‹ Essais de philologie françaiseChapitre 113 sur 251 · Ci-dessus, p. 25, n · texte numérisé non relu

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sais si la notule que j'ai écrite à ce sujet a eu quelque influence sur les idées de M. Meyer-Lûbke. Toujours est-il que dans le tome II de sa Grammaire, paru deux ans après, il s'est associé à ma protestation1. Nous sommes donc d'accord pour la partie négative de la question. « Il est difficile, dit M. Meyer-Lûbke, de concilier le % provençal avec le se latin. » Soyons plus tranchants : cela est impossible, ou la phonétique est un vain mot. Partout où le groupe se est suivi d'un e ou d'un i, il se résout en iss et non en ~ ou en ç . Un type latin * exclarescire ne peut aboutir, en provençal comme en français, qu'à * esclareissir, et non à esclarcir, esclarcir.

Mais d'où viennent les verbes provençaux en ~/r, e%ir, les verbes français en cir ? Ici l'harmonie préétablie cesse entre la nouvelle Grammaire des langues romanes et ma petite note de 1892. J'ai supposé un type latin * exclaricire pour expliquer le provençal esclarcir et, d'abondant, le français esclarcir2. M. Meyer-Lûbke parait considérer l'accord du provençal et du français comme purement fortuit. Avec sa concision ordinaire, il établit une double genèse pour les formes des deux langues. Voici comme il raisonne:

Enforcir et estressir doivent se rattacher respectivement à force, estressc ; puis leur exemple, à la suite d'un rapport erronément établi entre enforcir et force, estressir et estroit, permit de créer une

*• § 593 5 P- 665 de la trad. franc.

2. Arsène Darmesteter, n'ayant en vue que le français, pose la question suivante dans les notes manuscrites de son Traité de la formation de la langue française que j'ai entre les mains : « Le suffixe icare a-t-il eu un correspondant icere ? »

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série d'autres dérivés en cir. En provençal, tepidire devient tebe^ir; or, comme l'adjectif correspondant était tebe, on obtient ainsi, ici également, un suffixe "(ir ou e%jr.

Il faut de toute nécessité discuter séparément chacune des deux explications.

i° Français. Les verbes enforcir et estressir n'appartiennent certainement pas au plus ancien français, qui dit respectivement enforcier etestrecier, où l'on reconnaît clairement le latin *inf or tiare, * strictiare. Le plus ancien exemple du verbe Français étrécir cité dans le Dictionnaire général de MM. Hatzfeld et Darmesteter n'est que de 1366, et il se présente sous la forme estroicir, manifestement influencée par étroit. Quant à enforcir, il est plus ancien, puisqu'il se trouve dans Fierabras et dans les Loherains, mais c'est tout au plus si on peut le faire remonter à la seconde moitié du xne siècle1. Est-il vraisemblable que ce mot, relativement récent, et, à ce qu'il semble, d'un usage assez restreint, ait agi sur esclarcir, lequel apparaît dans les textes littéraires dès le XIe siècle 2 ?

2° Provençal. Que * tepidire ait pu donner en provençal tebexir, une saine phonétique ne saurait l'ad-

1 . Plusieurs des exemples cités par M. Godefroy à l'article enforcir sont des participes féminins en ie qui peuvent aussi bien se rattacher à enforcier. La leçon del lignage euforcie dans Aliscans 3156, éd. Jonckbloet, est manifestement fautive ; la bonne leçon est de la geste euforcie, 2910, éd. Guessard et Montaiglon.

2. Voyage de Charl. àjérus., 443. Ce vers est la répétition du v. 338, où le ms. porte non esclarcist, mais eschtrist. La date récente du ms. unique du Voyage pourrait inspirer des doutes ; mais d. le Psaut. de Cambridge, LXVI, 1, où on lit, selon le ms., escler^isset ou esclercisset.

mettre sans réserve. D'après la loi de Darmesteter, il est certain que *tepidirc aurait donné *tepdir, comme re~ putare a donné reptar. En effet, on ne peut pas s'appuyer, pour justifier la conservation de la protonique, sur sepelire — sebelir qui est, en provençal comme en français, de formation demi-savante. Toutefois, j'accorde que tebezjr correspond à un type *tepidire, dans la mesure où cosedura correspond à un type *cosctura ; et cela suffit sans doute à M. Meyer-Lûbke. Mais il ne faut pas oublier que *tebe%ir n'a pu exister que dans une partie du domaine provençal, celle où le à intervocalique se change en ^; ailleurs, notamment en Dauphiné, en Limousin, en Angoumois, on ne peut admettre que *tebedir, devenu très anciennement * teheïr. Or, toute la région provençale étrangère au changement de d en % possède les verbes en zjr, e%ir. Je relève dans le patois du Bas-Limousin (d'après Béronie) negrezj, rede^i et tebeii ; à côté de tebe^i, on a l'adjectif féminin tebio, qui est incontestablement pour tebea, de tepida, et exclut par conséquent l'hypothèse tebezi = *tepidire. L'étude de la langue du Gif art de Roussillon (manuscrit d'Oxford) est particulièrement instructive à cet égard. Il n'y a aucune trace du changement de d en £/ le d tombe comme en français. Aucun texte n'est pourtant plus riche en verbes de l'espèce qui nous occupe. J'y relève après une rapide lecture : blanche- ir, brune^ir, clarcir, enflebesir, enrnbresir, esclarcir, fredezjr, negresir, paubresir, rovesir et viellesir. En contraste complet avec ces formes, nous trouvons précisément dans Girart de Roussillon un verbe du type *tepidire proposé par M. Meyer-Lûbke : c'est *incupidire, formé sur cupi-

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dus. Or, il se présente sous la forme encobeïr, vers 343 et 827 de l'édition Fœrster1.

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