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Grande-Bretagne abandonne foules ses réclamations relatives à un paiement en argent, en faveur de la Belgique, de la Serbie et de la France. L'intégralité des versements accomplis par l'Allemagne serait donc affectée en premier lieu à la réparation des dommages causés aux nations et aux provinces qui Ont souffert

de l'invasion ennemie. Nous pensons que la somme de

£ .500.000.000 ainsi utilisable suffirait à payer Com-

plètement les frais réels de la reconstruction. En outre,

cest seulement en mettant de côlé ses propres revendi-

cations que la Grande-Bretagne peut demander, les

mains nettes, la révision du traité, et laver son honneur

de la violation de foi dont elle porte la principale res-

ponsabilité, par. suite de la politique dans laquelle les

élections générales de 1918 ont engagé, ses Teprésentants.

Le problème des Réparations ainsi liquidé, il est possible d'étudier de meilleure grâce et avec de plus grandes chances de succès deux autres propositions financières qui comportent toutes deux un appel à la générosité des Etats-Unis.

La première tend à l’annulation complète de la dette interalliée (c'est-à-dire de la dette des Gouvernements des Puissances alliées et associées), contraciée en vue de la poursuite de la guerre. Cette proposition, déjà exposée dans certains milieux, est une de celles que nous considérons comme essentielles à la prospérité future du monde, Ce serait un acte de prévoyance politique pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis, les deux puissances principalement intéressées, de l’adopter. Les sommes comprises sont approximativement indiquées dans le tableau suivant ? : |

Ainsi, le volume total de la dette interalliée, à supposer que les prêts consentis par un allié ne soient pas

r. Les chiffres figurant dans ce tableau ne sont sans doute pas absolument exacts dans le détail, mais ils suffisent à notre argumentation.

Prêts Par les Par le Par ja consentis Etats-Unis |Royaume-Uni| France

| JPAR ES QE 7 meer Pr

Au Royaume- £ £ £ 2 842.000.000 — 842,0090,000 550.000.000 | 508.000.000 1.058.000.000 7.6 6 ET FIV CORNE 325.000.000 67.000.000 | 33. «000! 827,000.000!! À la Pussie.,...., ; 38.000.000 568.000,0001 /160. 000! ‘766.000.000! A la Belgique 80.000.000 98.000.0002! 90. 009! 268,000.000 À la Serbie.et à la

20.000.000 20.000.0002! 20. 009 60,000.000!È Aux autres alliés... , 39.000.000 79.000.000 | 50. 000! 164.000.000!!

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Compensés par les emprunts faits à un autre, se monte à près dé 4 milliards de livres sterling. Les Etats-Unis n'ont été que prêteurs. Le Royaume-Uni a prêté environ deux fois plus qu’il n’a emprunté. La France a emprunté environ trois fois plus qu'elle n’a prêté. Les autres alliés n’ont été qu'emprunteurs. |

Si toute la dette intcralliée était réciproquement annulée, le résultat net sur le papier (c'est-à-dire en SUpPposant que tous ces emprunts soient bons) serait l'abandon par les Etats-Unis de £ 2 milliards et par le Royaume-Uni de £ 900.000.000 environ, La France gagnerait £ 700.000.000 et l'Italie £ 800.000.000. Mais ces chiffres exagèrent la perte du Royaume-Uni et atténuent le gain de la France, car une large part des prêts consentis par ces pays ont été accordés à la Russie et par nul effort d'imagination ils ne peuvent être considérés comme valables. Si l’on considérait que les prêts laits par le Royaume-Uni à ses alliés, valent 50 % de leur valeur entière (c'est une supposition arbitraire mais plausible que le Chancelier de l’Echiquier a considérée plus d’une fois comme aussi bonne qu’une autre en vue du règlement du solde national), l'opération ne causerait au pays ni gain ni perte. Mais dans quelque sens que se traduise le résultat sur te papier, le soulage-

ment que causerait une felle liquidation serait très considérable. C’est donc aux Etats-Unis que la proposition demande d'être généreux.

D'après la connaissance très approfondie que nous avons des relations entretenues durant la guerre entre les Trésors anglais, américains et alliés en général, nous pensons qu'il Y à jà un acte de générosité que nous pouvons parfaitement réclamer, pourvu que l’Europe, à un autre point.de vue, CSsaye honnêtement, non de continuer la guerre, économiquement ou d’une auire façon, mais d'accomplir Îa reconstruction de tout le Continent. Les Etats-Unis ont fait, proportionnellement à leur fortune, des sacrifices financiers infiniment plus faibles que ceux des Etats européens. pouvait difficilement en être autrement. La lutte était foncièrement européenne et le Gouvernement des Etats-Unis n'aurait pas pu sê justifier devant ses citoyens d’avoir dépensé, pour Y prendre part, toutes les forces de la nation. Après leur entrée dans la guerre, Îles Etats-Unis prodiguèrent à l’Europe des secours illimités, et sans cette assistance, même si l'on ne tient pas compte de l'influence décisive. jouée par l'arrivée des troupes américaines, les Alliés n'auraient jamais pu gagner Ja guerre.

