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A la veille de l'abandon de l’élalon-or

(10 septembre 1931).

On est en train d'’égarer les énergies morales de la nation, et nous allons vers de plus graves difficultés, si nous ne nous appliquons pas davantage à analyser le vrai caractère de la situation.

En nous hypnotisant sur l’idée d’ « Economie » — nationale, municipale ou individuelle — et il faut entendre par là l’acte négatif qui consiste à différer les dépenses qui actuellement incitent les forces de production à agir, — nous en arriveriOns, si nous poussions les choses trop loin, guidés par un faux sens du devoir, à déclencher des phénomènes sociaux si épouvantables, qu'ils parviendraient à ébranler toute la structure de notre vie nationale.

Il n’y a, pour ainsi dire, pas un article du programme d'Economies que préconise le rapport de mai — laissons pour le moment de côté le point de savoir si celui-ci est ou non recommandable en soi — qui ne doive entraîner infailliblement un surcroît de chômage, une diminution de bénéfices commerciaux et industriels, et un moindre rendement de l'impôt. Si bien que j'ai calculé que pour des économies de £ 100.000.000, la réduction du déficit budgétaire peut très bien n'être que de £ 50.000.000.

Et nous ne faisons que nous leurrer (à moins que nous cherchions simplement à faire semblant d'’équilibrer notre budget pour satisfaire les financiers étrangers) si nous nous imaginons que nous pouvons réaliser les économies dont il s’agit sans qu'elles aient de répercussions sur le nombre de chômeurs à indemniser, et sur le rendement des impôts existants.

Je vais plus loin et je dis que si nous poussons les

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économies de toutes sortes à leur conclusion logique, nous en arriverons à équilibrer le budget à zéro et à tous mourir de faim, parce que nous nous $érons refusés, par raison d'économie, à acheter les uns des autres. Le Président du Conseil a dit que nous nous retrouvions dans la même situation que pendant la guerre. Mais c'est le contraire de la vérité. Pendant la guerre, il était bon de s'abstenir de toute dépense non indispensable, car l’on créait ainsi des ressources disponibles pour :les besoins innombrables des opérations militaires. À quels besoins consacrerions-nous ces ressources aujourd'hui? À demeurer au coin des rues et à toucher une indemnité. Lorsqu'il existe déjà une grande quantité de chômeurs et de ressources de toutes sortes inemployées dans un pays, des économies ne peuvent servir que dans la mesure où elles entraînent une réduction de la consommation de marchandises importées. Pour le reste, elles se trouvent gaspillées, causant du chômage, des pertes commerciales et industrielles, et une réduction de l'épargne. C’est là du reste un procédé extrémement indirect et coûteux pour réduire les importations.

Si nous mettions les travailleurs hors d'état de tra-

vailler et que nous diminuions les traitements des fonctionnaires de façon à ce que ceux qui se trouvent directement et indirectement atteints ne puissent acheter autant de produits alimentaires importés, nous améliorerions d’autant la position financière du pays. Mais ceci ne représente probablement qu'un pourcentage de environ 20 % des économies imposées. Les autres 80 % ne servent à rien et ne représentent qu’un transfert de pertes et du chômage provenant du refus des citoyens anglais d'acheter et de rémunérer les services et les marchandises d’autres citoyens anglais. Ce que j’énonce ici est absolument certain, portant je doute qu'un homme sur un million parmi ceux qui réclament à cor

et à cri des économies, ait la moindre idée des véritables.

conséquences de ce qu'il réclame.

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Je ne nie point pour cela qu'il existe un problème budgétaire. Bien au contraire. Mais le fait est que l'état du budget est à la fois un symptôme et la conséquence d’autres causes, que des économies risquent plutôt d’aggraver que de faire cesser, et que par conséquent on ne peut parvenir à résoudre le problème budgétaire par une méthode qui préconise des économies,

D'où proviennent au fond nos malheurs? Pour une large part, de la dépression mondiale, actuellement de l'incroyable légèreté des Hauts Financiers de la Cité et à l’origine d’un retour à l'étalon-or effectué sans la moindre notion, chez ceux qui en prirent la responsabilité, de la nature des difficultés que représente pareille mesure.

Dire que notre problème est d’ordre budgétaire équivaut à dire que le problème allemand est un problème budgétaire, sans tenir compte des réparations.

