‹ Essais de philologie françaiseChapitre 114 sur 251 · XXXI. — ÉGRAIN · texte numérisé non relu

XXXI. — ÉGRAIN

Ce mot désigne un jeune poirier ou pommier qui, venu de graine, est réservé dans les pépinières pour être greffé. Littré mentionne aussi l'orthographe égrin, mais il n'hésite pas à voir dans le mot un composé formé avec le préfixe é et le substantif grain. En réalité, il faut écrire aigrin. Littré connaît aussi ce mot qu'il définit et qu'il explique ainsi : « Nom donné aux jeunes pommiers et aux jeunes poiriers, sans doute parce que le fruit en est aigre. » L'adaptation du suffixe in à l'adjectif aigre pour former un dérivé de ce genre n'est pas naturelle. Aussi aigrin n'est-il qu'une altération relativement récente de l'ancien mot aigrun, où un correspond au suffixe latin urnen. Le français aigrun, primitivement aigrum, comme le provençal agrum et l'italien agrume, remonte au latin vulgaire *acrumen, toute chose aigre. Cette désinence un, rare même en ancien français, ne s'est maintenue en français moderne que sous les formes altérées in (aubin, de albumen, et aigrin) ou on (tendron, autrefois tendrum, de * teneruiuen). Vu primitif s'est mieux conservé dans les dérivés: chaussumicr,

1. A rapprocher de encobeïr le substantif provençal très rare cobeïda, synonyme de cobee%a, cobe\e\a, relevé par M. E. Levy (Prov. Suppl.-lVœrterb.) dans Marcabrun. Cobeïda paraît tiré, comme subst. participial, du verbe * cobeïr et correspond à un type * cujmlitu.

chaufournier, et enchaussumer, mettre dans la chaux, crime ancienne forme non attestée *chaussum = ht. *calciutnen '.

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