Mais en parlant ainsi de l'assistance financière américaine, nous faisons la supposition ta site, — les Etats- Unis l'ont faite sans doute aussi, — que cette assislance ne ressemblait en rien à un placement. Si l’Europe doit rembourser les > milliards de livres qu'elle a reçus des Etats-Unis, avec des intérêts composés de 5 9, le sujet prend un caractère tout différent. Si les avances de l'Amérique doivent être regardées sous ce jour, ses sacrifices financiers ont vraiment été très faibles. |

Si un. règlement tel que le nôtre n'est pas proposé maintenant, la guerre se Sera terminée dans un enchevètrement de lourds tributs payables d’allié à allié, et

RECONSTRUCTION DE L'EUROPE 37 le montant total de ces charges dépassera sans doute la somme qui pourra être obtenue de l’ennemi. La guerre se sera terminée par ce résultat insupportable qui forcera les alliés à se payer les uns aux autres des indemnités, au lieu d’en recevoir de l'ennemi.

Pour ce motif, la question de la dette interalliée est intimement liée aux sentiments profonds que ressentent les peuples alliés d'Europe au sujet des indemnités, — sentiments qui ne sont pas fondés sur une évaluation raisonnable des capacités réelles de l'Allemagne, mais sur la juste appréciation de l’intolérable situation financière où se trouveront ces pays à moins qu'elle paie.

Prenons par exemple l'Italie. Si l’on attend de l'Italie qu'elle paie £ 800.000.000, l'Allemagne peut et doit à Coup sûr payer bien davantage. Mais s’il est décidé (comme il le faut), que l'Autriche n’aura rien à payer, n'est-il pas insupportable de voir l'Italie chargée d’un fardeau écrasant, auquel échappera l'Autriche? Ou, pour exposer cela d’une façon un peu différente, comment peut-on attendre que }'Italie se résigne à payer celte grosse somme, tandis que la Tchéco-Slovaquie ne paiera pour autant dire rien? À l’autre bout de l'échelle, il y a le Royaume-Uni. Là la situation financière est différente, puisque ce n’est pas la même chose de demander £ 800.000.000 à l'Italie ou à nous. Mais le principe est le même. Si nous devons nous considérer comme satisfaits, sans obtenir pleine compensation de l’Allemagne, ne pourrons-nous pas protester amèrement contre les paiements que nous devrons faire aux Etats-Unis? Nous devons, dira-t-on, nous contenter d’une créance sur les biens banqueroutiers de l’Allemagne, de la France, de l'Italie, de la Russie, tandis que les Etats-Unis ont un privilège de premier ordre contre nous. La France est dans une situation au moins

aussi impressionnante. Elle peut à peine obtenir pleine réparation de l'Allemagne pour la destruction subie

par Son territoire, mais, bien que victorieuse, elle doit

38 ESSAIS DE PERSUASION payer à ses alliés et à ses amis plus de quatre fois l'indemnité que, vaincue en 1870, elle paya à l’Allemagne. La main de Bismarck fut légère pour elle, en face de la main d’un de ses alliés ou de son associé. Le règlement de la dette interalliée est donc un préliminaire indispensable, si l’on veut que les peuples puissent affronter, autrement qu'agités par des - passions exaspérées, la vérité inévitable au sujet de l’indemnité qui sera obtenue de l'ennemi.

” J1 scrait exagéré de dire que les alliés européens ne peuvent pas payer le capital et l'intérêt de leur dette; mais les faire payer serait à coup sûr leur imposer un accablant fardeau. On peut donc s'attendre à ce qu'ils fassent des efforts constants pour éluder cette obligation et ces tentatives seront une source perpétuelle de chocs et de mauvais vouloir pendant de nombreuses années. Une nation débitrice n'aime pas son créancier et il est vain d'attendre de la bonne volonté vis-à-vis de l'Angleterre ou de l’Amérique, de la part de la France, de l'Italie et de la Russie, si le développement futur de ces pays est paralysé par le tribut annuel qu ils devront payer. Ils seront tentés de rechercher leurs amis d'un autre côté et toute rupture des relations pacifiques leur offrira l'énorme avantage de leur éviter le paiement de leur dette extérieure, Tandis que, si, — d'autre part, — ces grandes dettes sont annulées, par cela même la solidarité et l’amitié véritable des nations associées se trouveront encouragées.

