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Notre balance commerciale et la Banque d'Angleterre

Ün change élevé a pour conséquence de réduire à la fois le prix en livres des importations et celui des expor-

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tations, Ce qui contribue à la fois à encourager les importations et à décourager les exportations, donc à créer une balance commerciale défavorable. C’est là que la Banque d'Angleterre entre dans le jeu, car si elle laissait faire, il lui faudrait combler le déficit de la balance par de l’or. C’est pourquoi la Banque d’Angleterre a appliqué deux remèdes efficaces. Le premier consiste à s'opposer aux prêts habituels à l’étranger en interdisant les emprunts étrangers et même coloniaux; et le second, à inciter les Etats-Unis à nous prêter de l’argent en maintenant, fait sans précédent, le taux de l’escompte à Londres d’un pour cent supérieur à celui de New-York.

L'efficacité de ces deux méthodes pour combler le déficit de notre balance ne fait aucun doute et j'estime qu'elles peuvent très longtemps être efficaces. Car nous disposons de réserves puissantes. Avant la guerre, nos disponibilités pour des prêts à l'étranger s’élevaient selon le Ministère du Commerce, à environ £ 181.000.000, qui correspondent à £ 280.000.000 au niveau actuel des prix; en 1923, le Ministère du Commerce estimait encore notre excédent à € 102.000.000. Etant donné que les nouveaux placements à l'étranger ne sont pas d’un rapport immédiat, nous pouvons réduire nos exportations de £ 100.000.000 par an, sans risques d’insolvabilité, à condition de réduire dans la même proportion nos placements à l'étranger. En ce qui concerne le maintien de l’étalon-or, peu importe que nous ayons pour £ 100.000.000 de chômage. Même si ceux qui fabriquaient des produits d'exportation sont privés de travail, : notre équilibre financier demeure intact et le Gouverneur de la Banque d'Angleterre ne court pas le moindre risque de perdre de l'or, tant que les emprunts étrangers, qui étaient couverts jusqu'alors par les exportations se trouvent réduits dans a même proportion que ces dernières, De plus, notre crédit est encore très bon. En payant un intérêt suffisamment élevé, nous pouvons non. seulement combler un déficit mais le Gouverneur dé la

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Banque d'Angleterre peut encore emprunter par-dessus le marché toute quantité d’or qu'il lui plaira de faire figurer dans son bilan hebdomadaire.

Le ministre du Commerce estime qu'au cours de l’année qui s'est terminée au mois de mai dernier, il n’y a probablement pas eu de déficit de notre balance commerciale qui se trouve être à peu près en équilibre. En admettant que le fait soit exact, le déficit doit être sérieux aujourd'hui. En outre, l’interdiction qui frappe les placements à l'étranger n’a obtenu qu'un résultat partiel. On ne peut écarter toutes les formes d'émission étrangères ni empêcher les spéculateurs anglais d’acheter directement des actions à New-York. C'est donc ici qu'intervient l’autre remède de la Banque d'Angleterre. En maintenant le taux de l’escompte à Londres suffisamment au-dessus de celui de New-York on peut inciter le marché de New-York à prêter au marché de Londres une somme suffisante pour couvrir et notre déficit commercial et les placements à l'étranger que les spéculateurs anglais continuent à réaliser en dépit de l’interdiction légale. Mais une fois que nous avons offert un taux d'intérêt assez élevé pour attirer de New-York à Londres certains fonds du marché à court terme, nous sommes obligés de le maintenir même si nous n’avons pas besoin de faire d’autres emprunts, afin de conserver ce que nous avons déjà emprunté.

Néanmoins, la politique qui consiste à maintenir Île cours de l’argent à un niveau assez élevé pour attirer et retenir des capitaux de New-York, ne diffère pas considérablement de la politique française que nous avons tellement critiquée et qui consiste à soutenir les changes à l’aide d’emprunts consentis par la Maison J. P. Morgan. Notre politique ne différerait de la politique française que si le taux élevé de l’escompte n'avait pas seulement pour but d’attirer l’argent américain, mais faisait partie d’un plan de restriction des crédits à l’intérieur. C’est cet aspect du problème qu'il nous faut à présent envisager:

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ne. ESSAIS DE PERSUASION

Payer le chômage en se transformant de préteur en nation débitrice est assurément désastreux et je ne doute pas que tel soit aussi l’avis des autorités de la Banque d'Angleterre. Il leur déplaît d'interdire les émissions étfangères et il leur déplaît de devoir attirer de New- York de l’argent à court terme. Elles font sans doute l’un et l’autre pour se donner le temps de respirer; mais 81 elles veulent rester fidèles à leurs principes, il leur faut employer ce court répit à réaliser ce qu’on appelle avec euphémisme « des ajustements fondamentaux ». Si tel est le dessein qu’elles poursuivent, elles ne disposent que d’un moyen : réduire les crédits. Telle est, en de pareilles circonstances, la politique orthodoxe des partisans de l’or: la balance commerciale défavorable indique que nos prix sont trop élevés et la seule façon de les faire baisser est de restreindre les crédits et de rendre l'argent plus cher. Lorsque cette médecine aura produit ses effets’ il n’y aura plus besoin de restreindre les placements étrangers ou d'emprunter à d’autres pays.

