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Nous reconnaissons donc que nos premières tentatives de révision doivent se faire par l'intermédiaire de la Société, plutôt que par tout autre moyen. Nous pouvons espérer que la force de l'opinion générale et, S1 besoin est, les mesures et les encouragements financiers suffiront à empêcher une minorité récalcitrante d’exercer son veto. Nous avons confiance que Îles nouveaux Gouvernements, dont nous prévoyons l'établissement dans les principaux pays alliés, seront plus sages et plus généreux que leurs prédécesseurs.
Nous n’avons pas l'intention d’entrer ici dans le détail où de tenter une révision paragraphe par paragraphe. Nous nous bornerons à indiquer trois grands changements nécessaires à la vie économique de l’Europe. Ils portent sur les Réparations, la houille et le fer, les tarifs douaniers.
Réparations. — Si la somme demandée par les Alliés est moindre que celle à laquelle ils ont droit en vertu de la stricte interprétation de leurs engagements, il n’est pas nécessaire d'en spécifier les articles où d’en discuter la composition. Nous proposons donc le rèolement suivant :
5° Le total des paiements qui seront faits par l’Allemagne à titre de réparations et en vue de l'entretien des armées d'occupation, doit être fixé à £ 2 milliards.
»° La livraison de la marine marchande et des câbles sous-marins, d’après le traité, du matériel de guerre d'après l'armistice, des biens d’Etat sis dans les territoires cédés, des créances de l'Allemagne vis-à-vis de ces territoires en ce qui concerne la dette publique et vis-à-vis de ses anciens alliés, doit être évaluée en bloc à la somme de £ 5oo millions, sans aucune tentative d'estimation des articles particuliers.
3° Le ‘reliquat de £ 1.500 millions ne portera pas intérêts durant son paiement qui sera effectué par l'Allemagne en trente versements annuels de £ 5o millions, commençant en 1923. .
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4° La commission des Réparations sera dissoute, ou s’il lui reste quelque devoir à remplir, deviendra une dépendance de la Société des Nations et comprendra des représentants de l’Allemagne et des Etats neutres. 5° L'Allemagne sera libre d'effectuer ses verse-
ments annuels de la façon qui lui conviendra, toute
plainte motivée par la non exécution de ses obligations
étant portée devant la Société des Nations. Par consé-
quent, il ne sera plus procédé à aucune expropriation des nationaux allemands à l'étranger, sauf dans le cas où il est nécessaire de solder les obligations privées allemandes par le produit de ces biens déjà liquidés ou entre les mains des séquestres et des gardiens de la propriété ennemie dans les pays alliés et aux Etats- Unis. En particulier l’article 260 (qui s'occupe de l'expropriation des Allemands intéressés dans des entreprises d'utilité publique), doit être abrogé.
6° Nulle tentative ne sera faite pour obtenir des Réparations de la part de l'Autriche.
Charbon et fer. — 1° Les options des Alliés sur le charbon (annexe V) doivent être abandonnées, mais l’obligation pour l'Allemagne de compenser la perte résultant pour la France de la destruction des mines de charbon, doit être maintenue. Néanmoins cette obligation tomberait dans le cas où l’Allemagne serait privée du charbon de la Haute-Silésie par le règlement définitif qui suivra le plébiscite.
2° Les dispositions relatives à la Sarre doivent être maintenues, mais d’une part, l’Allemagne ne doit pas être créditée de la valeur des mines, et d’autre part elle doit rentrer en possession à la fois des mines et du territoire, sans frais et sans conditions, au bout de dix années. Mais ce système dépendrait d’un accord par lequel la France consentirait, durant la même période, à fournir à l'Allemagne 50 % au moins du minerai de fer lorrain qui, avant la guerre, passait ‘de Lorraine en Allemagne proprement dite, en échange de quoi l’Allemagne s’en-
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gagerait à livrer à la Lorraine une quantité de charbon égale au (tôtal précédemment expédié d'Allemagne proprément dite en Lorraine, déduction faite de la production de la Sarre.
3° Les dispositions relatives à la Haute-Silésié doivent gubsister. Par conséquent, un plébiscite doit avoir lieu, et la décision définitive séra prise par les principales puissances alliées et associées «én tenant compte du vœu exprimé par les habitants, ainsi que de la situation économique ét géographique des localités ». Mais les alliés doivént déclarer qu'à leur avis «les conditions économiques » réclament le rattachement des districts houillers, sauf si les désirs de la population sont expresséient contraires.
Tarifs. — Une union libre-échangisté doit être constituée sous les auspices de là Société des Nations et comprendre les Etats qui s'engagent à ne soumettre à aucun tarif protectionniste À les produits des autres membres de l’Union. L'Allemagne, la Pologne, les États nouveaux qui formaient les Empires austrohongrois et ottoman, doivent faire partie obligatoirement de cétté union, pendant dix ans, après lesquels l'adhésion deviendra facultative. L’adhésion des autres Etats sera facultative dès le début. Maïs il faut espérer que le Royaume-Uni sera, en tout cas, un des premiers membres de l’Union.
