‹ Essais de persuasionChapitre 76 sur 120 · TP PR · texte numérisé non relu

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notre Cas au cours d’une grande partie du xix° siècle. Nos progrès seffectuaient avec une telle rapidité que la stabilité dans certaines branches ne comptait guère et du reste eût été impossible, Mais il n’en est plus ainsi pour nous aujourd'hui. Nous ne progressons plus que lentement et les défauts de structure économique que nous pouvions nous permettre de négliger dans notre course vers l’avenir, et que l'Amérique peut encore négliger, peuvent pour nous devenir mortels. La débâcle des prix en 1921 fut encore plus violente aux Etats-Unis que chez nous, mais dès la fin de 1922 il n’y paraissait déjà plus. En 1925 nous avons encore un million de chômeurs, L'Amérique peut, dans les années qui viendront, essuyer des tempêtes industrielles et financières qui la toucheront à peine alors que si nous y étions également exposés, nous risquerions d’y sombrer.

Et il y a autre chose. Avant la guerre, nous avions prêté au monde entier de vastes sommes que nous pouvions faire rentrer à bref délai; nos placements en Amérique faisaient de nous les créanciers des Etats-Unis. Nous avions de plus grosses réserves disponibles pour des placements à l'étranger que tout autre pays; dépourvu de réserves fédérales, le système bancaire américain était faible et désorganisé. Nous occupions en fait la première place dans l'alliance de l’étalon-or. Mais ceux qui croient que retourner à l’étalon-or équivaut à revenir à cet état de fait sont ou fous ou aveugles. Nous sommes aujourd'hui débiteurs des Etats-Unis. Leurs placements à l'étranger atteignaient l’année dernière le double des nôtres, et leurs réserves réelles disponibles pour de tels placements égalaient environ dix fois les nôtres. Ils ont six fois plus d’or que nous. La seule augmentation, l’année dernière, des dépôts effectués dans les banques du système de Réserve Fédérale a presque atteint la moitié du total de nos dépôts. Un faible déplacement d'or ou de crédit à court terme entre Londres et New- York qui ne représente pour eux qu’une ride à la surface

des flots, prendrait pour nous l’importance d’une vague de fond. Que les banquiers ou les spéculateurs américains adoptent telle ou telle attitude vis-à-vis des emprunts étrangers, cela change peu de chose chez eux, mais peut apporter chez nous de véritables bouleversements. Si l'or, les crédits à court terme, les valeurs étrangères, peuvent librement traverser l'Atlantique sans qu'il en coûte le moins du monde aux Etats-Unis, les fluctuations d’une certaine importance ont pour nous des effets hors de toute proportion avec les effets qu'ils peuvent avoir là-bas. Cela arrange les Etats-Unis que nous revenions à l’étalon-or et ils sont donc disposés à nous aider pour commencer, Mais ce serait une erreur de croire qu'il y a avantage à ce qu'ils dirigent leurs affaires, et qu'ils le feront toujours dans un sens qui nous soit favorable.

Quels avantages substantiels viendraient d'ailleurs compenser les risques? Je n’en sais rien. Nos banquiers parlent d’avantages « psychologiques ». Mais ce serait

une piètre consolation que de nous dire « que neuf per-

sonnes sur dix » escomptaient un avantage si cet avantage ne se réalise pas en fait.

Ïl est regrettable que nos Présidents de Banques n'aient rien de mieux à proposer qu'un «retour à 1914 » et que ce soit là ce qu’ils considèrent que l’on peut espérer de mieux. La plupart de ceux qui ont étudié la question sont d'accord pour estimer que les erreurs commises en matière de crédit sont, du moins en partie, responsables de la situation paradoxale qui veut qu'il y ait chômage en période de disette. Les cinq grands établissements de Crédit ont de grosses responsabilités et des devoirs envers le public. Mais leur importance et leur vulnérabilité font qu’ils ont tendance à se raccrocher à des maximes toutes faites, aux conventions et. à la routine; et lorsque leurs Présidents traitent des problèmes économiques essentiels, ils abordent presque tous un terrain qui ne leur est pas familier. Je doute cependant qu'un esprit trop conservateur et qu’un manque d'esprit de

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