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leur entrée en guerre, ils assumèrent tous les prêts indispensables à couvrir nos dépenses-et celles de nos Alliés aux Etats-Unis, y compris celui de certaines sommes destinées à soutenir les changes. Mais ils ne se montrèrent pas disposés à prêter de l'argent à dépenser ailleurs qu'aux Etats-Unis. Force fut donc à la Grande-Bretagne de continuer à prêter pour de pareilles dépenses — ce qui fait que nous dûmes prêter à nos Alliés après l’entrée en guerre de l’Amérique, presque autant que nous empruntions nous-mêmes. Pour être plus précis, nos emprunts aux Etats-Unis, ‘après leur entrée en guerre, s'élevèrent à £ 850.000.000 et nos prêts à nos Alliés pendant la même période à £ 750.000.000 — si bien qu’en fait on peut soutenir avec raison — ce que Îes Américains se sont toujours refusé à reconnaître — que les prêts qui nous furent accordés, le furent surtout pour venir en aide à nos Alliés, plus qu'à nous-mêmes.
Le résultat fut qu’à la fin de la guerre, nos Alliés nous devaient environ £ 1.600.000.000 tandis que nous devions de notre côté aux Etats-Unis £ 850.000.000.
Depuis la fin de la guerre, le débat a consisté à savoir si ces sommes devaient être considérées comme de purs placements, comme toute autre opération commerciale, ou s’il y avait lieu de tenir compile de leur origine et des circonstances dans lesquelles ces dettes furent contractées. Le point de vue anglais est qu'elles ne constttuent point à l’origine, de pures conventions commerciales et qu’elles ne devraient donc point être traitées comme telles. Par contre, le point de vue des Etats-Unis a été de les considérer en elles-mêmes comme des obligalions ordinaires, dues et devant être payées intégralement, en tenant compte seulement de la capacité de paiement des débiteurs, les Etats-Unis étant simplement disposés à accepter un taux minime d'intérêt.
Au cours de la conférence de la Paix, le Gouvernement britannique préconisa une annulation complète des dettes de guerre des Alliés. Mr. Lloyd George en reparla au
président Wilson en août 1920. Finalement en août 1922, la fameuse note rédigée par Lord Balfour présenta le même point de vue britannique dont nous ne nous étions jamais départis. Dans cette note le Gouvernement britannique se déclarait prêt à annuler le total de la dette que lui devaient les Alliés, et aussi à renoncer à sa part des paiements de l'Allemagne si à leur tour les Etats- Unis voulaient bien abandonner leurs droits sur la dette de l’Angleterre. En acceptant pareil accord, l'Angleterre renonçait par écrit à plus du double de ce qu'il lui rapportait. L'offre tient toujours bon.
Cette politique n'eut pas l’agrément des Etats-Unis qui conclurent un accord séparé avec chaque pays — l'accord avec la Grande-Bretagne exige le paiement d'intérêts de 3,3 % sur le total des sommes dues, Celui avec la France équivaut à un remboursement au taux de 1,6 % d'intérêt et celui avec l'Italie à un remboursement au taux de 0,4 %. Ainsi l’accord direct de la Grande- Bretagne avec l’Amérique est-il deux fois plus onéreux que celui de la France, et huit fois plus onéreux que célui de l'Italie. La Grande-Bretagne à son tour a conclu des accords avec la France et l'Italie, encore plus avantageux pour ces pays que ceux qu'ils ont conclu avec l'Amérique, l’accord anglo-français étant de 10 % plus avantageux pour la France, et l’accord anglo-italien de 33 % plus avantageux que les accords de ces pays avec les Etats-Unis. Aussi, alors que les autres Alliés ont vu leurs charges considérablement allégées, notre pays se voit-il dans l'obligation de tout rembourser, et n’a obtenu pour toute satisfaction qu’un taux modéré d’inté-
rêt fixé à 3,3 %.
Le résultat dé cet accord, c’est que la Grande-Bretagne devra payer aux Etats-Unis une somme d'environ £ 33.000.000 jusqu’en 1933, somme qui s’élèvera par la suite à près de £ 38.000.000 jusqu’en 1984, date à laquelle sa detie se trouvera éteinte. Pour bien mesurer le poids de ce fardeau, je citerai quelques calculs que je
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His au Cours de été de 1923 lorsqu'on connut officieHement pour la première fois les détails de l’accord que Mr. Baldwin conclut avec Washington. Nous paierons ious les ans pendant soixante ans aux États-Unis une somme égalé aux deux tiers de nos dépenses navales, égale environ aux dépenses totales de l'Etat en matière d'éducation, une somme qui dépassera le total de notre dette d’avant-guerre. Envisagée sous un autre angle, cette somme est supérieure aux bénéfices normaux réunis de nos mines de charbon et de notre marine marchande. Avec ces mêmes sommes, nous pourrions nous permettre tous les mois des dotations suffisantes à la création et à l'aménagement parfait d’une nouvelle Université, d’un nouvel hôpital, d’un nouveau laboratoire et ceci pendant soixante ans; en faisant le même sacrifice pendant le même laps de temps, nous pourrions supprimer les laudis, et loger dans des maisons confortables la moitié de notre population qui aujourd’hui ne possède que des abris insuffisants et précaires.
