RENE
dé La
coup la production, fera face à la situation. en abaïssant ses prix; mais quand, au bout de deux ans, par exemple, ils seront inférieurs à son prix de revient, il sera bien obligé de restreindre ou d'abandonner ses affaires.
Les Etats-Unis auraient tort de croire au rétablissement de l'équilibre avec des exportations maintenues au moins sur leur base actuelle, et, des importations réduites par un tarif douanier. De même que les Alliés exigent de l'Allemagne d'importants versements, mais appliquent tout leur génie à l'empêcher de les effectuer, de même, l'administration américaine trace d’une main des plans de subvention à l'exportation et établit, de l’autre, des tarifs qui rendront impossible le remboursement de ces primes, Les grandes puissances font souvent preuve d'une aberration que nous ne pardonnerions pas à un particulier.
Tout l'or du monde peut embarquer vers les Etats- Unis, et là, un immense Veau d'Or se dresser jusqu'au ciel. Mais un jour peut aussi venir où l’Amérique refu-
sera l’or, tout en voulant être payée, — semblable à un nouveau Midas — réclamant des mets plus substantiels
que le métal brillant mais inutile qu'il s'était fait promettre.
Dans tous les cas, la situation ne se rétablira pas sans difficuMés, ni sans léser d'importants intérêts. -Si les Etats-Unis la compliquent encore, en réclamant le remboursement des dettes interalliées, elle deviendra insupportable. Si l'Amérique poussait jusqu'au bout sa politique, si elle cessait d’exporter, et consacrait à de nouveaux usages les capitaux qu’elle emploie à son commerce extérieur, si ses anciens associés d'Europe décidaient de faire honneur, quoi qu’il leur en coûte, à leurs obligations, je ne nie point que tout cela finirait par tourner à l’avantage de l'Amérique. Mais de telles hypothèses sont absolument chimériques. Il est certain que l'Amérique ne poussera pas jusqu’au bout sa politique. Elle l’abandonnera, aussitôt qu’elle en aura reconnu les
premiers résultats; — d’ailleurs, les Alliés ne voudraient pas payer. La situation est parallèle exactement à celle des réparations. Les Etats-Unis n’obtiendront pas plus le remboursement les dettes interalliées, que les Alliés l'exécution de leurs demandes de réparations. Ni l’une ni l’autre de ces politiques n’est véritablement sérieuse: Presque toutes les personnes bien informées en font l’aveu dans les conversations particulières, Mais nous vivons à une curieuse époque : les informations de presse Sont faites exprès pour coïncider avec l'opinion générale la plus erronée, parce que c’est celle-là qui est la plus répandue. Et il ÿ a ainsi pendant d’assez longues périodes des contradictions, scandaleuses ou risibles, entre ce que les hommes disent et ce qu’ils écrivent.
S'il en est ainsi, l'Amérique aurait tort d’envenimer ses relations avec l’Europe et de désorganiser ses entreprises d'exportation pour deux ans, en poursuivant une politique qu’elle devrait nécessairement abandonner avant qu'elle lui ait profité.
Pour les lecteurs qui aiment les raisonnements abstraits je résumerai mon argumentation de la manière suivante : le commerce international est fondé sur un équilibre compliqué, établi entre les entreprises agricoles et industrielles des diverses nations du monde, et sur la spécialisation par chaque état de l'emploi de sa main-d'œuvre et de ses capitaux. Si une puissance est contrainte de livrer à une autre de grandes quantités de marchandises, Sans Contre-partie, l’équilibre est détruit. Les capitaux et la main-d'œuvre s'étant définitivement consacrés à certains emplois et ne pouvant pas librement se diriger vers d’autres, la rupture de l'équilibre amoindrit leur utilité. L'organisation, qui est un facteur si important de la richesse du monde moderne, est gravement affectée. À la longue, une nouvelle organisation et un nouvel
équilibre peuvent s'établir, Mais, si la cause dé ces’
troubles est temporaire, les pertes résultant de la désor-
ganisation, peuvent conlrebalancer Jes bénéfices fésul: