical qui ne serait que le refuge de Socialistes pâles et vieillots, n'aurait plus aucune raison d’être. Le Parti Radical ne doit pas se montrer plus rétrograde que le Parti Socialiste, ni plus sourd aux idées nouvelles, ni plus arriéré lorsqu'il s’agit de bâtir un nouveau monde. Je ne pense pas que le Radicalisme redevienne jamais un grand parti organisé, comme le sont le Parti Conservateur et le Parti Socialiste. Mais n'empêche qu'il peut jouer un rôle prépondérant dans l’enfantement de l’avenir. On ne réalisera pas de grandes réformes sans le concours effectif du Socialisme. Mais celles-ci ne seront saines et durables qu'après être passées au préälable au crible de la critique prudente des Radicaux. Un certain sang-froid, un certain calme naturel que l’on trouve chez des hommes tels que Lord Oxford, possèdent à mon avis une saveur particulièrement radicale, et une valeur politique bien plus rare, bien plus précieuse, des qualités de courage plus enviables, que de pures ardeurs sentimentales.
Le problème politique de l’humanité doit concilier trois choses : Un meilleur rendement économique, la Justice sociale et la Liberté individuelle. Pour obtenir le rendement économique, il faut un esprit critique, de la prudence et des connaissances techniques; en ce qui concerne la justice, il faut de l’enthousiasme et un état
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