D'autre part, nous recevons aujourd’hui de nos Alliés et de l'Allemagne, de quoi couvrir une bonne part de nos paiements aux Etats-Unis. Il peut être intéressant d'indiquer brièvement comment se répartissent ces comptes.
En 1928, nous recevrons £ 12.800.000 de nos Alliés et verserons aux Etats-Unis £ 33:200.000; d'ici 1983 ces chiffres auront atteint respectivement £ 17.700,000 et £ 37.800.000. Ainsi, sans compter notre part des réparations allemandes, nous devrons payer tous les ans pour nos dettes de guerre £ 20.000.000 de plus que nous ne recevrons. Si le plan Dawes est appliqué intégralement, nous nous en tirerons à peu près sans rien débourser. Car l’annuité normale du plan Dawes, une fois qu'elle aura atteint son niveau le plus élevé (déduction faite de l'intérêt de l'emprunt allemand), s’élèvéra à £ 17.000.000 sur lesquels (sans compter la part des autres états de l'Empire britannique) £ 22.000.00. doivent nous reve-
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nir. Mr. Churchill a estimé que pour l’année financière en COUTS, 1928-1929, nOS paiements seront de £ 32.845.000 et nos rentrées de près de £ 32.000.000.
Il est peu vraisemblable que ces rentrées se fassent toutes. Mais nous pouvons, pour la commodité de notre raisonnement, supposer un instant qu'elles se réalisent. En ce cas chaque Allié serait en état de payer les Etats- Unis avec les sommes qu'il aura reçues de l'Allemagne. Lorsque les paiements des dejtes de tous les Alliés aux Etats-Unis, auront atteint leur taux le plus élevé, selon les accords existants, ils représenteront un total de £ 83.000.000 par an (la moyenne des paiements annuels, calculés sur la période entière s'établit aux environs de £ 61.000.000). Si nous y ajoutons la part directe. de l'Amérique aux réparations, les Etats-Unis toucheront £ 78.000.000 par an sur les £ 117.000.000 à verser par l'Allemagne aux Alliés, soit 67 % des réparations, plus Ÿ 10.000.000 de l'Italie que ne couvrent pas les réparaions; ou si nous considérons la moyenne des paiements au lieu de leur taux le plus élevé, les Etats-Unis recevront £ 66.000.000 sur £ 117.000.000 ou 97 %. Dans les deux cas, la Grande-Bretagne, tout compte fait, ne toucherait rien.
Il découle de ce qui précède, que si l’on devait réduire
d’un tiers les annuités maximum du plan Dawes — ce
qui peut fort bien arriver, selon l'avis de plusieurs d’entre nous les Etats-Unis se trouveraient, au moment Où les paiements des Alliés envers eux auraient atteint leur maximum — en être les seuls bénéficiaires. En ce cas, le résultat en dernier ressort de tous les accords sur les dettes, serait de faire des Etats-Unis les seuls bénéficiaires des £ 78.000:000 payés tous les ans
par l'Allemagne sans que personne d’autre ne touche :
rien.
Si j'ai présenté le problème de la sorte, c’est qu’on comprend plus clairement ainsi pourquoi dans l’esprit des Aïliés, la question de nouvelles concessions finan-
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cières à l'Allemagne est intimement liée à celle de leurs propres obligations envers les Etats-Unis. L’attitude officielle des Etats-Unis qui consiste à nier qu'il existe le moindre lien entre les deux problèmes, n’a pas la moindre consistance. Le réajustement du plan Dawes ne peut se faire, d’une façon ou d’une autre, sans que les Etats-Unis y prennent part. Mais laissez-moi ajouter que foule concession qu'ils pourront faire, profiterait exclusivement à l'Allemagne ou aux Alliés européens, la Grande-Bretagne demeurant attachée à son principe désintéressé de compensation.
Si tout, ou presque tout, ce que l'Allemagne paie au compte des réparations, doit servir, non à réparer des dommages, mais à dédommager les Etats-Unis du rôle financier qu'ils jouèrent dans la lutte commune, il y aura bien des gens qui estimeront que ce n'est pas Jà
un résultat qui puisse être compatible avec les senti-.
ments d'humanité, ou avec les professions de foi émises par l'Amérique au moment de son entrée en guerre, el au Cours de celle-ci. Pourtant c’est une tâche délicate pour un Anglais représentant son pays que d’exprimer officiellement cet avis, quelles que soient les impatiences de l'opinion publique. Il est clair qu'il nous faut payer te que nous nous sommes engagés à payer el que toute proposition, si elle doit avoir lieu, doit venir des Etats- Unis. J’eus pendant Ja guerre la tâche de négocier officiellement, pour la Trésorerie britannique, tous les accords financiers avec les Alliés et avec les Etats-Unis d’où sont nées les conditions actuelles. J'ai pu connaître à fond, et dans leurs détails quotidiens, les raisons et les motifs qui commandaient alors aux arrangements financiers que l’on prenait. À Ja lumière du souvenir de ces Jours anciens, je continue à espérer qu'à un certain moment, et à l'heure qu'elle choisira, l'Amérique nous fera savoir qu’elle n’a pas dit son dernier mot.
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