En ce qui concerne la dépression mondiale, il n’y a rien actuellement pour nous à faire, car nous avons perdu la puissance indispensable à une initiative internationale, que nous étions sur le point de retrouver au mois de mai dernier. Les résultats des erreurs commises en matière bancaire dans le domaine international, par la Cité, sont également irréparables actuellement. Il nous restait donc le choix de nous rallier ou de ne pas nous rallier à la parité or actuelle des changes.

On choisit la première solution pour des raisons que je comprends mais que je n’approuve pas. La décision fut prise en pleine hystérie et sans que fussent tranquillement étudiées les possibilités qui s’offraient. Des ministres nous ont donné un aperçu de ce qui aurait pu se passer si nous avions adopté un autre plan qui n'aurait pas résisté à dix minutes de discussion raisonnable.

Je crois que nous regretterons par la suite cette décision de même que nous regrettons déjà la plupart des décisions graves prises au cours des dix dernières années par les hommes qui font partie du ministère actuel.

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Mais là n’est pas en ce moment la question. La décision de maintenir à tout prix l’étalon-or a été prise. Ce qui est grave, c’est que ni le Gouvernement ni le public ne semblent avoir la moindre notion de ce qu’il faut faire pour appliquer cette décision. Les ministres ne voient que la nécessité d’avoir recours à un emprunt étranger pour couvrir les besoins immédiats de trésorerie, ce qui revient à remplacer de l'argent emprunté: antérieurement sous forme de sterling par de l'argent emprunté sous forme de francs et de dollars. Mais ils ne peuvent s'imaginer que nous pourrons continuer éternellement à avoir recours à des emprunts étrangers. Il reste pour résoudre le problème, tout d’abord à améliorer notre balance commerciale au profit de notre trésorerie. C’est à quoi le Ministère devrait songer.

I] n'y a que deux moyens pour cela. Le premier (qui constitue la mesure la plus bénigne) consiste en des mesures directes pour restreindre les importations (et si. possible subventionner les exportations). Le second est de réduire tous les salaires et traitements à l’intérieur. Il nous faudra peut-être avoir recours finalement à ces deux méthodes, si nous nous refusons à dévaloriser.

Mais la question pour le moment est de savoir par quel moyen commencer. Or le second procédé, pour être efficace, comporterait de telles réductions de salaires et des problèmes si complexes, si difficiles à résoudre, tant en ce qui concerne la justice sociale que leur application pratique, qu'il serait fou de ne pas tenter d’abord l’autre alternative tellement plus bénigne, à savoir une réduction des importations.

Il se trouve du reste que cette méthode a également d'autres avantages. Non seulement elle atténuera la tension des changes, mais contribuera plus que toute autre à faciliter un équilibre du budget; c’est la seule forme d'impôts qui permette à la fois l'augmentation des bénéfices, la reprise de la main-d'œuvre, et un retour de confiance et d’espoir dans le milieu des affaires.

Enfin c'est la seule mesure qui dispose à juste titre, de la faveur de l'opinion publique. On dit, et cela est plausible, que dans le dernier ministère, un membre du Gouvernement sur trois, était partisan d’un tarif douanier. Il semble que dans le ministère actuel, on en compte quatre contre un. Le seul ministère possible après celui-ci serait un ministère qui se rallierait à cette mesure à l'unanimité. Mais les sacrifices étant à l’ordre du jour, nous ayons, dans un esprit désintéressé, concu la brillante formule d’un Gouvernement « National ». Il faut entendre par là un Gouvernement dont chaque membre a résolu de sacrifier, tant qu'il sera au pouvoir, ses idées propres sur ce qu'il convient de faire pour nous tirer de nos misères.

Car si nous écartons la dévalorisation, que je tiens personnellement pour le vrai remède, mais qui ne figure encore dans la politique d'aucun parti, il reste trois lignes de conduite à adopter.

La première est de courir les risques que comporte une active reprise intérieure, certainement préférable à une oisiveté forcée.

La seconde est d'imposer une réduction générale des salaires, et dans la mesure du possible, afin de sauvegarder la justice sociale, la réduction de tout autre revenu monétaire.

La troisième est de réduire énergiquement les importations.

Le Gouvernement « National », si je comprends bien la situation, est tenu de n’adopter aucune des trois. Sa politique consiste à réduire les moyens d’existence d’autant de gens qu'il le pourra, dans l’espoir qu’une petite partie de ces réductions jouera sur les importations. Avoir une préférence marquée pour cette façon de faire ou bien restreindre carrément les importations, dénote qu’on ne doit pas être complètement sain d’esprit.

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