1. On pourrait aussi définir un « tarif protectionnisie"» qui permettrait (a) la prohibition totale de certaines :mportations, (b) l'imposition de tarifs somptuaires où attres sur les marchandises non produites sur le territoire nationab, (c) l’imposition de tarifs qui ne seraient pas plus de cinq pour cent supérieurs aux droits équivalents frappant des marchandises similaires produites à l’intérieur du pays, (d) les droits d'exportation. En outre, des exceptions spéciales pourraient être accordées par la majorité des membres de l’Union. On pourrait laisser disparaître progressivement, par des diminutions égales réparties sur les cinq ans qui suivraient l’adhésion d'un Etat à l’Union, les droits qui existaient cinq ans avant cette adhésion.
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En fixant le montant des réparations à un chiffre compatible avec la capacité de paiement de l'Allemagne, | nous rendons possible la renaissance de l'espérance et de l’esprit d’entreptfise à l’intérieur de ce pays, nous + évitons les occasions d’oppression résultant des clauses | du traité qui ne peuvent être exécutées, et nous rendons | inutiles les pouvoirs insupportables de Ia Commission
F des Réparations.
- Par la modération des clausés relatives directement ou indirectement aù charbon et par l'échange du minerai de fer, nous laissons subsister la vie industrielle de l’Allemagnèë et nous limitons la diminution de productivité qui résulterait de l'obstacle mis par les frontières politiques à la localisation naturelle de l’industrie métallurgique.
Par l’Union libre-échangiste que nous proposons, nous retrouvons uñe partié de la perte de l’organisation et du rendement économique qui résulterait sans cela de la création des multiples frontières politiques entre des Etats nationalistes, avides, jaloux, trop jeunes et économiquement incomplets. Les frontières économiques étaient supportables, tant que quelques puissants empires englobaient un immense territoire. Elles ne pourront plus l'être lorsque les Empires allemand, austro-Hongrois, russe et ottoman, se seront divisés en quelqués vingtaines d'Etats indépendants. Une Union libre-échangiste comprenant toute l’Europe Centrale, Orientale, Sud-Orientale, la Sibérie, la Turquie et, nous. l’espérons, le Royaume-Uni, l'Egypte et l'Inde, pet faire autant pour la paix et la prospérité du monde que la Société des Nations elle-même. On peut espérer que la Belgique, la Hollande, la Scandinavie et la Suisse adbèreront rapidement. Et les amis de la France et de l'Italie désirent vivernent que ces pays donnent aussi leur adhésion.
On nous objectera sans doute que de telles dispositions tendent en somme à réaliser l’ancien rêve alle-
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mand de la Mittel-Europa. Si les autres pays étaient asSeZ stupides pour rester en dehors de l'Union eb laisser tous ces avantages à l'Allemagne, ül y aurait quelque vérité dans cette critique. Mais c'est un système économique auquel chacun à le moyen d’appartenir et qui ne donne aucun avantage spécial à quiconque ne peut pas être accusé de vouloir créer des privilèges el d'avoir des projets impérialisies d'exclusion vis-à-vis de certains. Notre attitude en face de ces objections doit être déterminée par nos sentiments et nos idées relativement à l'avenir des relations internationales et à la paix du monde. Si nous admettons qu'il ne faut pas accorder à l'Allemagne pendant au moins une génération, la moindre part de prospérité, Si nous admettons que nos récents alliés sont tous des anges radieux et tous nos récents ennemis, Allemands, Autrichiens, Hongrois, etc., Sont les fils du démon; si nous admettons qu’année par année il faut appauvrir l’Allemagne, faire mourir de faim et épuiser ses enfants et l’entourer d’un cercle d’ennemis, — alors nous repousserons toutes les propositions contenues dans ce chapitre et en particulier celles qui permettraient à l’Allemagne de recouvrer une partie de sa prospérité matévielle antérieure, et de trouver des moyens d'existence pour la population industrielle de ses villes. Mais, si les démocraties de lEurope Occidentale adoptent el si les Etats-Unis entretiennent cette opinion sur les nations et sur les relations des Etats entre eux, le ciel nous vienne en aide! Si nous visons délibérément à l'appauvrissement de l’Europe Centrale, la revanche, nous pouvons'le prédire, ne se fera pas attendre. Rien alors ne pourra retarder, entre les forces de réaction el les convulsions désespérées de la Révolution, la lutte finale devant laquelle s’effaceront les horreurs de la dernière guerre et qui détruira, quel que soit le vainqueur, la civilisation et le progrès de notre temps: Même si ce résultat nous trompe, ne devons-nous pas recher-
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cher quelque chose de mieux, penser que la prospérité et le bonheur d’un Etat créent le bonheur et la prospérité des autres, que la solidarité des hommes n'est pas une fiction et que les nations doivent toujours traiter les autres nations comme leurs semblables ?
Les modifications que nous avons présentées plus haut pourraient permettre aux populations industrielles de l’Europe de continuer à gagner leur vie. Mais elles ne sont pas suffisantes. La France, en particulier, y perdrait, en principe (en principe seulement, car elle ne pourra jamais obtenir satisfaction de ses réclamations actuelles) et il faut lui trouver d’autres moyens d’échapper à ses difficultés. Par conséquent, nous émettons à présent des propositions relatives au règlement des dettes des Alliés et de l’Amérique entre eux et à la création d’un crédit suffisant pour permettre à l’Eurrope de rétablir son stock de capital circulant.
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