L'existence de la dette de guerre menace partout la stabilité financière. Il n’y a pas de pays européens où la répudiation de cette dette ne doive devenir bientôt un important problème politique. Dans le cas de la dette intérieure, les parties intéressées peuvent avoir deux avis différents, et il n’y a là qu’une question de répartition intérieure de la richesse. Pour les dettes extérieures il n’en est pas de même, et les nations créditrices peuvent trouver leurs intérêts incommodément

LL vo

liés avec le maintien d’une forme particulière de gouvernement ou d'organisation économique dans les Etats débiteurs. Le lien embrouillé des alliances ou des ligues n'est rien à côté de celui des créances monétaires.

Le dernier argument qui influencera l'attitude du lecteur vis-à-vis de notre proposition, dépendra de l'opinion qu'il a au sujet de la place que tiendront dans le progrès du monde les immenses liens de papier que nous ont légués les finances de guerre, ici et à l'étranger. À Ia fin de la guerre, chacun devait à tous les autres d'immenses sommes de monnaie. L'Allemagne doit beaucoup aux alliés, les alliés à l’Angleterre, et l’Angleterre aux Etats-Unis. Les souscripteurs des emprunts de guerre dans chaque pays sont les créanciers de l'Etat, qui est à son tour créancier des souscripteurs eux-mêmes et des autres contribuables. Toute cette situation est au plus haut point artificielle, trompeuse et contrariante. Nous ne pourrons jamais plus nous remuer, si nous ne délivrons pas nos membres de ces entraves de papier. Un feu de joie est si nécessaire que si nous n'en faisons pas un, calmement et tranquillement, de façon à ne léser sérieusement personne, lorsqu'il se produira enfin, il deviendra un incendie qui détruira beaucoup de choses. En ce qui concerne la dette intérieure, nous sommes de ceux qui pensent qu’un impôt général, pour son extinction, est une mesure indispensable à la création de finances saines dans tous les Etats belligérants d'Europe. Mais le maintien de vastes dettes entre les Gouvernements, présente par lui-même des dangers particuliers.

Avant le milieu du xrx° siècle; aucune nation ne devait de paiements à une autre, sauf les tributs qui étaient exigés sous la pression de la force et parfois par le prince absent, en raison du lien de la féodalité. Il est vrai que la nécessité pour le capitalisme de trouver durant les cinquante dernières années des débouchés dans le nouveau monde avait amené, bien que

sur une échelle qui est encore modeste, certains pays

tels que l'Argentine, à devoir une somme annuelle à des .

nations comme l'Angleterre. Mais ce système esi faibie et il n’a survécu que parce que le fardeau qu'il imposait aux Etats débiteurs est loin d’être écrasant. Gette charge

est représentée par un actif véritable et est liée à tout le -

système de la propriété en général. Les sommes déjà prêtées ne sont pas {rop grandes par rapport à celles qui peuvent être encore empruntées. Mais les banquiers se sont habitués à ces méthodes et ils les considèrent comme une partie nécessaire de l’ordre social permanent. Ils sont donc disposés à croire, par analogie, que l’on peut établir naturellement, raisonnablement, d’accord avec la nature humaine, entre les Gouvernements, un système comparable, sur une échelle bien plus vaste, d’une façon définitivement oppressive, sans actif réel, et avec un lien moins étroit avec le régime de la propriété. Nous n'avons pas confiance dans ces procédés. Même à l’intérieur d’un pays, le capitalisme, qui réunit de nombreuses sympathies locales, qui joue un rôle véritable dans la marche quotidienne de la production, et sur la tranquillité duquel repose largement l’ordre social, n’est pas en sécurité, Mais, quoi qu'il en soit, les peuples mécontents d'Europe voudront-ils arranger leur existence, pour qu’une part appréciable de leurs produits serve à assurer à l'étranger des paiements, — soit entre l’Europe et l'Amérique, soit entre l’Allemagne et le reste de l’Europe, — dont la cause ne satisfait pas l’idée qu'ils ont de la justice ou du devoir. D'une part, l’Europe doit compter en fin de compte sur son travail quotidien et non sur les largesses de l'Amérique; mais d'autre part, elle ne se privera pas du nécessaire pour envoyer au dehors les fruits de son labeur. Bref, nous né pensons pas qu'aucun des tributs en question soit payé, où tout au moins plus de quelques années. [ls ne cadrent pas avec la nature humaine ou avec l’esprit de ce siècle,

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