‹ Essais de philologie françaiseChapitre 108 sur 251 · XXVIII — DÉPIQUER · texte numérisé non relu

XXVIII — DÉPIQUER

Dépiquer le blé, c'est piétiner ou fouler les gerbes pour faire sortir le grain de l'épi. Le dépiquage, comme le remarque Littré, est surtout en usage dans le midi de la France : c'est de là aussi que vient le nom avec la chose, depica, depicatge. Littré et Mistral, suivis par le Dictionnaire général de MM. Hatzfeld et Darmesteter, voient dans dépiquer un composé de la particule dé et du substantif épi ou espigo. Cette opinion soulève deux objections graves : si l'étymologie était juste, au point de vue de la forme, on aurait *despiga2, ou mieux *desespiga, en provençal moderne ; et au point de vue du sens, un mot ainsi formé ne pourrait signifier que « débarrasser de l'épi » : or, ce n'est pas le grain qui est dépiqué, c'est l'épi contenant le grain. En réalité, il faut reconnaître dans le provençal moderne depica, d'où le français dépiquer, un composé de la particule augmentative de et du verbe pica. Le verbe pica ne signifie pas seulement « piquer », mais « frapper, briser,

1. A noter cependant que medichms n'a pas laissé de trace dans le vocabulaire populaire, qui connaît en revanche médiats (metge) et medicina (mefyina).

2. Mistral donne, il est vrai, cette forme à côté de la forme ordinaire depica : c'est une altération par étymologie populaire sous l'influence de espigo, espiga.

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