Après l'abandon de l’étalon-or
(Une lettre au Times, 28 septembre 1931.)
Jusqu'à ces derniers jours, je plaidais auprès des Radicaux 1 et d’autres hommes politiques, la cause d’un tarif douanier destiné à pallier les effets d’un déséquilibre évident entre les prix à l’étranger et ceux de notre pays. Mais les événements de cette dernière semaine ont modifié bien des choses. Avec la valeur or du sterling actuel, les producteurs britanniques sont vraisemblablement dans bien des domaines, les meilleur marché du monde. Nous ne pouvons donc continuer à raisonner comme si rien ne s'était passé. Il n’est pas possible de discuter utilement la question des tarifs tant que le problème de la monnaie n’est pas résolu. Car tant que nous ne saurons rien au sujet de la valeur future du sterling par rapport à l’or, et surtout de ce que feront les autres pays, et s'ils suivront notre exemple, il nous sera impossible de définir notre position par rapport à la concurrence étrangère.
Puis-je insister sur le fait que la première question à résoudre n’est pas celle d’un tarif douanier mais celle de la monnaie. C’est celle-ci qui importe et qui réclame une solution rapide. Elle se trouve actuellement en dehors des partis, aucun d’eux n’ayant adopté à son égard une attitude dogmatique. Il est donc possible de la traiter au-dessus de la mêlée. Ce n’est certes pas une question qui doive devenir électorale. Elle offre à notre pays une excellente occasion de prendre des directives. Nous sommes probablement en état d'entraîner tout l'empire après nous et peut-être plus de la moitié du monde. Ainsi
1. Parmi mes amis libres-échangistes, tous ne firent point preuve d’autant d’entêtement que je l’aurais cru. Car après qu'un tarif douanier fut devenu inutile, nombre d’entre eux votèrent pour.
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rétablirions-nous la suprématie financière de Londres sur des bases solides. À l'heure qu'il est, toutes propositions protectionnisies ont perdu de leur actualité. Ce serait stupide et ce serait une faute que de créer autour d'elles une vraie agitation dans le pays el de négliger cet autre problème plus urgent el plus important. Consacrons toute notre attention et toute notre énergie à mettre sur pied un système raisonnable de monnaie internationale applicable chez nous et dans le reste du monde. Car il est vain de supposer que nous puissions retrouver notre prospérité passée sans un système de ce genre, où de croire qu’un tarif douanier pourrait y remédier. Lorsque le problème de la monnaie aura été résolu, nous pourrons en revenir au protectionnisme el aux autres chapitres de politique intérieure. Nous pourrons les examiner en toute sérénité et ce sera le moment de faire des
élections.
LA FIN DE L'ÉTALON-OR (27 septembre 1931).
H y a peu d’Anglais qui ne se soient pas réjouis en voyant se briser nos chaînes d’or. Nous nous sentons enfin libres de faire ce qui est raisonnable. La phase romantique ést passée et nous pouvons dorénavant envisager d'une façon pratique les meilleures solutions à prendre.
Il peut paraître étrange qu’une mesure décrite comme une effroyable catastrophe ait été accueillie avec tant d'enthousiasme. Mais l’on s’est rendu rapidement compte des avantages considérables que représente pour le commerce et l'industrie britanniques le fait de renoncer à un effort artificiel en vue de maintenir notre monnaie au-dessus de sa valeur réelle,
Si l'opinion anglaise se trouvait partagée, cela tenait à un autre motif. La question pouvait paraître délicate du point de vue de l’honneur. La place de Londres estimait qu’il y avait pour elle une obligation d'honneur à faire tout ce qui était en son pouvoir pour conserver à la monnaie la valeur qu’elle avait lors de l'acceptation sur le marché des dépôts élevés de l'étranger, bien que pareille attitude dût faire peser une contrainte intolérable sur l’industrie britannique. Jusqu'à quel point —
rt. L'étalon-or fut abandonné en Grande-Bretagne, le 2r septembre 1931.
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