‹ Essais de persuasionChapitre 29 sur 120 · AT E · texte numérisé non relu

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tant de livraisons gratuites de marchandises. De plus, comme tous les dommages seront supportés par les capitaux et la main-d'œuvre affectés à certaines entreprises particulières, ils susciteronit des protestations sans rapport aucun avec le préjudice causé à l’ensemble de la communauté.

La plupart des Américains avec lesquels j'ai causé, sont personnellement favorables à l'annulation des dettes européennes, mais ils ajoutent que ceux de leurs compatriotes qui pensent autrement sont si nombreux qu'une telle proposition est à présent en dehors de toute possibilité politique pratique. Ils pensent donc qu'il est trop tôt pour la discuter. À l'heure actuelle, disent-ils, l'Amérique doit prétendre qu’elle va demander à être remboursée, et les Etats européens doivent affirmer qu'ils vont payer. Somme toute, la question est à peu près la même que celle qui se posait en Angleterre, en 1921, à propos des réparations de l'Allemagne. Sans aucun

doute, mes informateurs ne se trompent pas au sujet

de l’opinion publique, cette mystérieuse entité qui doit être la même chose que la Volonté générale dont parle Rousseau. Néanmoins je n’attache pas trop d'importance à ce qu'ils me disent. Aux Etats-Unis l'opinion publique change quelquefois en bloc.

Si, en effet, l'opinion publique restait invariable, il sérait inutile de discuter les questions d'intérêt général, Bien que la tâche principale des politiciens et des iournalistes doive être de tenir compte de ces caractères temporaires, l'écrivain est libre de s'occuper plutôt de

ce que l'opinion devrait être. Je répète ce lieu commun,

parce que beaucoup d’Américains expriment l'opinion qu'il est réellement inconvenant de faire des propositions que n'approuve pas l’opinion publique. En Amérique, on attribue aussitôt quelques causes malhonnèêtes à un acte de ce genre et les critiques se manifestent sous la forme d’une enquête touchant au caractère personnel et aux antécédents du prévenu,

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Malgré cela, examinons un peu plus complètement Jes sentiments qui dominent la politique des Etats-Unis relativement aux dettes européennes. L'Amérique veut être généreuse vis-à-vis de l'Europe, autant parce qu'elle est animée de bons sentiments, que parce qu'elle soupconne que toute autre politique détruirait son propre équilibre. Mais, elle ne veut pas « être jouée ». Elle ne veut pas que l’on puisse dire encore que les vieux politiciens cyniques de l'Europe ont été trop nombreux ei trop adroits pour elle. La moisson a été mauvaise. Les impôts sont écrasants; beaucoup de régions des Etats- Unis ne se trouvent pas, à l’heure actuelle, assez riches pour favoriser l'abandon de cet actif, à la légère. En outre, les Américains rapprochent, beaucoup plus que nous ne le faisons d'habitude, ces arrangements entre nations ayant combattu ensemble, des transactions COMmerciales ordinaires entre individus. C'est, disent-ils, comme si une banque, ayant fait à un client en qui elle

a confiance une avance sans garantie, à un moment où :

des difficultés lui rendaient cette avance indispensable ?

ce client se refusait à la rembourser. Permettre de pa-

reilles choses serait porter atteinte aux principes élémentaires de l'honneur commercial.

L'Américain moyen, j'imagine, aimerait voir les nations européennes s'approcher de lui avec dans les yeux un regard ému, dans la main de l’argent, et sur les lèvres, ces mots : « Amérique! nous te devons notre liberté et notre vie. Nous t’apportons, avec toute notre reconnaissance, de l’argent que des impôts sévères n'ont point arraché à la veuve et à l’orphelin, de l'argent

que nous avons économisé, — c’est là le meilleur fruit de la victoire, —- en abolissant les armements; le mili-

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tarisme, l’autocratie, les rivalités internationales; résul-

tat auquel nous ne sommes parvenus que grâce au Concours que tu nous as donné. » Et alors l’Améritain moyen répondrait : « J'honore votre honnêteté, je n'en attendais pas moins de vous. Mais je ne suis pas entré

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