Or que signifie tout cela en langage clair? Qu'il faut réduire le montant des salaires et par là le coût de Îa vie, de sorte qu’à la fin du compte, les salaires véritables demeureront aussi élevés ou presque qu'auparavant. Comment des restrictions de crédit aboutissent-elles à ce résultat? Par nulle autre méthode qu’un accroissement prémédité du chômage. Les restrictions de crédit ont pour objet en pareil cas de priver les chefs d’entreprises de moyens suffisants d'employer la main-d'œuvre au niveau des salaires et au niveau des prix existants. Pareille politique ne peut atteindre son but qu'en augmentant sans cesse le chômage jusqu'à ce que les travailleurs, sous la pression de la nécessité, acceptent les réductions indispensables du montant de leurs salaires.

Telle est cette politique qu’on dénomme «saine » qu’exige le fait inconsidéré de fixer la livre à une valeur or, qu’elle n'avait point encore atteinte — si l’on en juge d’après sa puissance d'achat sur Île marché inté-

rieur du travail. C’est somme toute une politique qui doit faire reculer toute personne possédant des sentiments bumains ou un peu de bon sens. C’est une politique devant laquelle recule, il me semble, le Gouverneur de la Banque d'Angleterre. Mais que peut-il faire, abandonné qu’il se trouve, après l’incendie de ses vaisseaux, entre les démons et la haute mer? Pour le moment, il me semble avoir recours à un compromis. Il n’applique qu’à demi et sans enthousiasme cette politique saine; il évite d'appeler les choses par leurs noms et espère — c'est la meilleure chance qui lui reste — qu'il adviendra bien quelque chose.

La Banque d'Angleterre agit avec tant de mystère et dissimule si bien les statistiques essentielles qu’il n’est jamais facile d'indiquer avec précision ce qu'elle fait. La restriction des crédits dans laquelle on s’est déjà engagé s’est effectuée grâce à différentes mesures qui demeurent partiellement indépendantes les unes des autres. Tout d’abord, on trouve l'interdiction frappant toute nouvelle émission, qui vraisemblablement ralentit le cours normal de la circulation de la monnaie; puis au mois de mars, l’élévation du taux officiel de l’escompte; dernièrement, une élévation du taux privé de l’escompte se rapprochant du taux officiel de l’escompte; enfin — et c’est ce qu'il y a de plus important — une disposition de l'actif et du passif de la Banque lui permettant de réduire le montant de ses avances aux Chambres de Compensation destinées au crédit. Cette dernière mesure constitue le principal instrument de la restriction des crédits. Faute de renseignements précis, On trouvera dans le montant des dépôts des Chambres de Compensation la meilleure indication quant à l’ordre d'importance de ces restrictions. La tendance des dépôts à baisser prouve qu’il y a eu restriction sensible. Les fluctuations saisonnières et le caractère artificiel des rentrées de fin juin ne permettent pas encore cependant de se prononcer avec précision sur le degré dés restric-

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tions opérées au cours des trois derniers mois. Autant qu’on en peut juger, le volume des restrictions directes n’est pas encore considérable. Mais nul ne peut dire à quelles restrictions il faudra avoir recours si l’on se laisse aller sur la pente actuelle. |

N’empêche que ces mesures, malgré leur caractère partiel, sont en grande partie responsables, à mon avis, de l’augmentation du chômage. La restriction du crédit est un instrument des plus puissants, et même une toute petite application de ce système mène très loin, surtout lorsque les circonstances réclament une politique opposée. La politique qui consiste à accroître délibérément le chômage en vue d'opérer une réduction générale des salaires, a commencé de recevoir une application, et ce qui est tragique dans notre situation, c'est que cette politique se justifie une fois qu’on a adopté le point de vue officiel et les mesures sur lesquelles il repose. Aucun groupe de travailleurs n’acceptera de son plein gré de recevoir des salaires plus bas, et ne se laissera convaincre par les discours sentimentaux de Mr. Baldwin, même si ceux-ci sont sincères. Nous ne pouvons escompter de réduction des salaires que de la pression du chômage, des grèves et des lock-out; et pour être certains de parvenir à ce résultat, nous provoquons de propos délibéré un accroissement de chômage.

La Banque d'Angleterre est astreinte à diminuer ses crédits par toutes les règles du jeu de l’étalon-or. Ge faisant, elle agit «sainement » et consciencieusement. Mais ceci ne change rien au fait qu'il faut pour maintenir un contrôle sévère sur le Crédit — et personne ne niera que c’est ce qu'a fait la Banque dans les conditions actuelles qui règnent en Angleterre, accroître le chômage. Pour rétablir aujourd’hui la prospérité, il faudrait une politique de crédits faciles. 11 faut encourager les hommes d’affaires à se lancer dans de nouvelles entreprises et non pas les décourager. La Déflation ne réduit pas automatiquement les salaires. Elle les réduit

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