‹ Essais de philologie françaiseChapitre 154 sur 251 · LIV. — ANC. FRANC. LÂÎER · texte numérisé non relu

LIV. — ANC. FRANC. LÂÎER

Laier est, en ancien français, synonyme de laissier, et c'est à laier que l'on rattache ordinairement la 2e et la 3e personne sing. du présent de l'indicatif lais, lait, l'impératif lai, le futur lairai et le conditionnel lairoie2.

Comment expliquer laier? Diez est très hésitant. Il indique le néerlandais laten, laisser; il se demande si laissier s'étant contracté au futur en lais'rai, lairai, on n'aurait pas refait un infinitif laier d'après le futur contracté lairai ; en fin de compte, il donne la préférence au latin legare, qu'il croit appuyé par le milanais

i. Voy. l'art, de Bauquier, dans Romania, VI, 266. L'explication du prov. mendola par *maenidula que donne Bauquier soulève une difficulté : peut-on admettre en lat. vulg. la contraction de * maenidula en * maendûla ?

2. Je vois cependant que M. P. Meyer, dans son glossaire du roman de LEscoufle, a institué un infinitif laire, avec cette mention entre parenthèse : « verbe usité seulement au présent de l'indicatif et au futur. »

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lagà et par une prétendue forme hier, usitée en Hainaut. Scheler se prononce énergiquement pour l'origine germanique. Caix a montré que le milanais lagà correspondait au toscan laggare, pour largare, et n'avait rien à voir avec legare1. M. Constans, dans le glossaire de sa Chrestomathie, admet « *lagare pour legare », sans autre explication. M. Van Hamel, dans son glossaire du Rendus de Moiliens, indique le vieux haut allemand lâ^an, en vieux saxon lâtan, en ajoutant, avec raison : « mais il faudrait une gutturale. »

Si le germanique lagjan (allemand moderne legett), dont le sens est voisin de « laisser », a été romanisé, il n'a pu devenir que laiir ou laiier. Bien que les verbes germaniques en jan soient ordinairement la source de verbes français en ir (gandir, guenchir, haïr, etc.), il faut bien reconnaître que quelques-uns ont passé à la première conjugaison en ier, par exemple boisier, espargnier, gaagnier, haitier. Donc il n'est pas impossible de tirer laier (pour laiier') du germanique lagjan. Mais il faut reconnaître qu'on s'attendrait plutôt à laiir : or, c'est précisément cette forme d'infinitif qui expliquerait d'une façon satisfaisante les formes lais, lait, lai, lairai, lairoie, mentionnées plus haut. En effet, les verbes en ir dérivés de thèmes germaniques ne sont pas tous inchoatifs, et de même qu'on a haïr (de hatjan), he^, het, hé, harra, harroie, on peut avoir *htiir, lais, lait, lai, laira, lairoie.

Maintenant je ne me dissimule pas que l'ancien français laier et son composé delaier correspondent bien

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